Critique manga #034 – No Guns Life tome 1 et 2

titre manga (29)
Une métropole corrompue et polluer d’après la guerre ne trouve son salut qu’en la personne de Jûzô Inui. Autrefois humain, il s’est vu intégrer des morceaux de machines afin d’affronter l’ennemi sur le terrain. Dix ans après, le voilà qui arpente les rues de la ville en jouant les héros sans pour autant en être un. Sa particularité ? Sa tête n’est plus celle d’un homme, et a été remplacé par un gros revolver digne de figurer dans les mains d’un John Wayne. Face à lui, la multinationale Berüren à la tête d’un vaste empire de trafic d’enfants, de membres humains et bien plus. 

 

Achetez le tome 1 et 2 de No Guns Life sur le site des Éditions Kana ou sur Amazon.
Lire un extrait du tome 1 ici.
kanadargaudsuisse

Merci à Stéphanie et Anne-Catherine pour cette découverte à l’ambiance Noire et flingueuse


Tasuku KARASUMA est un mangaka né à Kyoto au Japon. C’est en 2007 qu’il débute sa carrière avec Reideen en deux tomes, inédit en France comme ses autres séries Shangri-La (2008 – 4 volumes), et Doll’s Folklore (2011 – 3 volumes). Seul No Guns Life bénéficie pour le moment d’une publication française chez Kana dans la collection Big Kana. Au Japon, le titre est pré-publié dans le magazine Ultra Jump, et est toujours en cours de parution en relier chez Shueisha avec 6 tomes pour le moment.

No Guns Life a pour décors le monde de l’après-guerre qui a vu une partie de ses soldats et population transformé en « extends », à qui l’on a implanté des extensions mécaniques. Derrière ce concept et au sommet du marché de l’armement se trouve la compagnie Beruhren. C’est donc dans un climat fait de corruption, de mort et de trafics illégaux que l’on découvre Jûzô Inui, alias Le Processeur, est un « over-extend » du type « Gun Slave Unit » créé durant la grande guerre à qui on a remplacé la tête par un révolver. Depuis qu’il est revenu à la vie civile, sans aucun souvenir d’avant sa transformation physique, Jûzô est une sorte de détective jonglant entre un Robocop ou un Judge Dredd qui règle les problèmes liés aux « extends » dans la ville où il réside. Mais un jour, en rentrant chez lui, Jûzô retrouve son appartement dévasté avec un « extend » monstrueux qui à sa grande surprise va lui demander de l’aide. Il lui tend alors le corps d’un garçon inconscient en le chargeant de le protéger. Jûzô accepte sa mission sans savoir qu’il va être mêlé à un véritable trafic d’enfants.

L’ambiance générale qui se dégage de ce titre est plutôt violente, sans pour que la série ne soit cataloguée pour public averti. Ici, la définition du mot violent serait l’équivalent du roman noir policier. Il n’est pas rare de voir la question de la corruption et du faussée entre les classes sociales les plus riches et les plus pauvres se retrouver au cœur d’un manga. C’est une grande cité qui après la guerre s’est vue dominer par les plus puissants poussant le reste à faire profil bas. Ici, la particularité est qu’il reprend des concepts de science-fiction pour y intégrer une métropole complexe où il ne fait pas forcément bon vivre. L’enchevêtrement du scénario imaginé par passe par le fait que ces extends ont tous été des humains à un moment et possèdent toujours des parties humaines. On en apprend également beaucoup sur les différents extends crées depuis 10 ans, les tests effectué sur certains, tout en gardant une part de mystère.

