Critique manga #057 – Père Fouettard Corporation tome 1

titre manga

Joyeux Noël et blabla… on connaît la chanson cela fait maintenant près de deux semaines (si ce n’est plus) que l’on ne parle plus que de cette période festive. Amateur de ce jour synonyme de cadeaux, de joie et de gavage gastronomique, il n’est pas rare que certains ne soient pas à la fête. Eh oui, n’en déplaise aux fanatiques Noël n’est pas que synonyme de joie. Non, non. Et pour faire plaisir aux deux camps, Kurokawa a eu la brillante idée de sortir de sa hotte à cadeaux le titre Père Fouettard Corporation qui ravira aussi bien les fans que les détracteurs. 

 

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Hikaru Nakamura est une mangaka japonaise née en 1984 ayant débuté dans dans le manga en 2001. C’est dans le magazine GanGan Wing avec sa nouvelle Kairi no Tao qu’elle dévoile son travail, suivi en 2002 par un premier recueil comprenant plusieurs de ses histoires courtes. En 2004 vient le temps pour elle de proposer un titre accès comédie romantique, Arakawa Under the Bridge,  inédite en français. Mais le public de l’hexagone et co. finiront par la découvrir en 2011 avec Les vacances de Jésus et Boudha aux éditions Kurokawa. Et ce n’est pas parce que la série est toujours en cours, que la mangaka se refuse d’explorer d’autres scénarios comme par exemple avec Père Fouettard Corporation, toujours chez Kurokawa, juste à temps pour les fêtes de fin d’année.

Père Fouettard Corporation (Black Night Parade en VO) est un titre très tranche de vie, comédie et surnaturel. Surnaturel parce que l’histoire fait appel à l’imagination du lecteur en évoquant la légende du Père Noël, mais aussi celle du Père Fouettard. Comme partout ailleurs, la crise touche également le Japon. Parmi les moins chanceux se trouve Miharu Hino, 22 ans, sans diplôme après avoir été recalé à la Fac, et abonné aux DCC pourris. Cela fait trois ans qu’il trime dans une supérette du quartier où il vit, supportant des collègues qui profitent de sa gentillesse, des clients très difficiles et un patron incompétent. Moqué par les membres de sa famille, il ne cache pas le fait qu’il déteste Noel et le fait qu’il n’est pas de copine, ou simplement travail qui paye bien. Un soir, comme si la coupe n’était pas déjà assez pleine comme ça, Miharu va devoir faire les frais de son collègue Kaisen peu scrupuleux à cause d’un petit vol de gâteau périmé, donc invendable. Décidant de se saouler pour oublier sa soirée, il se retrouve dans un food truck de tripes tenu par… le Père Fouettard. Mais au lieu de le punir pour son geste malveillant, ce dernier va lui proposer un travail et un…CDI !

Ici, ce qu’il y a de pertinent et d’universel est le fait que l’on galère tous plus ou moins une fois (minimum) dans notre carrière. Que l’on soit actif dans le monde du travail ou à la recherche d’un emploi, la sécurité de garder son poste n’est plus quelque chose de garanti à vie par les temps qui courts. Avec un personnage aussi serviable que Miharu, la mangaka permet au lecteur de pouvoir facilement s’identifier à lui. Ainsi on compatit tout de suite à son sort, son manque de vigueur nous frappe et on a qu’une envie l’encourager (ou le secouer un peu). Effrayé à l’idée de ne jamais sortir de cette boucle sans fin de travailleur précaire (et de bonne poire), la proposition du Père Fouettard va vite piquer à vif le jeune homme. Et même si une partie de lui reste méfiante face à ce contrat fraîchement imprimé pour lui, l’intervention de sa mère au téléphone en larmes face à son annonce sur les réseaux sociaux de “travail à l’étranger”, il ne pourra qu’accepter… mais a-t-il bien fait ?

 

À travers une galerie de personnages tout aussi attachant que notre protagoniste, Père Fouettard Corporation est un titre intelligent tant il met en avant la société moderne connectée, le marché difficile du travail, et l’exploitation des employés est prouvée. Que l’on croit on Père Noel ou non et à ses lutins, on s’est certainement déjà demandé comment fonctionnait l’Atelier du barbu au Groenland. Mais le fait qu’ici le Père Fouettard semble être aux commandes de cette grosse machine, apporte son lot d’originalité. Comme dans le conte originel, cet homme sombre faisant miroir au jovial Père Noel est en charge de débusquer les “vilains” enfants et leur offrir les cadeaux qu’ils ont demandé…. mais à sa sauce. Charbon, tripes, ou encore mauvaise console de jeu, le programme chargé « d’offrir de la déception” à nos charmants garnements. Par exemple, si votre enfant à demandé la dernière console à la mode, les employés se feront une joie de lui envoyer ledit cadeau mais couleur rose perle. Imaginer la tête du gamin de huit ans face à ses copains qui se moquent de lui…

L’univers scénaristique mis en place par Hikaru Nakamura offre un très bon pitch de départ avec des personnages ayant tous eut une raison d’accepter de venir travailler volontairement à l’Atelier. Parmi eux on découvre Shino, une collègue brûleuse de calorie hors normes, et le charismatique et travailleur Tepei, et le chargé des relations publique Le Père Bonnet. Une première ribambelle de personnages ayant tous écrit au Père Noël étant enfant. L’idée de prendre l’univers de Noel et la magie qui l’entoure, pour ensuite la tordre et la rendre plus cynique, sombre mais surtout très drôle apporte une véritable touche originale.

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Les dessins de Nakamura sont dans la lignée de son travail sur Les vacances de Jesus et Bouddha. Les expressions des personnages viendront renforcer le ton comique du manga, tout en jouant sur le design de chacun. Mention spéciale au Père Fouettard qui a une allure à la fois charismatique, mystérieuse et burlesque. Le découpage des planches est dynamique et a classique à la fois. Du côté de l’édition, on peut dire que Kurokawa a encore une fois fait du bon travail. La traduction de Sarah Provost colle parfaitement aux références actuelles sans pour autant être trop décalée. Et que dire du design de la jaquette ? En partant d’un simple fond noir avec un lettrage argenté et doré pour le tire, Kurokawa signe un bon manga visuellement accrocheur de par son esprit très festif. De plus, le twist final laisse présager une belle suite…

En conclusion, ce premier tome de Père Fouettard Corporation laisse entrevoir une comédie rafraîchissante et décalée, avec pour fond une légende mondialement connue de tous pour finalement dresser une critique dégoulinante de pertinence et de sarcasme sur la société. Un très bon cadeau de Noël (ou pour plus tard) qui ravira les amoureux et les détracteurs de cette fête. Allez, maintenant soyez sage, car le Père Fouettard guette.

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