Critique BD #008 – Charlotte Impératrice, T1 : La Princesse et l’Archiduc

Titre page BD (1).png

Quelles impératrices connaissez-vous ? Si je devais répondre à cette question, je dirais Elizabeth d’Autriche/Sissi, Victoria impératrice des Indes, et l’impératrice Catherine II de Russie. Parmi ces femmes la plupart ont connu une fin tragique. Assassinat, mort soudaine ou prématurée, et autres réjouissantes morts de ce genre. Dans la longue liste, j’ai découvert Charlotte de Belgique, passant de princesse à archiduchesse, et enfin impératrice. Mais avant de découvrir la fin de son histoire, commençons pas le début de ce qui semblait être un conte de fée où le « Il était une fois… » se transforme peu à peu en cauchemar éveillé.

 

Acheter le tome 1 de Charlotte Impératrice sur le site des éditions Dargaud ou sur Amazon
Également disponible en numérique sur izneo

 

LIRE LES PREMIÈRES PAGES EN CLIQUANT ICI

dargaud

Merci à Anne-Catherine des éditions Dargaud Suisse pour ce retour en classe d’Histoire


Fabien Nury est un scénariste français, ayant débuté sa carrière dans la bande dessinée avec cosignant W.E.S.T. (Dargaud), dessiné par Christian Rossi, entre 2003 et 2011. S’en suivit un carrière comprenant des titres majeures comme la trilogie Je suis légion (2004-2007), Il était une fois en France (Glénat, 2007-2012) récompensé par le prix de la meilleure série au Festival International de la BD d’Angoulême. On peut encore citer La Mort de Staline (adapté au cinéma en 2017), Tyler Cross (Dargaud), et Katanga. Le dessin de Charlotte Impératrice est confié à Matthieu Bonhomme, ayant travaillé pour des magazines de jeunesse tels que Spirou. En 2003 il reçoit le Alph-Art du meilleur premier album au festival d’Angoulême pour L’Âge de la raison. Par la suite, il illustra des ouvrages comme Texas Cowboys, et le one shot L’Homme qui tua Lucky Luke (2016), récompensé par le Prix Saint-Michel.

Autant dire que le duo n’est pas né de la dernière pluie, et qu’il vont montrer toute l’étendue de leurs talents respectifs. Ce premier tome retrace la vie de Charlotte de Belgique, fille du roi Léopold Ier et de Louise d’Orléans, destinée à épouser l’héritier de la couronne du Portugal, Pierre V. L’année de ses 16 ans, elle rencontre l’archiduc Ferdinand-Maximilien d’Autriche, frère cadet de l’empereur François-Joseph époux de Elizabeth d’Autriche alias Sissi. Charmée par cet homme cultivé et drôle, Charlotte finit par renoncer à la couronne portugaise ainsi qu’à celle de Saxe, pour s’unir à l’archiduc. Débute alors une vie bien différente de celle qu’elle pensait avoir en choisissant elle-même son mari. En effet, Maximilien se retrouve prix dans un conflit diplomatique et géopolitique entre les Habsbourg et l’empereur Napoléon III. Le couple en souffre, et Charlotte se doit de trouver un moyen de changer son destin…

Ne connaissant pas du tout cette impératrice, j’ai été très vite fascinée par ce premier tome. Malgré le manque de contextualisation de l’Histoire dans l’oeuvre, je me suis laissée aller à la découverte. Et je pense, en toute sincérité que le fait de ne rien savoir sur cette femme a joué un grand rôle dans mon appréciation. J’ai été surprise par les événements, ce qui a fait grandir mon intérêt pour cette lecture. Par exemple, je n’avais pas fait le rapprochement entre le François-Joseph de Sissi, ça m’a énormément plu. Oui, j’adore le personnage de Sissi que ce soit la vraie ou celle de fiction incarnée par la magnifique et mythique Romy Schneider. Au-delà de goût personnel, j’ai trouvé que la narration était lisible et rythmée. La rencontre entre Maximilen et la jeune femme paraît précipitée, mais il faut savoir qu’à cette époque c’était ainsi. À peine vous aviez ri à un commentaire de l’homme en face de vous, que le jour d’après vous étiez poussé dans les bras l’un de l’autre. Et comme pour venir appuyer cette remarque, nous avons le père de Charlotte qui se voit transmettre les échanges entre le couple par les personnes à son service. C’est à la fois fascinant et terrifiant de voir comment les choses pouvaient se faire autrefois.

