Critique #023 – La fille d’avant de J.P. Delaney

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Si j’ouvre le Larousse pour lire la définition du mot maison, je peux y lire ceci : bâtiment servant de logis, d’habitation, de demeure. Je tombe aussi sur une citation de Cicéron : « Le maître doit faire honneur à sa maison, et non la maison au maître. » Et si je ne devais choisir qu’une phrase pour décrire La fille d’avant, se serait bien celle-ci.

 

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MERIC AU LIVRE DE POCHE POUR (2)


Je tenais à remercier chaleureusement Marie-Félicia des éditions Mazarine/Fayard pour m’avoir proposé de m’envoyer une version « hors commerce » de ce livre, édition magifique soit-dit en passant.

Après avoir refermé La fille d’avant, je ne savais pas comment faire pour vous donner mon avis. Oh, pas parce qu’il est mauvais, mais simplement parce qu’il ne vous laisse pas indifférent. Il vous remue, vous perturbe et vous laisse un sentiment de confusion. Avant de partagez mon avis donc, parlons de l’origine du bouquin. Pour ça je dois vous dresser un bref portait de son auteur J.P. Delaney. En réalité, J.P. Delaney est le pseudonyme d’un auteur ayant déjà publié un certain nombre de romans par le passé. Il s’agit de Tony Strong, un Britannique né en Ouganda en 1962, diplômé en littérature anglaise de l’université d’Oxford. Avant de devenir auteur, il a exercé les métiers de professeur d’anglais à Rome, journaliste spécialisé dans le tourisme, et travaillé dans la publicité. Son premier roman sous le nom de Strong a été publié en 2001, L’Appât (The Decoy en VO) connut un certain succès. La fille d’avant (The Girl Before en VO) est son premier roman dans le genre thriller, et dont une adaptation au cinéma par Ron Howard serait actuellement en cours de production. On peut aussi mentionner ses autres œuvres parues sous le pseudonyme de Anthony Capella, comme The Food of Love (2005), The Various Flavours of Coffee (2008) et The Empress of Ice Cream (2010).

L’histoire suit deux femmes à deux moments différents du récit : Emma, avant, et Jane, maintenant. La pièce centrale du récit réside en la maison du One Folgate Street à Londres, qui est unique en son genre à plusieurs niveaux. Ultra-moderne et connectée, elle garantit une totale sécurité à ses locataires, mais aussi une certain façon de vivre avec plus de 200 règles à respecter. Ces règles ont été imposées par l’architecte de la maison, Edward Monkford, respecté dans le millier, mais beaucoup trop frigide, hautin et maniaque. Cherchant à tourner la page après un drame personnel, Jane est conquise par la maison malgré les contraintes des règles et des questionnaires déconcertants et intrusifs auxquels elle se doit de répondre. Au fur et à mesure, Jane va découvrir qu’Emma, la locataire précédente, lui ressemble physiquement et a trouvé une fin tragique entre ces murs. Alors qu’elle essaye de démêler le vrai du faux, Jane va se retrouver sur le même chemin sinueux qu’avait été autrefois emprunté par Emma, avec les mêmes personnes dont Edward, mais aussi la même terreur.

Dans un premier temps, ce que j’ai aimé est le fait que l’on rentre directement  dans le vif du sujet. Chaque « mini chapitre » nous est raconté du point de vue d’Emma et de Jane. Il y a aussi le fait que ces « mini-chapitres » se retrouvent dans des « chapitres globaux », avec pour titre des questions issues du questionnaire auquel doive répondre les prétendants à la location de la maison. Il est amusant de nous aussi répondre aux questions plus qu’équivoques et parfois cornéliennes. Je dois être honnête en disant qu’à titre personnel, je n’aurais jamais voulu vivre dans une telle demeure. Premièrement, les maisons « connectées » ne sont pas mon truc, car je trouve qu’il y a une part de Big Brother là-dedans même si on nous garantit que l’on ne sera pas espionné, etc. Deuxièmement, dès la première question on nous demande de « Dressez la liste de tous les objets qui vous semblent indispensables« , autant dire que même après avoir fait une liste, l’une des règles dans le contrat stipule qu’il est interdit de posséder des livres. Bon, je m’arrête là, et je vais voir ailleurs. Après si je devais citer un troisième point, c’est l’aspect froid de la maison avec ses murs blancs, austères, sans chaleur humaine, pire qu’une chambre d’hôpital. En clair, je pourrais dire que vivre dans une telle maison serait comme de vivre dans une chambre froide, voir dans un cercueil.

« Et que se passe-t-il quand quelqu’un qui veut tout contrôler rencontre quelqu’un d’incontrôlable ? Le mélange peut se révéler explosif. »

Les deux principaux personnages, Emma et Jane, sont toutes les deux menés à accepter de vivre dans le One Folgate Street après un traumatisme personnel. Cette façon de vivre est à leurs yeux une manière de recommencer de zéro, oublier le passer, et ainsi de se débarrasser des « valises » émotionnelles et matérielles. Au fil des pages, on distingue très clairement un fil conducteur qui lie ses deux femmes qui se révèlent différentes malgré leur ressemblance physique. Sur ce même fil, se trouve Edward, énigmatique, séduisant, calme et fort. Ce dernier, nous ne le connaissons qu’à travers le regard des deux femmes. Il y a également Simon, le petit ami d’Emma, l’inspecteur Clarke chargé de découvrir ce qui a bien pu arriver à Emma. Parce qu’ici, le mystère autour de sa mort reste entier. Est-ce un suicide ? Un meurtre ? Un accident ? Toutes les pistes sont possibles. Et alors que l’on avance dans la lecture, on se rend compte que ce que nous pensions être la vérité n’est peut-être pas la vraie vérité.

« Les gens aiment employer l’expression « passer l’éponge ». Mais cela ne suffit pas, il faut changer d’ardoise. L’ancienne conserve les traces de tout ce qui y a été écrit. »

Le style d’écriture de J.P. Delaney est direct et très psychologique. Chaque personnage possède plusieurs facettes complexes et fascinantes, voir dérangeantes. L’auteur choisit délibérément de nous laisser entrevoir ce que nous avons besoin de voir au moment qu’il l’aura choisi. Plus on tourne les pages, plus on a un comme une sensation d’oppression qui s’immisce en nous. La technologie de la maison donne ce sentiment de contrôle absolu sur qui y vit. Elle connaît notre poids, ce que nous avons dans le réfrigérateur, à quelle température nous prenons notre douche, si nous buvons assez d’eau, etc.  Comme une sorte d’œil qui voit tout et sait tout, on finir par se demander si nous aussi nous ne sommes pas des voyeurs, tant l’intimité de ces jeunes femmes est mise à nu devant nous.

En conclusion, La fille d’avant est un véritable huit clos qui ne ressemble à aucun autre sur la forme, même s’il reste dans la lignée d’un La fille du train (ma critique) de Paula Hawkins et de Les Apparences de Gillian Flynn. C’est percutant, les pages se tournent toutes seules, il y a du suspens, en bref un thriller psychologique comme on les aime: croquant, vif et fait dans l’urgence pour mieux nous appâter. Après avoir refermé ce bouquin, vous ne regarderez plus votre maison de la même manière.

18blancinfos (4)

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