Critique #172 – Evie de K.L. Slater, Si tu t’en vas de C.J. Cooke, Entre les lignes de Michelle Adams, Moi qui croyais te connaître de Penny Hancock

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On termine la semaine avec non pas un ni deux, mais quatre thrillers à suspense et tous écrits par des femmes ! Complexe, haletant et imprévisible sur bien des points, Evie de K.L. Slater, Si tu t’en vas de C.J. Cooke, Entre les lignes de Michelle Adams et enfin Moi qui croyais te connaître de Penny Hancock nous bouleverse, nous glace mais nous fait réfléchir sans détours.

Je remercie les Ladies de chez Milady pour la confiance et ces lectures


Disponible aux éditions Milady dans la collection Suspense ou sur Amazon au prix de 8,20€ | Également disponible en grand format et en numérique

K.L Slater est une romancière britannique que l’on ne connaît en France que pour son roman Evie (Blink en VO). Mais de l’autre côté de la Manche elle est l’un des auteurs incontournable du suspense psychologique. Avant de s’attaquer à ce genre elle a écrit des livres Young Adult – récompensé par un prix – sous le nom de Kim Slater. Son premier thriller psychologique Safe with Me précède Evie, Liar, The Mistake, The Visitor, The Secret et Closer. L’histoire raconte comment en un bref moment d’inattention, la petite Evie âgée de 5 ans disparaît. Trois ans plus tard, la police poursuit les recherches sans avoir la moindre piste. Toni, sa mère, reste persuadée que sa fille est vivante quelque part. Mais personne ne lui prête attention, alors comment faire pour qu’on l’entende quand on est sois-même prisonnière du silence ? Toni va alors devoir dépasser ses limites et sa propre souffrance pour sauver sa fille. Que l’on soit un adepte des romans à suspense psychologique ou non, Evie est une lecture qui ballade sans nous demander la permission. Est-ce que l’on va s’en plaindre ? Non, pas du tout. La narration est carrée et ne nous ménage pas, donnant une ambiance étrange au récit. On est happé dès les premières pages, et les personnages butinant autour de Toni ne sont pas forcément bienveillants, nous laissant un goût de méfiance à la lecture. Cela fait des années, bien avant la disparition de sa fille, la vie de Toni était déjà difficile et faite de drame. De plus, la petite n’est pas facile à vivre, son comportement était même devenu étrange. Il faut noter que ce roman nous narre une énième disparition d’enfant, mais arrive à sortir du lot de par le fait que l’auteure nous laisse dans le flou complet concernant les circonstances de la disparition d’Evie. J’ai apprécié que l’on prenne le temps de voir à quel point la presse peut être nocive et influencer les opinions de chacun sur X ou Y, que l’on connaisse cette personne ou non. Cela m’a rappelé le très bon Le couple d’à côté par Shari Lapena (que je recommande). Le style de K.L. Slater est addictif, de ce fait il est impossible de lâcher la lecture. Chapitre après chapitre, on en veut encore plus jusqu’à arriver au dénouement final. Les indices sont là mais on ne comprend pas, on ne voit rien, et on se prend tous dans la figure. En conclusion, Evie de K.L. Slater tranche avec les romans du même genre de part la narration suffocante et percutante, tandis que les différents personnages nous montrent à quel point le danger est possiblement partout.

Quand tu t’apercevras que ton enfant a disparu, tu croiras connaître le pire.
Très vite viendra ce sentiment insidieux, comme si tu te vidais de ton sang, que tu n’y peux rien, absolument rien.
Tu le sentiras s’écouler, et rien ne peut l’arrêter. Mais, à ce stade, tu te fiches pas mal de ce qui peut t’arriver.
Tu ne penses qu’à elle, ton bébé.

 

Disponible aux éditions Milady dans la collection Suspense ou sur Amazon au prix de 8,20€ | Également disponible en grand format et numérique