Le personnage de Charlotte est, sans surprise, le plus passionnant et palpitant à suivre. Les premières pages débutent avec une Charlotte de dix ans, confrontée à la mort de sa mère. On la retrouve ensuite six ans plus tard, avec une élégance et présence à en faire chavirer les cœurs. Dans ses yeux bleus on y voit douceur et candeur, mais aussi une force latente. Après son mariage et les mois qui passent, les désillusions de Charlotte se font grandes. Son regard jovial laisse peu à peu place à une tristesse presque résignée, et dont le bleu devient presque de glace. Prisonnière d’une demeure et des manipulations à l’encontre de son époux, elle puise son courage dans les échanges de lettres entre son elle et son père. Cette partie est retranscrite pour au fil des cases, avec une Charlotte en pleine réalisation qu’elle doit faire changer les choses. La présence et l’amour de son père reste présent même s’il ne fait pas parti du nouveau cadre de vie de sa fille. En contraste, nous avons la déchéance de Maximilien tiraillé par son manque de caractère, alors qu’il nous semblait si grand et stable au début. Les personnages entourant notre impératrice sont écrits de manière à faire évoluer à la fois le récit mais aussi la jeune femme. On peut évoquer l’homme de main de Léopold, ferme et indéfectible, ou encore Sissi que les années ont rendu dure et froide. La différence sera saisissante pour ceux qui ne connaissent le personnage qu’à travers les films de Ernst Marischka. Les complots et les protocoles de l’Europe de cette époque sont fascinants à suivre, faisant écho à certaines choses encore en place dans certains gouvernements de notre siècle.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le dessin de Matthieu Bonhomme est en total synergie avec l’époque du récit et son ambiance qui se veut assez sombre. Le trait est précis, les expressions des visages transmettent avec exactitude ce qu’éprouvent les personnages, mais aussi cette rudesse et mécanisme faussé que peuvent avoir les nobles. L’artiste se permet des doubles pages magnifiques, des décors travaillés et soignés permettant une immersion rapide. La colorisation d’Isabelle Merlet (Les Chats du Louvre à paraître en octobre 2018) vogue entre les couleurs chaudes et froides, comme l’orangé et le rouge, ou encore le vert et le gris. Certaines cases passent d’une ambiance à une autre, jouant ainsi sur les contrastes. Le choix du papier peut être discutable pour certains, mais je l’ai trouvé adapté au côté “historique” et “rétro” de l’oeuvre, sans pour autant être de mauvaise qualité, bien au contraire. Une édition sans reproche qu’offre ici Daragaud, avec en petit bonus la liste des « 27 principes de vie et règles pratiques que doit connaître et appliquer tout gentleman bien né« , que se targue de suivre Maximilien.

En conclusion, ce premier tome de Charlotte Impératrice a été une surprenante et excellente et découverte. Que vous soyez  friand de récits historiques ou pas, les pions politiques et les manipulations vous garderont attentifs durant la lecture. Le personnage de Charlotte est une femme forte qui fera tout pour regagner un semblant de liberté, et qui face à son mari omnipotent et soumis, se révélera pleine de ressources et combative dans son destin. 

17/20

infos comics

 

 

Publicités

10 réflexions sur “Critique BD #008 – Charlotte Impératrice, T1 : La Princesse et l’Archiduc

  1. ok celui-là, je le veux!^^ Merci pour cette chronique! J’adore aussi les histoires d’impératrice, reine, favorite,…et de femmes fortes! Tu m’as convaincue et je pense qu’il ne restera pas longtemps dans ma WL ni dans ma PAL!

    J'aime

  2. Pingback: Bd Time : Charlotte, Impératrice & China Li Tomes 1 – Les voyages de Ly

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s