Critique BD #14 – Double 7 de Yann & Juillard

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La guerre d’Espagne, est un conflit qui opposa le camp des « nationalistes » à celui des « républicains ». Elle se déroula de juillet 1936 à avril 1939 et s’acheva par la défaite des républicains et l’établissement de la dictature de Francisco Franco, qui conserva le pouvoir absolu jusqu’à sa mort en 1975. C’est ainsi que l’on pourrait résumer cette guerre sans mentionner la tragédie et les morts qui entourent ce pan de l’Histoire de l’Homme. Tel James Cameron avec Titanic, Yann & Juillard posent les éléments en y intégrant une histoire d’amour faite de passion et de sincérité pour impacter plus facilement le lecteur. Pari réussi ?C’est ce que je vous propose de découvrir dans la suite. 

 

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Un grand merci à Anne-Catherine de chez Dargaud Suisse pour cette lecture


Yann est un scénariste de bande dessinée, s’étant fait connaître pour son travail avec Didier Conrad dans le magazine Spirou durant les années 80. Par la suite il a contribué à de nombreux ouvrages tels que Sambre (avec Yslaire), Empire USA, Lucky Luke, Le Marsupulami, ou Thorgal. Le dessinateur André Juillard est un de ces artistes qui n’a pas vraiment besoin de présentation tant il est connu dans le milieu. Mais on peut le présenter avec quelques une de ses contributions telles que Les 7 vies de l’Épervier, Masquerouge, Léna, Blake et Mortimer, ou bien encore Mezel qu’il signait déjà avec Yann. C’est donc sept ans plus tard que le duo sort Double 7 aux éditions Dargaud

Fin 1963,  l’Espagne est en pleine guerre civile.  Le parti des Républicains s’oppose au camp nationaliste de Franco. Témoin de ce qui se passe, Staline décide d’apporter son soutien aux gouvernement espagnol en donnant plusieurs chasseurs aux Républicains. Parmi eux se trouve Roman Kapulov, aviateur russe au sommet de la discipline tant il enchaîne les victoires. Jeune, beau et grand il attire l’oeil de Lulia Montago, une milicienne au charme discret et sensuel. Entre les deux, c’est le coup de foudre. Mais dans un tel contexte, l’amour peut-il déjouer le chaos de la guerre ? Et la population peut-elle réellement faire confiance à Staline ?

Le duo Yann et Juillard propose un récit assez inédit, puisqu’il est assez rare que les auteurs se penchent sur la guerre d’Espagne, surtout du point de vue des républicains. Très vite on fait la connaissance de plusieurs personnages, dont le très célèbre écrivain Ernest Hemingway. Sa présence prête à sourire tant je ne savais pas qu’il y avait été en tant que journaliste. Si par moments on se perd à tenter de ce rappeler qui est tel ou untel, Yann mise beaucoup sur le personnage de Roman. Expert dans son art, il n’en est pas pour autant dénué d’humanité. On lui devine très vite un cœur juste et bon, d’où sa droiture dans ses propos et ses idées. Face à lui, nous avons Lulia, jeune femme de poigne et officier dans les Mujeres Libres, un mouvement féministe important de la guerre civile espagnol et pour le pays. Si on laisse de côté le contexte historique un instant, on peut y voir une ambiance shakespearienne, inspirée et bien exécutée. La romance n’est pas centrale au récit, mais apporte la tragédie pour rendre le récit plus enclin à toucher le lectorat. Si le féru d’Histoire y trouvera son compte, on peut se demander si le moins friand y trouverai quelque chose., n’est-ce pas ? Et c’est exactement à ce moment que la romance vient happer le lecteur lambda et arriver à capter son intention jusqu’à la fin. Fin que je n’ai pas vue venir personnellement soit dit au passage. Les rebondissements sont efficaces et nul besoin d’aller dans le trop compliquer pour que sa marche. Le lien unissant les deux amants ne passe pas uniquement par la passion du cœur et du corps, mais aussi par les traits qu’ils partagent : forte personnalité, indépendance spirituelle, convictions profondes et le sens de la justice. La complexité du sujet de cette guerre est ici retranscrite le plus complet possible sans en devenir lourd. Yann va à l’essentiel en n’oubliant aucun fait important.

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Le dessin de Juillard épate par sa simplicité et son trait sensuel et affirmé. Les corps et les visages sont dotés d’une beauté naturelle et sans envie de les rendre irréalistes. Le lecteur peut ainsi s’investir plus facilement dans l’histoire tout en étant subjugué par le charisme qu’ils dégagent même sur du papier ! La représentation des véhicules (avion, voiture, etc.) est très bonne, et on sent bien à quelle époque nous sommes. Les cases et planches nous montrant le ballet aérien des chasseurs est vraiment bon, et j’y ai vu la même beauté que dans le manga Tenjin aux éditions Kana [ma critique ici]. On peut même dire que le dessinateur se complaît dans ce travail. La mise en couleurs est propre, avec de la fraîcheur ici et là pour un rendu classique mais moderne. Le seul petit reproche que j’aurais concerne la fin trop abrupte à mon goût. En effet, j’ai eu commun goût d’inachevée et de précipité dans les dernières pages, et la transition entre passé et présent ne semble pas organique.

En conclusion, malgré ce petit pépin, Double 7 a été une première belle découverte de Yann et/ou Juillard. Le premier par la plongée dans les méandres d’une guerre servant de prémices à la Seconde guerre mondiale, et le deuxième par son trait irréprochable. Une oeuvre historique tragiquement humaine de toute beauté que je vous recommande. 

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