Critique comics #016 – The Few

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Au fil des ans, le post-apocalyptique est devenu un genre à lui tout seul dans le milieu visuel et papier. On peut citer la saga littéraire Divergente, le film Edge of Tomorrow, et tellement d’autres qu’il me faudrait presque une journée pour tous les nommer. The Few est un comics en un seul tome évoluant dans cette sphère. Le récit de Sean Lewis est séduisant et rythmé d’action et de calme avant la tempête comme on dit. Le tout est enrobé par le style graphique d’Hayden Sherman qui se doit d’être découvert, que l’on aime au final ou non.
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Merci à Déborah et toute l’équipe de HiComics pour ce one-shot efficace et confidentiel


The Few est un comics américain écrit par Sean Lewis, jeune scénariste mais vétéran du théâtre, dont les pièces ont remporté plusieurs prix comme le Kennedy Center’s Rosa Park Awards ou le National New Play Network’s Smith Prize, pour ne vraiment citer que ceux-là. Il se fit remarquer pour sa co-création SAINTS chez Image Comics, en 2015, suivi en 2017 par Coyotes et The Few. Sa dernière série en date est Betrothed chez Aftershock Comics. Il vit actuellement dans l’Iowa, aux États-Unis. La partie graphique est signée Hayden Sherman, jeune artiste d’une vingtaine d’années repéré par Lewis sur le web, lors de ses recherches pour trouver le bon artiste pour l’accompagner sur The Few.

L’histoire se déroule dans le Montana d’un États-Unis dystopique, où l’on va suivre le destin d’une jeune femme du nom d’Edan Hale avec un bébé dans les bras, évoluant dans des contrés enneigées. Dans cet univers les vivres se font rares et l’air est peu respirable. Les affrontements entre diverses factions donnent le tempo où le danger est le chef d’orchestre. Alors qu’elle tente de se cacher, un groupe de rebelles va la prendre elle et le bébé sous son aile : le Palace, reste de l’ancienne société où les fidèles suivre un gourou du nom de Herrod. Au milieu des conflits opposants les diverses factions se s’entretuent pour des terres abandonnées, Hale va tenter de se libérer des fantômes de son passé, sans savoir si elle arrivera à avancer.

Dès les premières pages, Sean Lewis nous embarque dans une course-poursuite à pied où le sol immaculé de blanc nous met directement dans l’ambiance. Les similitudes entre notre monde et celui de The Few sont flagrantes, et on sent bien que l’on pourrait se diriger vers ce énième scénario-catastrophe si un conflit mondial ou un cataclysme naturel éclatait. L’ambiance véhiculée par le récit est prenante et dresse un tableau dramatique où l’espoir est le seul point d’ancrage pour ne pas sombrer dans la folie dans laquelle tombent les hommes. Lewis pose très vite les bases du récit sans en dévoiler les événements qui ont mené à cette situation. Pourtant cela n’est pas dérangeant à la lecture ni à la compréhension de l’oeuvre. Au fil des chapitres, Hale nous apparaît comme une héroïne complexe de par ses actions passées, mais charismatique dont la force de survie est remarquable. Si dans l’ensemble nous ressentons une forme d’empathie envers elles, certains moments laisseront planer un doute sur ce sentiment. Et c’est avec cette ligne de conduite adoptée par Sean Lewis, que l’on reconnaît une écriture prometteuse et pas simpliste du tout. Autour d’elle, les autres personnages ne sont pas en reste puisqu’ils apportent tour à tour quelque chose d’intéressant et de révolutionnaire au récit. Les discours tenus par chacun nous fait réfléchir sur notre condition d’être humain et la société régie dans des lois se heurtant en contradiction avec d’autres.

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Sans trop vous en dire, sachez que le scénario de Lewis porte un message, non pas de propagande, mais plutôt sonnant comme une sorte de réveil. Un réveil à quoi me demanderez-vous ? Eh bien, celui de l’introspection personnelle face aux idées des figures d’autorités (gouvernement, parents, amis, inconnus, etc,…) façonnant notre vision personnelle du monde. L’humain naît vierge dans tous les sens du terme, et comme une éponge absorbe les informations qu’on veut bien lui donner. Ce n’est pas pour rien que l’on dit qu’il faut faire attention à nos mots et notre comportement en présence d’enfants. C’est aussi une remise en question de nos actes souvent répréhensibles qui sont mis en lumière avec cette notion de savoir analyser le pourquoi du comment, de l’accepter pour pouvoir avancer. Malgré toutes ces qualités, The Few n’est pas exempt de défauts. On peut rapprocher au récit d’aller trop vite concernant l’évolution de Hale, mais en 6 épisodes il est presque impossible de pouvoir présenter un background aux personnages (pour ne pas citer l’univers également) et de la faire évoluer dans de manière plus lente. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir si Sean Lewis pourrait envisager de revenir dans cet univers et l’étoffer à travers des spin-offs. En tout cas, il en possède le potentiel. On peut aussi mentionner le fait que certains flashbacks et interventions “fantômes” peuvent perdre le lecteur à certains moments.

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Le dessin d’Hayden Sherman ne plaira pas à tout le monde, c’est évident. Si au départ nous avons du mal à nous faire à son trait haché, on finit par se laisser séduire par son style empreint d’une personnalité intéressante à voir. Le design des personnages est particulier, et peut nous confondre durant la lecture tant les figures se ressemblent sur certaines pages. Toutefois, on reconnaît finalement qu’il se marie très bien avec cet univers post-apo violent et politique, où la noirceur et l’espoir se mêlent pour donner naissance à The Few. En y réfléchissant, le récit n’aurait pas forcément eu le même impacte avec un Jim Lee ou autre dessinateur au trait plus conventionnel. Pour les plus récalcitrants, il faut noter que dans les trois derniers numéros, Hayden Sherman semble avoir plus de maîtrise sur son trait, en l’affinant et le rendant plus lisible. Les décors sont, à mon sens, envoûtants et fonctionnent très bien à la lecture sur ce genre. La palette de couleurs est uniquement composée de rouge, gris/vert et ses nuances donnant du caché aux planches explosant souvent sur des doubles pages visuellement marquantes.

L’édition de HiComics est de qualité comme pour ses autres ouvrages. En fin de tome on compte une partie bonus nous montrant les croquis préparatoires mettant bien l’accent sur le travail de l’artiste. Nous avons aussi des commentaires de l’artiste nous expliquant son approche. De plus, la reliure tient très bien le coup alors même que le bouquin fait 336 pages sous sa couverture cartonnée.

En conclusion, The Few est un one-shot de 6 numéros se révélant être une bonne surprise, porté par un Sean Lewis s’aventurant dans un univers post-apocalyptique pas si incompatible avec ce qui pourrait arriver dans notre réalité. Le personnage d’Edan Hale est une force de la nature représentant l’être humain luttant pour retrouver une certaine forme de liberté loin des dictas. Le graphisme d’Hayden Sherman ne séduira pas tout le monde, mais a au moins le mérite d’imposer sa patte personnelle (et charmante) dans l’univers des comics.

15 sur 20

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