Carolyn Jess-Cooke, de son vrai nom, est une auteure irlandaise enseignant l’écriture créative à l’Université de Glasgow. Son premier roman Journal d’un ange gardien (The Guardian Angel’s Journal, 2011) lui valu une reconnaissance international, et fut traduit dans plus de 20 langues. Le garçon qui voyait des démons paru en 2002, suivi de Si tu t’en vas (I Know My Name en VO) en 2017, où elle embrasse la plume de C.J. Cooke. Le récit est celui d’une femme échouée sur une île déserte frappée d’amnésie mais qui pourra compter sur l’aide précieuse de quatre écrivains réunis en ce lieu pour leur retraite annuelle. Peut-être est-ce dû au fait qu’elle est étrangère à eux, mais elle ressent de vives tensions au sein du groupe. Ou bien est-ce pour une autre raison ? Pendant ce temps, dans un quartier chic de la banlieue de Londres, Eloïse disparaît, abandonnant ses deux enfants en bas âge. Son mari Lochlan va tout faire pour la retrouver, mais encore une fois les apparences ne sont pas ce qu’elles sont… Sans surprise on comprend rapidement que l’inconnue de l’île et la mère de famille ne font qu’une seule et même personne. Le truc c’est qu’il faut maintenant découvrir ce qui a bien pu se passer pour qu’Eloïse disparaisse et se retrouve loin de chez elle. Et que viennent faire ces 4 hommes dans l’histoire ? L’écriture de C.J. Cooke nous embarque dans une enquête psychologique explorant la sphère des troubles du comportement et d’autres thèmes très durs. Les premiers chapitres offrent une belle entrée en matière, et on se laisse emporter loin… très loin même. La partie se déroulant sur l’île dégage une atmosphère parfois oppressante, où les interrogations nous troublent. L’intrigue est bien ficelée et très bien menée. Encore une fois j’insiste sur le style de l’auteure, parce que depuis Avant d’aller dormir de S.J. Watson, les thriller où l’amnésie frappe ont fleuri en grande quantité. C’est donc bien l’auteure et sa manière de développer intrigue et protagonistes qui fait que l’on reste accroché au livre. Au début, Éloïse parait presque fade mais ce n’est qu’une façade. En face d’elle, les personnages masculins possèdent chacun leur caractère développé de manière efficace et très mystérieuse. Les lecteurs habitués à ce genre de lecture devineront quelques éléments plus ou moins tôt dans l’histoire, mais cela n’empêche pas que l’on passe un bon moment de lecture. En conclusion, Si tu t’en vas se démarque par la plume de C.J. Cooke qui excelle dans l’ambiance pesante créée dans son esprit. Les pages se tournent avec envie du début à la fin.

Pour moi, cet ajout, le fait qu’elle sait ce que renferme la boîte, change tout. Dans cette version, Pandore est courageuse. C’est une tigresse. Elle hésite non par obéissance, mais parce qu’elle pèse le pour et le contre. Vaut-il mieux avoir une vie insouciante, ou accepter les choses telles qu’elles sont et en ressortir grandi ?

15 sur 20

 

Disponible aux éditions Milady dans la collection Suspense ou sur Amazon au prix de 19,50€ | Également disponible en numérique

En décembre 2018, je découvrais la britannique Michelle Adams avec son roman Sisters [mon avis ici] lors de sa réédition en format poche. La plume de l’auteure avait réussi à me convaincre de bien des façons, notamment par toute la manipulation psychologique. Entre les lignes (Between the lies en VO) réussit-il à faire de même ? Avant de vous donner mon avis, présentons un peu le synopsis. Chloe Daniels se réveille à l’hôpital après un accident de voiture. Affaiblie, n’ayant aucun souvenir de qui elle, et ne reconnaissant aucune membre de sa famille, ses parents décide de la ramener à la maison pour veiller sur elle. On découvre alors qu’elle est séparée d’un mari violent, et que son petit garçon a péri – par sa faute – dans l’accident qui la mise dans cet état. Afin de l’aider, son père psychiatre et un de ses collègues vont faire appel à l’hypnose. Mais cela va vite virer au cauchemar… Est-elle responsable de la mort de son enfant ? Pourquoi est-elle menacée ? Et pourquoi a-t-elle l’impression qu’on lui ment ? C’est vraiment sans le vouloir que je me suis enchaînée autant de lectures tournant autour de l’amnésie. Si je ne peux m’épancher sur de nombreux évènements, je peux dire que le rythme lent qui monte en crescendo a marché sur moi. L’action arrive dès le début du roman ce qui a pour effet de tout de suite te retenir entre les lignes (ahaha!). On s’attache aussi très vite à Chloé qui vit avec un poids énorme sur la poitrine. L’angoisse de la situation est accentuée par le cauchemar qu’elle fait toutes les nuits dans le manoir familial. Imaginez un peu l’endroit quand vous ne connaissez personne et que vous devez croire ce que l’on vous dit… il y a de quoi paniquer, non ? Parmi son entourage, le personnage qui nous interpelle le plus est sans aucun doute le père psychiatre. Homme silencieux, protecteur mais dominant, il est de ces personnes qui aiment à avoir le dernier mot. Il a une telle influence psychologique sur les gens de sa famille, que tout doit passer par lui alors même qu’il ne demande rien. Pervers narcissique et manipulateur ? Les révélations arrivent petit à petit, nous prenant même parfois de court. La narration est efficace et possède l’originalité d’être interrompue par une voix à la troisième personne qui aura le don de vous glacer le sang… mais qui est-ce ? C’est ce qu’il vous faudra découvrir en compagnie de Chloé, une femme qui va tenir bon tout du long mais qui passera par de multiples émotions. En conclusion, Michelle Adams arrive à faire plus fort que Sisters, avec un thriller ne connaissant jamais de pause. Le lecteur est baladé de droite à gauche, s’entremêlant parfois les pieds tant l’intrigue nous fait tourner en bourrique. Une lecture pleine de suspense dont la fin surprend !

