Critique #136 – Pourvu que la nuit s’achève de Nadia Hashimi

TITRE PAGE.png
La condition de la femme dans la société est une question de plus en plus brûlante, et cela depuis des années. Si dernièrement les langues se délient sur X sujets liés à l’injustice envers les femmes et les plus faibles en Occident, il faut être conscient du fait que dans d’autres régions du monde cela est encore bien trop caché. Pourtant les reportages sur les peuples et les femmes d’Afrique du Sud ou en Asie sont communs, mais encore peu de mesure sont prises pour changer la société, et surtout le système judiciaire. Pourvu que la nuit s’achève de Nadia Hashimi est une oeuvre de fiction reliée à la réalité brutale et sans tabous des pays qui se taisent.
Acheter Pourvu que la nuit s’achève sur le site des éditions Milady ou sur Amazon
Également disponible ne numérique
LIRE UN EXTRAIT ICI


Nadia Hashimi est une pédiatre et auteure américaine née en 1977. Ses parents sont originaire d’Afghanistan, arrivés aux USA au début des années 70. La jeune femme a étudié à l’Université Brandeis à Waltham dans le Massachusetts et possède un diplôme en Études du Moyen-Orient et en biologie. Plus tard, elle obtient également un diplôme en médecine, et se spécialise en pédiatrie à New York. En 2014, sort son premier roman La Perle et la Coquille (The Pearl that Broke Its Self) qui devint un best-seller international traduit dans plusieurs langues à travers le monde, et qui remporte le Prix des Lectrices 2016 en France. Son deuxième roman, Si la lune éclaire nos pas (When the Moon is Low), sort en 2015. Pourvu que la nuit s’achève (A House Without Windows) sort en 2016, et comme pour ses premiers romans, est disponible en français chez Milady, et Castelmore pour Ma vie de Bacha Posh.

Pourvu que la nuit s’achève est le premier roman de l’auteure que je lis, malgré la multitude de commentaires élogieux que j’ai lue et entendue. Entre temps, je me suis procurée Si la lune éclaire nos pas, dont je tâcherai de vous parler dans un futur proche. Mais revenons à Pourvu que la nuit s’achève, c’est l’histoire de Zeba, mère de famille et épouse dévouée qui va être découverte devant elle aux côtés du cadavre de son mari. Présumée coupable par la justice afghane, elle est incarcérée dans une prison pour femmes, laissant derrière elle ses enfants. Yusuf, avocat afghan exilé aux États-Unis, revient pour régler et une dette. Il se charge alors de défendre Zeba, murée dans un silence. Est-elle coupable d’avoir tué son mari devenu alcoolique et violent depuis son retour de guerre ? Ou son silence cache-t-il plus que ça ?

Le contexte du récit est difficile de par son immersion dans le monde actuel et réel de millier de femmes dans le monde, et non pas qu’en Afghanistan. À travers les journaux et nos écrans, nous découvrons des récits qui nous font froid dans le dos et nous révolte. Ici, Nadia Hashimi n’a pas peur de décrire ces zones d’ombre qui nous révoltent . En passant par une œuvre de fiction basée sur du vécu, la lecture est différente. Nous avons sans cesse cette petite sensation de nous prendre une claque à chaque situation délicate. En faisant de Zeba la coupable idéale, le système judiciaire est pointé du doigt, tout en ne voulant pas chercher la vérité dans ce crime. Si elle l’a tué, pourquoi ? Si ce n’est pas elle, alors qui ? Deux questions parmi d’autres qui nous accompagnent au cours de notre lecture. Nous suivons Zeba dans sa prison, découvrant au passage des récits d’autres femmes incarcérées, comme Nafisa ou Mezghan. Les témoignages sont touchants mais nous indignent. Pourquoi emprisonner une femme simplement parce qu’elle a fui son mari violent ? Ou parce qu’elle a été vue avec un autre homme dans la rue alors que rien ne se passait entre eux ? Des cas injustes et inhumains pour nous femmes et hommes de l’Occident, et pourtant tellement commun au dehors…

Je crois que la plupart des femmes imaginent la mort de leur époux, soit parce qu’elles la redoutent ou l’attendent. C’est inévitable. On se demande quand et comment cela arrivera.
J’avais imaginé mille morts différentes pour mon mari : en vieil homme entouré de ses enfants, ou bien abattu d’une balle par des insurgés, s’écroulant les deux mains sur le cœur, ou encore frappé par la foudre en se rendant là où il n’aurait pas dû. Cette dernière version était ma préférée. Allah, pardonne mon imagination débridée.

Le combat que mène l’avocat de Zeba est juste et bon, mais compliqué quand un système judiciaire est biaisé par la vision que les hommes ont de la femme et de la question d’honneur. Car un homme dont l’honneur a été bafoué est un signe de faiblesse. Yusuf est un homme droit possédant de nombreuses vertus, le rendant presque irréel tant le sexe masculin environnant nous est présenté avec des défauts. Zeba face à lui se révèle être une femme forte avec des valeurs, et surtout un immense courage. Bien sûr notre curiosité à savoir le fin mot de ce crime nous pousse dans la lecture, mais ce n’est pas uniquement le seul moteur du récit. Il y a, comme vous l’aurez compris, la condition des femmes, mais aussi les thèmes de la famille, des enfants et du couple. Les personnages gravitant autour de Zeba sont également importants au récit, et apportent énormément à l’histoire. Il y a par exemple, la mère de Zeba, une femme pleine de sagesse et spéciale. La plume de l’auteure est pleine de justesse dans ses propos, d’authenticité et de cœur. Alors que d’autres auteurs auraient pu tomber dans le drame, Nadia Hashimi trouve une ligne invisible dans son récit et dans ce qu’elle raconte pour que jamais cela ne paraisse surjoué. La narration à double voix est un choix pertinent, puisque l’on suit aussi bien Zeba que son avocat.

En conclusion, Pourvu que la nuit s’achève et une lecture retentissante qui devrait être lu, non pas seulement par des femmes mais aussi par des hommes. Bouleversant et engagé ne sont que les deux mots que je retiens de cette découverte, alors qu’il en existe des dizaines, et tous pour louer les louanges de ce roman. Nous ne découvrons pas uniquement la réalité d’un monde, mais aussi les travers d’un système corrompu. Et de dire que cela ne se passe que dans un seul pays serait un mensonge. La lutte pour le droit des femmes et la liberté de tous sont toujours d’actualité, Pourvu que la nuit s’achève, n’en est qu’une fiction réaliste et troublante écrite avec honnêteté et sans peur.

17/20

infos roman.png

2 réflexions sur “Critique #136 – Pourvu que la nuit s’achève de Nadia Hashimi

  1. Ta critique permet de merveilleusement bien montrer ton ressenti sur cet ouvrage. On sent tes émotions.
    Comme toi, j’ai été bouleversée par les personnages, l’histoire et les messages qui méritent d’être mis en avant, surtout de nos jours. ❤
    Je te rejoins sur bien des points !

    J'aime

  2. Ce livre me tentait déjà beaucoup avant…encore plus après avoir lu ta chronique qui me confirme qu’il va bien dans les directions que j’attendais!! 🙂 J’ai vraiment hâte de le lire !!

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s