Critique #098 – Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

TITRE PAGE

À l’image de beaucoup autres récits, Au revoir là-haut nous dévoile les conséquences de l’après-guerre. C’est humain et authentique, en évoluant sur une corde narrative bien tendue et diablement touchante. Un récit de Pierre Lemaitre à découvrir.

 

Acheter Au revoir là-haut sur le site des éditions Le Livre de Poche ou sur Amazon.

MERIC AU LIVRE DE POCHE POUR (5)


Pierre Lemaitre est un écrivain et scénariste français né en 1951. Psychologique de formation et autodidacte en littérature, il effectue la majeure partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale et bien plus. C’est à partir de 2006, que Lemaitre exprime sa plume chaque mois dans Le Magazine littéraire jusqu’au changement de nom du magazine. De 2011 à 2013, il s’occupe de l’administration de la Société des gens de lettres. Son premier roman, Travail soigné, est une hommage aux auteurs qu’il considère comme ses maîtres : James Ellroy, William McIlvanney, Bret Easton Ellis, Emile Gaboriau…). Ce roman lui permet de décrocher le prix Cognac en 2016. Vint ensuite Robe de marié chez Calmann Levy en 2008, prix du Meilleur polar francophone, Cadres noir en 2009 prix du Polar européen du Point, Alex chez Albin Michel, Dagger International, Sacrifices en 2012, et Roy & John en 2013. Au revoir là-haut paraît aux éditions Albin Michel, en 2130, et reçu le prix France-Télévisions et le prix Goncourt de la même année. Ses romans sont traduits dans près de trente langues à travers le monde. Au revoir là-haut fut adapté au cinéma en 2017 par Albert Dupontel (9 mois ferme).

Au revoir là-haut se déroule après la Grande Guerre, en France, où Albert et Edouard se rendent compte que la société et le gouvernement les ont oubliés. Malgré leur exploits, les deux amis sont devenus des laissés-pour-compte. Habités par un sentiment de solitude et de revanche, ils décident de montrer une immense escroquerie financière nationale afin d’exister aux yeux du monde (et de dénoncer). Néanmoins, ils se rendront vite compte que la France ne plaisante pas avec leurs morts….

Il est rare que je me me penche sur les prix littéraires, car souvent je ne m’y retrouve pas. Je me souviens avoir lu La vie devant soi de Romain Gary alias Emile Ajar pour les cours, ou encore La vérité sur l’affaire Henry Quebert du genevois Joel Dicker. Avec Au revoir là-haut de découvrir le texte était là sans que je m’en donne l’occasion. De plus ce récit représente ma première immersion dans l’écriture de Pierre Lemaitre que je connais surtout de réputation pour ses thrillers de haute volée.

Dans ce récit plus accès sur la littérature classique et mettant en avant les conséquences de la guerre 14-18, Lemaitre nous fait visiter les tranchées, la mort et la vie d’après des rescapés comme Albert et Edouard. Traumatisés physiquement et psychologiquement, les deux hommes ne comprennent pas comment ils peuvent retomber dans l’anonymat total alors que la société ne pense qu’à glorifier les morts aux combats qu’on élève au status de héros. Changeant de noms, et cherchant à survivre, le duo va s’inventer une nouvelle vie pour frapper là où ça fait mal. Ici, Pierre Lemaitre arrive à mêler de façon habile la dure réalité de cet événement marquant du XXème siècle en appuyant sur le côté humain et tragique. Et quand on pense on conséquences de cette guerre, nul besoin d’en faire trop pour toucher le lectorat. On suit aussi le capitaine Pradelle, revenu victorieux et récompensé de la guerre, à qui la société déroule le tapis rouge. À travers son histoire, on découvre vite que ce dernier n’est pas des plus honnêtes finalement en comparaison avec d’autres soldats morts ou rescapés…

Ce qui l’avait transpercé, c’était l’âge des morts. Les catastrophes tuent tout le monde, les épidémies déciment les enfants et les vieillards, il n’y a que les guerres pour massacrer les jeunes gens en si grand nombre.

La construction narrative et intime de chaque protagoniste tient très bien la route et soulève de nombreuses réflexions sur ce qui auraient pu, dans beaucoup de cas, exister. Albert est certainement celui qui m’a le plus touché dans son évolution. Il nous apparaît comme vivant et proche des gens que nous croisons chaque jour dans la rue. De son côté Edouard est plus en retrait de par sa personnalité mais contribue grandement au récit. Mais si les hommes sont les pièces centrales de Au revoir là-haut, on peut saluer Madeleine, femme forte qui ne laissera rien au hasard.

Entre les familles qui cherchent à récupérer les corps de leurs proches morts au front pour les enterrer dignement, on découvre une sorte de “marché” permettant de faire appel à des “agents de la mort” pour découvrir ce que sont devenus ces hommes. Se pose alors la question du rôle de l’État. Que peut-il faire pour honorer ses morts et ne pas créer de scandales ou de révolution  ? Quelle contribution financière peut-il donner pour ces hommes qui ont souvent tout perdus en rentrant chez eux ? Les motivations de beaucoup viendront densifier la narration de Lemaitre qui, à l’image de Madeleine, ne laisse rien non plus au hasard. C’est cruel, beau et criant de vérité.

Le style de l’auteur est fluide et oscille entre le classique et le moderne. De ses inspirations littéraires comme James Ellroy ou Emile Gaboriau, Lemaitre arrive à se trouver sa propre identité sans tomber dans le copier-coller. C’est fort, envoûtant et détaillé. Le lecteur s’aperçoit très rapidement que les nombreuses informations intégrées au roman ont été alimenter par de la documentation et des recherches. Le seul point négatif que j’ai constaté ici et la certaine longueur linéaire qui s’installe à la moitié du récit. Mais le dernier tiers rattrape le tout et donne à nouveau du dynamisme.

En conclusion, Au revoir là-haut est un roman dense, tragique et écrit de façon à marquer psychologiquement. Les personnages sont marquants et sensibles, tout en étant souvent incisifs. Réaliste et particulièrement bien conté, Au revoir là-haut mérite sans aucun doute possibles ses lettre de noblesse.

15 sur 20

Infos roman

 

5 réflexions sur “Critique #098 – Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

  1. Ce n’est pas un roman vers lequel je m’arrêterais, mais il a l’air très poignant. Tu as encore fait un magnifique travail, merci de m’avoir appris tout cela !

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s