Critique manga #133 – Last Pretender tome 1 et 2

 titre manga
Avant que Beyoncé ne vienne scander son « Who Run the World ? Girls ! « , les jeunes filles avaient le « Girl Power » des Spice Girls lancé également par des personnages de fiction comme Buffy, la plus célèbre Tueuse de vampires. Plus de 20 ans après, que nous reste-t-il ? Eh bien beaucoup de choses, mais malheureusement encore beaucoup d’inégalités entre les hommes et les femmes, mais aussi au sein même d’une population avec les classes sociales. Last Pretender utilise un univers intergalactique pour évoquer ses sujets piquants de l’actualité. Personnages aussi attachants que puissants, ce shonen en 5 tomes publié par KANA nous promet une belle petite aventure sur fond de sérieux, d’humour et de combat. Alors, venez vous faire les muscles !

 

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LIRE UN EXTRAIT DU TOME 1 SUR LE MINI-SITE DÉDIÉ

kanadargaudsuisse


Last Pretender (Shuukyoku Engage) est un manga scénarisé par Shunji ETÔ et illustré par Yoshiyuki MIWA, tous deux originaire du Japon. Si le premier semble signer ici son premier manga, le second est connu pour être le dessinateur de The New Gate, un shonen toujours en cours au Japon depuis 2014. Au Japon, Last Pretender a été prépublié dans les pages du Shounen Jump + de la Shueisha depuis 2017, avec 5 tomes reliés.

L’histoire se passe dans un futur fort lointain, où la Terre est devenue le centre de l’univers. Sur la planète bleue vit la royauté dont les générations de rois et de reines se succèdent. Quand l’héritier mâle légitime atteint ses 16 ans, il se doit de choisir une épouse. Pour cela, il n’a pas vraiment son mot à dire puisque sa future femme sera désignée lors d’un tournoi intergalactique où les femmes les plus fortes des quatre coins de l’univers viennent s’affronter. À l’issue du combat final, celle n’ayant pas abdiqué sera nommée reine. Afin de lutter contre cette destinée programmée, le 14ème prince héritier, Kris Yuga, décide de jouer de son intelligence en créant un clone de lui-même. Cette dernière, Kalki, possède en elle le sang des peuples s’étant affrontés au fil des siècles. Résultat ? Elle sera logiquement la femme la plus puissante. Mais ce que Kris n’avait pas prévu est que son clone féminin puisse se retourner contre lui…

 

« Ce manga arrive à jouer habilement avec les codes, ça me fait peur !
Et pour moi, “faire peur” est le plus beau des compliments ! »

– Yoshihiro Togashi, auteur de Hunter x Hunter

Ce petit synopsis paraît assez anodin à première vue puisqu’il regroupe certaines idées déjà vues comme le tournoi récurrent aux titres shonen. Mais, oui il y a toujours un mais, cette nouvelle série n’a rien de redondante. Déjà il faut parler des personnages qui sont le premier atout charme du récit. Kris est comme l’indique son statut, le futur roi de la Terre. Il en possède les traits comme son penchant à la domination de par son intelligence et de par sa force. Parce que non seulement il est celui qui règne d’une main de fer, mais coule également en lui le sang des générations passées lui conférant une source de pouvoirs semble-t-il inépuisable. De plus sa protection est assurée par “l’Oeuf de l’Univers”, le rendant donc invincible. Mais avec chaque privilège arrive une faiblesse… mais cela sera à découvrir dans le tome 2 ! Ce qui fait le plus peur avec Kris est son intelligence et sa curiosité sans limite. À travers différents petits passages “bonus” servant d’entracte, le lecteur pourra saisir toute l’ampleur de son envie de mettre en pratique chaque idée ou question lui venant en tête. Par exemple, il ne se gênera pas pour dire à son père/actuel roi Lucius Yuga qu’il a envie de détruire le soleil… pourquoi ? Simplement parce qu’il perçoit l’univers comme son petit laboratoire de chimie où tout est source à satisfaire sa curiosité (maladive). Heureusement, pour tenter de le freiner un peu dans son extravagance nous avons Mimura, un universitaire ayant la réputation d’être le plus grand génie de sa planète et surtout le seul ami du prince. Sa présence apporte un certain calme et on partage aisément son air presque blasé par l’attitude du prince.