Le personnage de Jûzô est ce que l’on appelle communément un anti-héros, c’est-à-dire qu’il est aux antipodes du héros comme les Superman et Spider-Man, le plaçant plus dans une veine proche d’un Punisher, par exemple. Aux yeux de chaque personne qu’il croise, il fait forte impression puisque dans la grande majorité des cas il inspire la peur. Il en est conscient bien entendu, et à plusieurs reprises on peut voir que cela arrive à l’affecter. Lui qui n’a pas de souvenir de son visage d’avant se sent comme un étranger à plusieurs niveaux. Pour lui seul le boulot compte, parce qu’il faut bien payer le loyer, et aussi parce qu’il se sent comme investi d’une mission, lui qui a autrefois servi pendant la guerre. Si le personnage séduit de par sa double facette de gros dur et de tendre, c’est simplement parce qu’il est écrit avec charisme. Par principe, Jûzô est un solitaire qui même s’il est ami avec Mary, ingénieure spécialisée dans les réparations d’extends de façon illégale, ou encore Scarlet la fille du coiffeur du coin, choisi de ne pas nouer de liens forts avec eux afin de préserver.  Pourtant, au fil des chapitres on remarquera qu’il en est parfois incapable,  son grand cœur prenant souvent le dessus. L’un des autres personnages centraux dans le récit est Tetsuro, un orphelin recherché par les hommes de Berühren. Si les « loups » sont à sa recherche c’est simplement parce que l’enfant est l’un des prototypes phares de la firme qui utilise des orphelins afin d’expérimenter de nouveaux matériaux pour en faire des extends. Très vite Tetsuro, Mary et Jûzô formeront un trio des plus intéressants à suivre, surtout grâce la dynamique conviviale, humoristique et tendre. Sans le savoir, ils forment une petite famille que le lecteur prend plaisir à lire.

Dans le reste du récit et jusqu’à la fin du tome 2 en tout cas, nous découvrons aussi Olivia, au service de l’Agence pour la Reconstruction chargée de contrôler les extends hors la loi. Olivia est une jeune femme plutôt entreprenante mais très dédiée à son travail, qu’elle prend très au sérieux. On fera aussi la connaisse du directeur de l’Agence, le commandant Krohnen, qui viendra à plusieurs reprises se confronter à Jûzô. Entre les deux les frictions seront souvent nombreuses aussi bien physiquement que verbalement. Pourtant, ils n’hésiteront pas à mettre leurs différents de côté pour résoudre les problèmes plus urgents.

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Si au départ le scénario est assez convenu en proposant de suivre Jûzô sur plusieurs enquêtes n’ayant aucun lien entre elles, on finit très vite par comprendre qu’elles sont toutes liées et ont pour source Berühren. Pour l’instant nous ne savons pas qui dirige cette multinationale qui cache aux yeux de toutes ses véritables intentions. Même me lecteur est encore un peu dans le flou, hormis le fait qu’elle cherche à récupérer par toutsles moyens le jeune Tetsuro. Une intrigue évoluant assez lentement mais assez riche et intéressante pour que l’on reste accroché aux retournements de situations que Tasuku Karasuma place de façon intelligente. Il joue également beaucoup sur l’émotion et la question de la liberté propre à chacun. En effet, si les extends sont à de mi-machine, voire plus machine qu’humain, sont-ils à présent de simples armes destinées à être manipulé et ainsi perdre le droit de choisir leur destin ? Les nombreux échanges entre chaque personnage viendront alimenter la question, sans pour autant apporter (encore) une réponse définitivement. Je pense que cela réside avant tout dans le regard que portera le lecteur à cette galerie de personnages, innocents ou non. Il a également l’aspect de l’identité individuelle et comment nous nous percevons dans nos choix, comme avec Jûzô qui est en l’exemple type. À certains moments on aura le droit à des bribes de son passé après sa transformation en over-extend, mais aussi quelques probables indices sur qui il était avant. 

La partie graphique est très travaillée, surtout durant les scènes d’action. Le charadesign est efficace, maîtrisé et profite pleinement du trait vif de Karasuma. Le jeu d’ombres est très bien intégré et confère au titre une couche supplémentaire de noirceur propre au Polar Noir. Le décor est un peu plus en retrait et est principalement là pour planter le décor sombre et sale de la ville. Côté charadesign c’est du propre. L’aspect musclé du titre fonctionne sans faire dans la surenchère, et on est très  vite charmé par les attitudes plus sensuelles de certains des personnages, et le côté brutal des autres. 

En fin de tome 2, le lecteur pourra découvrir un chapitre bonus qui est en fait le one-shot de No Guns Life publiée au Japon avant le lancement de la série. On peut ainsi en savoir un peu plus sur le mode de travail de Jûzô en tant qu’enquêteur.

En conclusion, on peut dire qu’après seulement deux tomes No Guns Life intrigue et se laisse lire très facilement. Les nombreux fils rouges sur les enlèvements, la corruption, la mise en scène d’une société inégale et injuste passionne sans basculer dans la violence gratuite. Les petites touches d’humour viendront alléger le récit complexe, tout comme les moments plus ancré dans le ressentir humain. Un titre d’action mais aussi humain qui ravira les fans du genre, et qui pourra également plaire aux novices.

17/20

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