Critique #132 – On se reverra de Lisa Jewell

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L’amnésie n’est pas un thème anodin dans un roman. Il a été utilisé dans des romans comme Flora Banks d’Emily Barr, Avant d’aller dormir de S.J. Watson, Never Never de Colleen Hoover, ou encore dans des mangas comme Six Half de Rikako Iketani. Quand on se retrouve en présence d’une histoire brodée autour de ce thème,on peut être certain que la sauve pendra, peu importe le genre. De la romance au thriller, le thème séduit et éveille en nous une curiosité presque obscène. On veut savoir la fin. Meurtre, romance, coupable, tragédie,… on veut savoir le fin mot de cette histoire. On se reverra de Lisa Jewell ne déroge pas à la règle. Et ça marche !

 

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Également disponible en numérique


Lisa Jewell est une auteure britannique  née en 1968 à Londres. Elle possède un diplôme en illustration de mode de la Epsom School of Art & Design, qui lui permit de travailler dans ce domaine durant plusieurs années. Elle se lança dans l’écriture après un défi lancé par une amie lui faisant promettre d’écrire trois chapitres d’hune histoire. C’est ainsi que son premier roman, Ralph’s’ Party, vit le jour en 1998 pour devenir un best-seller aux Royaume-Uni. Depuis, elle est l’un des auteurs les plus populaires dans le pays. Parmi la dizaine de romans publiés, seuls deux romans ont été adaptés en français :  Quatre naissances et un enterrement (The Making of Us en VO) aux éditions Presse de la cité, et On se reverra (I Found You en VO) paru cette année chez Milady dans la collection Suspense.

L’histoire est celle d’Alice Lake, célibataire et mère de trois enfants, vivant dans une petite maison face à la mer en Angleterre. Lors d’une promenade au bord de mer avec ses chiens, le regard d’Alice va se poser sur celui d’un homme seul assis sur la place, ayant perdu la mémoire. Elle se décide à l’accueillir chez elle pour l’aider. Qui est-il et que lui ait-il arrivé ? Surtout qu’au même instant, Lily Monrose, fraîchement mariée, attend son époux qui n’est pas rentré après son travail. La police lui demandant d’attendre, Lisa se retrouve désemparée dans ce pays où elle ne connaît personne. 

Mais cet homme-là reste assis, immobile. Il fait froid, aujourd’hui, et les bourrasques giflent la plage d’embruns glacés. Pourtant, il est en tee-shirt, sans veste ni sac, sans chapeau ni écharpe. Alice a du mal à le cerner : pas assez débraillé pour être un rôdeur, pas assez bizarre pour être l’un des patients du centre psychiatrique de la ville. Il semble être en trop bonne santé pour être un junkie et il n’a pas bu une goutte d’alcool depuis qu’il est arrivé. Il regarde au loin, c’est tout. Alice cherche le mot juste pour le décrire. Il a l’air… paumé.

Ayant quitté Londres pour vivre dans la région de l’Est du Yorkshire, Alice nous apparaît comme cherchant à tout prix la quiétude que le lie en bord de mer lui procure. Vivant de ses créations de petits objets et de tableaux, elle possède un côté attachant et passionné. Ses trois enfants et ses chiens rythment sa vie. C’est une mère célibataire avec une vie partant un peu dans tous les sens, mais il faut savoir qu’elle la maîtrise parfaitement. Têtue, elle se laisse porter côté cœur tout en gardant le cap dans ce qui constitue son quotidien. En recueillant l’inconnu de la plage, baptisé par un de ses trois enfants Franck, elle pense agir au mieux. Ce dernier tente de reconstituer sa mémoire grâce aux petites bribes de souvenirs qui lui reviennent. Charmant et attirant, il ne laisse pas Alice indifférent. Entre les deux un lien se tisse, mais Alice y va à reculons tant elle ne connaît rien de lui, surtout que Franck a ce sentiment d’avoir commis quelque chose de graveDoit-elle se méfier de la rivière qui dort ? Le lecteur sera forcément tiraillé entre la sympathie qu’il ressent envers Franck à travers les yeux d’Alice,  et d’un autre il se mettra sur sa réserve au cas où la première impression ne soit pas la bonne. De son côté, Lily est une jeune femme de 21 ans mariée à Carl, un homme dans la quarantaine et aimant, dont elle ne sait rien de sa vie d’avant. Lily est courageuse, un peu froid, mais déterminée à lever le voile sur cette disparition. Pourtant elle va aller de révélation en révélation sur celui qui partage sa vie, mettant ainsi à mal ses recherches. L’inconnu de la plage et Carl sont-ils une seule et même personne ?

Il ne fait rien de mal, mais il y a en lui quelque chose de dérangeant. Peut-être est-ce dû à ce vide intérieur, cette mémoire disparue. À moins que ce ne soit sa masculinité. Sans identité, il n’est plus qu’un homme, une essence brute qui ne laisse pas Alice indifférente. Elle n’a pas couché avec un homme depuis très longtemps, et ça lui manque terriblement. Son désir est le moteur qui a organisé – ou plutôt désorganisé – toute sa vie.

De cette trame assez simpliste, Lisa Jewell tire les ficelles d’une narration efficace et pourvue d’un suspens contrôlé du début à la fin. En effet, durant la lecture nous n’avons jamais l’impression qu’elle en fait trop ou que son histoire ne tient pas debout. L’écriture de l’auteure est fluide et clairement elle nous manipule sans vergogne. Est-ce une mauvaise chose ? Non, vraiment pas. Les chapitres sont courts et alternent avec flashbacks. Outre le fait que certaines révélations arrivent un peu tard lors de la lecture, provoquant une légère frustration, ce thriller nous prend en otage pour nous relâcher que le moment venu. Si dans l’ensemble j’ai aimé découvrir tous ces personnages, Lily est celle avec qui j’ai eu le plus de mal. Peut-être est-ce dû à son caractère ? Mais quelque chose n’a pas vraiment collé entre elle et moi. Toutefois, cela ne pas m’a freiné dans mon envie de connaitre la fin. Et que diable, on a envie de savoir qui est en réalité ce Frank ? Si oui ou non il est le mari de Lily ? Des questions, des pourquoi et des comment, qui nous taraudent.  Mais soyez rassuré, les réponses sont toutes là et n’attendent plus que vous. 

En conclusion, si vous cherchez une lecture qui vous manipulera sans honte et avec intelligence, On se reverra est fait pour vous. Les mystères sont nombreux, la plume de Lisa Jewell est prenante, et la double temporalité du récit nous réserve quelques surprises étonnantes. Un thriller mêlant passé et présent, alternant les scènes fortes et tendres, où le suspense donne le rythme à suivre. 

15 sur 20

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