Les premières pages du tome 1 expliquent assez bien le fonctionnement du tournoi et de l’univers avec pour preuve un retour en arrière sur l’affrontement de la reine actuelle, Diana Yuga, quand elle n’était qu’une guerrière (planète Gamaïra) il y a plus de 15 ans. On constate vite qu’aucune règle ne vient limiter les combats et que tous les coups sont permis. Quand “naît” enfin Kalki, le clone féminin de Kris, nous sommes agréablement surpris par son innocence (attention elle n’est pas naïve). En effet, ne possédant pas cette folie de la curiosité, le lecteur s’attache très vite à elle. On est même tentée par son idée de vouloir supprimer le roi après son couronnement. Pourquoi ? Réponse dans le tome 2. 

C’est dans ce second opus que l’on se dit qu’il est difficile de ne pas lire entre les lignes du scénario d’ETÔ puisque celui-ci offre une critique de la société depuis sa création à nos jours. Nous avons les hommes ayant le droit d’aller à l’université alors que les femmes elles ne sont là que pour se battre et procréer afin d’assurer la lignée. Un programme assez injuste qui nous parle, non ? Pour cela, le mangaka a pris soin d’imposer des personnages féminins forts et déterminés. Si beaucoup des guerrières ne possèdent aucun scrupule à dégommer les autres concurrentes, certaines feront preuve de cœur. On peut citer la douce et très attachante Popola Daca de la planète Jana, maladroite et considérée comme le personnage le plus faible de cette histoire. Pourtant sous son air craintif se cache une redoutable envie de changer le système et mettre fin à l’esclavage qui sévit sur les planètes classées sous la catégorie “habitants dont la force psychique et l’intelligence sont inférieures”. Ici, référence directe à l’esclavagisme et la traite d’êtres humains. Mais ce n’est pas tout puisque le manga parle aussi du sexisme, de la lutte des classes sociales, des inégalités entre les Hommes, de la différence pointée du doigt comme une faiblesse, et une grande critique de ce que l’on appelle les privilèges de la classe supérieure…. ceux qui sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche (pour ne pas dire ailleurs).

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Le style graphique de Yoshiyuki MIWA accompagne très bien l’univers cosmique de l’histoire. En regardant les planches je n’ai pu m’empêcher d’y trouver l’influence du trait de mangaka comme Leiji MATSUMOTO (Capitaine Albator), Kouiti SHIMABOSHI (Capitaine Albator – Dimension Voyage) et Kondo KAZUMA (Deadmand Wonderland, Smokin’ Parade). Le charadesign est riche et varié ce qui permet de ne confondre personne. Les détails apportés aux yeux, à la forme des visages, aux bouches, etc. Concrètement, l’artiste a veillé à mettre en avant les différentes populations décrites avec leurs qualités et défauts, pour au final former des personnages attachants et uniques (même Kris à sa façon). Les scènes de combat sont intenses visuellement et on sent bien l’énergie déployé par chaque protagoniste. L’édition de KANA est de qualité et classique, avec une traduction assurée par Rodolphe Gicquel (Log Horizon la Brigade du Vent de l’OuestBatman and the Justice League) sans défaut.

En conclusion, les deux premiers tomes de Last Pretender construisent doucement cet univers intergalactique où la lutte sociétale s’installe afin de renverser le pouvoir politique instauré par une lignée au sang royal. Un scénario teinté d’humour et de sérieux, avec des sujets forts et (malheureusement encore) actuels à notre époque. Des personnages très intéressants où la femme s’émancipe du pouvoir dicté par l’homme. Une sensation de liberté et de dynamisme fondée par un savant mélange intégrant pleinement l’action et les valeurs d’un shonen très plaisant à lire !

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Une réflexion sur “Critique manga #133 – Last Pretender tome 1 et 2

  1. Je le mets dans ma WL celui-là ! 😉 J’aime beaucoup le sujet et l’univers ! Le style graphique me tente un peu moins a priori mais je pense que ça pourrait passer avec l’histoire! 🙂 Merci pour la découverte!

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