Critique comics #011 – Redneck tome 1

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Redneck est un énième titre consacré aux vampires, mais ici pas de corps d’Apollon ni de peau qui brille au soleil. Le récit de Donny Cates se veut sale et violent, entrant ainsi dans la nature même du vampire. Rivalités entre différents clans, mise en lumière d’une société où les rêves de liberté sont difficiles. Avec ce premier tome, Redneck nous invites dans l’humidité du fin fond du Texas. 

 

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Redneck est un comic book publié en 2017 par Skybound Entertainment et Image Comics. Le scénario est signé Donny Cates, ayant fait ses débuts avec les titres Buzzkill, The Ghost Fleet ou encore The Paybacks. Il a également travaillé chez Marvel (Doctor Strange, Thanos) ou encore sur quelques numéros des séries de chez Valiant. Actuellement on lui doit les séries God Country et Redneck, toujours en cours aux USA. L’auteur vit actuellement à Austin au Texas avec sa femme et son chat. Le dessin est signé Lisandro Estherren (The Last Contract), avec les couleurs de Dee Cunniffe (The Wicked + The Divine, Paper Girls). En France, le premier tome de Redneck est paru en avril dernier chez Delcourt Comics.

L’histoire débute à l’est du Texas dans une bourgade parmi la poussière, l’humidité et les champs sauvages. Dans une petite ferme vit la famille Bowman, ayant la particularité d’être des vampires, propriétaires d’un bar-grill, mais ne se nourrissant que de sang d’animaux. Là-bas, ils tentent de faire profil bas pou ne pas attirer l’attention sur eux, mais surtout de cohabiter ensemble. Parce que ma foi, avec des vampires aux caractères forts bien distincts et aux envies différentes, les tensions sont inévitables. Mais lors d’une sortie au strip club de la ville, trois des jeunes Bowman vont tomber sur le clan ennemi : Les Landry. Ayant toujours trouvé un terrain d’entente pour ne pas se marcher dessus, mais suite à la mort d’un des leurs, les Landri déclarent la guerre aux autres.

Les vampires ont toujours su plaire au public, et cela depuis la nuit des temps comme le prouve l’intemporel Dracula de Bram Stoker. On peut même dire qu’un genre à part entière s’est créé au fil des années, évoluant dans différents sous-genres comme la romance, l’horrifique, le surnaturel, la science-fiction, et j’en passe. Dans les comics, les vampires trouvent une place de choix avec des titres tels que American Vampire, Graveyard Shift, The Strain, et d’autres, pourvus aussi bien de qualités que de faiblesses. Alors où placer Redneck dans le tableau ?

Le scénario de Donny Cates se veut très proche de la nature même d’un vampire à savoir dans l’horreur tout en y injectant l’atmosphère suante d’un état comme celui du Texas, où les rivalités sont nombreuses. L’importance de la famille et du respect des lois qui érige une communauté est également de mise ici, et qui voit celui qui ne rentre pas dans les rangs se faire mettre à la porte. Le récit nous est narré par le vampire Bartlett, considéré comme l’oncle un brin bougon au physique proche d’un fermier ayant déjà bien roulé sa bosse. Dans la maisonnée vit la petite Perry, possédant le don de pouvoir lire les pensées des autres, ce qu’elle ne se gêne pas de faire à longueur de temps. Nous avons aussi le père JV tentant de faire respecter l’ordre dans sa famille, les éternels adolescents Slap, Seamus et Greg. Une famille quasi 100% masculine qui se complète avec le Grand-Père vivant reclus au dernier, tant ses idées et racines ancestrales de vampires pourraient compromette la sûreté du clan.

Dans cette trame scénaristique déjà riche en hémoglobine, l’auteur prend le temps d’installer des protagonistes au statut spécial comme les deux humains à la solde de JV, aidant à faire prospérer les affaires de la famille tout en les fournissant en sang. On peut aussi évoquer la mise en lumière d’une partie de la société parfois montrée du doigt pour leur manque de motivation ou leur mode de vie plus implicite. Chapeau de cowboy, salopette sale, moustache, crâne rasé, casquette de routier vissé sur la tête sont les accessoires de mode de nos vampires et autres habitants. Entre les plus anciens et les plus jeunes, les valeurs et envies de libertés sont très différentes créant des conflits en interne, mais aussi des interrogations concernant leur futur. Bartlett, servant de narrateur, trouvera une certaine place auprès du lecteur qui sera souvent témoin des mises en accusations dont il fait preuve de la part des autres. Perry, saura apporté un peu de douceur dans cet univers de violence, où la part d’horreur trouvera son nom en le Grand-Père de la famille. Rien que graphiquement ce dernier se présente sous une forme décharnée, squelette apparent, rappelant bien les très anciens vampires comme on a pu le voir dans la saga Underworld, par exemple.

 

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Le dessin de Esthereen retranscrit très bien à toute l’atmosphère que dégage le récit et les personnages mis en place par le scénariste. C’est lourd, sale et sanguinolent. Le trait se veut rugueux, et il faut dire qu’il ne plaira pas forcément à tout le monde au premier regard. Le découpage se veut classique mais efficace, tout comme le décor. La colorisation de Cunniffe accentue l’effet de violence et de sang qui gicle, tandis que d’autres corps brûlent sous un arbre. C’est sombre et chaotique mais délicieux. L’édition de Delcourt est dans la ligne de ce qu’ils font d’habitude, cartonné solide, impression de qualité et galerie d’illustrations en fin de tome.

En conclusion, ce premier tome de Redneck s’inscrit dans un récit vampirique de qualité sans pour autant révolutionner le genre. En revanche, il ravira les fans de créatures suceuses de sang auquel Twilight et autres versions édulcorés ont pu faire grimacer. Le récit de Donny Cates est donc un hommage traditionnel au genre, qui se veut violent et polariser de manière à ce que le lecteur y trouve son compte, tout en y mêlant valeurs familiales et personnelles. Et on peut dire que ça fonctionne.15 sur 20

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