Critique #071 – Mémoire d’elles de T. Greenwood

TITRE PAGE (34)
L’amour est une chose abstraite qui nous parle sans que l’on ne puisse la définir. Si le dictionnaire en donne une explication bien précise, en notre cœur, ce mot est un sentiment encore difficile à maîtriser. On ne choisit pas qui l’on aime, ni quand, ni comment. Mémoire d’elles raconte l’amour entre deux femmes que la vie n’a pas épargné. Réunit, elles sont là pour mieux nous compter la complexité de cette chose que l’on nomme Amour.
Acheter Mémoire d’elles sur le site de Milady ou sur Amazon.

T. Greenwood est une écrivaine américaine née dans le Vermont en 1969, qui vit aujourd’hui avec son mari et ses deux filles à San Diego. Elle enseigne la création littéraire depuis 2005, et pratique également la photographie. Elle est « maman » de onze romans dont Two Rivers , et Mémoire d’elles (Bodies of Water), parus aux éditons Milady. Ses autres titres restent inédits en français. 

Mémoire d’elles est une lecture forte et douce à la fois. Forte de par son thème, à savoir l’homosexualité dans les années 60, et douce de par le lien unique et sensible qui unit ces deux femmes. Mariée à Franckie, Bille vit dans une zone résidentielle de Hollyville, dans le Massachusetts. Si cette mère de famille de deux filles possède aux yeux des autres une vie bien tranquille, derrière les murs les choses sont toutes autres. En effet, Bille se trouve sous la joute de son mari alcoolique. Arrive alors Eva, nouvelle voisine mariée également, avec quatre enfants. Cette dernière partage de nombreux points communs avec Billie, entre autre celle d’avoir un ivrogne de mari et des enfants. À force d’échanger l’une avec l’autre, et de se confier, ces deux femmes que la vie met à rude épreuve vont se lier d’amitié avant que ne vienne bourgeonner l’amour.

Avant toute chose, Mémoire d’elles est une histoire décrivant le traitement et la place qu’occupait la femme dans les années 60. Rangée comme simple femme au foyer uniquement bonne à combler les désirs de leurs maris, de nombreuses femmes n’y voient rien de passionnant ni de divertissants. Pire, même certaines se font battre sans retenue par ceux à qui elles ont jurés fidélités jusqu’à ce que la mort les sépare. Même si cette partie n’est pas très présente dans le récit, les passages où on en parle possèdent un fort impact sur le lecteur. Il est d’ailleurs consternant de constater qu’en près de soixante ans certaines choses n‘ont pas changé.

Le récit s’aventure entre moments au présent et au passé avec Billie, quatre-vingt ans, racontant ses années de tristesse où la présence d’Eva est venue illuminer son quotidien. Elle y parle de ses espoirs, car oui Bille est une femme qui ne se laisse pas abattre malgré les coups bas donnés par la vie. Dès le départ la relation qu’elle nourrit avec Eva est très intéressante à suivre. Eva, elle, est plus en retrait dans le récit de par la dominance de son mari. Si je me suis plus attachée à Billie, peu à peu j’ai réussi à développer une certaine affection pour Eva, qui au final s’avère plus tempétueuse que ne le suggère son apparence froide. Nul besoin de m’étendre sur les maris des deux femmes, puisqu’ils sont nonseulement abjectes mais aussi imbuvables. Les enfants sont à la fois discrets et présents comme le sont la majeure partie des enfants. 

J’aime Eva.
Chacun de ces mots était en lui-même un objet magnifique, mais attachés ensemble, ils devenaient dangereux ? Et chaque fois que je m’imaginais les prononcer à haute voix, je savais que rien n’était aussi simple qu’il n’y paraissait. Nous étions des enfants jouant avec des allumettes, et l’incendie ne tarderait pas à prendre.

Le rythme de l’histoire s’écoule comme un fleuve tranquille jusqu’à ce qu’il ne se décide à sortir de son lit pour nous noyer dans la dureté des vagues que représente la société bien-pensante autour de ces deux trentenaires. J’ai été plus que sensible face au traitement que l’on infligeait à ceux qui n’avaient pas la même sexualité que monsieur et madame tout le monde. Malheureusement, j’étais déjà bien au courant du fait que ces personnes étaient enfermées dans des hôpitaux psychiatriques, parce que décrit comme « mentalement dérangés », mais cela n’a rien enlevé à mon sentiment de révolte. Il y également de très beaux passages, mais aussi des échanges entre les mères et leurs enfants qui nous transportent. Plus on avance dans la lecture, plus nous arrivons à compatir à leur sort, et à vouloir savoir comment leur histoire s’est déroulée.

L’écriture de T. Greenwood est belle et sans chichis. Elle couche sur papier des femmes que l’on peut rencontrer au détour d’une rue, dans un café, ou même que l’on peut avoir face à nous en nous regardant dans le miroir. Le rythme est assez doux et ne précipite pas le lecteur, tout en lui conférant un tempo parfois plus soutenu.

En conclusion,Mémoire d’elles est une ode à l’amour et aux femmes, à la vie et aux désirs sans pour autant entrer dans le lubrique. C’est touchant et bouleversant avec une pointe de nostalgie propre aux récits des années 50 et 60. Un roman que je ne peux que conseiller si vous souhaitez découvrir une auteure au style agréable, ou simplement un récit humain et intemporel.

17/20Infos roman (26)

3 réflexions sur “Critique #071 – Mémoire d’elles de T. Greenwood

  1. Ce roman a l’air vraiment intéressant, autant par son thème que par son époque!! Vu que la place de la femme a quand même évolué depuis les années 60, on doit quand même être assez révolté de leur vie assez différente de la notre aujourd’hui … Un roman qui pourrait me plaire 🙂

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s