Les yeux ouverts. En grand. Ça n’a rien d’un lent réveil après un doux balancement entre rêve et réalité. C’est rapide, comme on arrache un pansement ; comme un coup de couteau. Je suis en sueur et hors d’haleine. Le souvenir de mon rêve s’estompe à mesure que je prends conscience de la chambre. J’essaie de me rappeler qui je suis, ce que je fais là. Je suis en vie. Je vais bien.

 

Moi qui croyais te connaîtreDisponible aux éditions Milady dans la collection Suspense ou sur Amazon au prix de 19,50€ | Également disponible en numérique

Britannique originaire de Londres, Penny Hancock a enseigné l’Anglais dans plusieurs pays avant de revenir dans son pays pour y devenir illustratrice puis écrivain. Son premier roman Désordre paraît en 2013, suivi de Deux en 2015. Ses deux romans sont disponibles aux éditions Sonatine/Le Livre de Poche. Moi qui croyais te connaître (I though I knew You en VO) est roman traitant du consentement sexuel à travers le personnage de Holly, très active dans la sensibilisation autour de ce thème. Ayant pour habitude de toujours se placer du côté des victimes, elle va se retrouver dans une position difficile et douloureuse quand son fils Saul est accusé de viol par Saffie la fille de sa meilleure amie. Automatiquement en tant que mère elle va prendre la défense de son fils, persuadée de son innocence. Pendant ce temps, Julia doit venir en aide à sa fille de 13 ans, traumatisée et peut-être enceinte. Les deux amies vont s’affronter, chacune défendant sa progéniture, soulevant de nombreuses questions au passage. L’auteure prend le temps de construire chaque personnage tout en les faisant rentrer en conflit avec les uns et les autres. Saul est un jeune homme renfermé, difficile à cerner mais qui inspire beaucoup d’empathie mais aussi de colère. En tant que lecteur, il est compliqué de prendre parti pour lui ou contre lui. Nous n’avons pas d’autre choix que d’attendre que Penny Hancock avance dans son histoire pour nous aider à savoir comment réagir. Toutefois, l’auteure sait comment s’y prendre pour que cela se fasse de manière complexe. Le roman est conté à deux voix, Holly et Julia prenant tour à tour la parole. Hancock réussit la difficile tâche de jongler entre la personnalité de chacune, défendant ces deux femmes et leurs positions. Les émotions sont là, on les vit et on ne regarde jamais ailleurs. Inutile de préciser que le récit fait écho à notre société, soulevant pas mal de questions aux passages. Saffie représente à elle seule les milliers et milliers de victimes de viol qui ne veulent pas que l’histoire se sache, et qui se taise. Le récit nous ébranle et nous touche, que l’on connaisse cette situation ou non. La lecture m’a rappelé le bouleversant Une fille facile de Louise  O’Neill [mon avis ici] qui était dans  »Mes Meilleurs romans de 2018 » [à lire ici]. En conclusion, d’une plume fluide, poétique et incisive, Penny Hancock évoque avec brio et tact un fait dramatique et violent. Un roman bouleversant mené tambours battant.

Julia s’assit sur le lit de sa fille et prit le temps de digérer l’information. Saffie était allongée sous sa couette et affirmait qu’elle voulait rester couchée toute la matinée. L’ourson que Saul lui avait offert à sa naissance était posé sur l’oreiller. Il avait perdu un oeil. Au bout d’un moment, Julia dut se pencher et le retourner afin qu’il cesse de lui lancer des œillades. 

17/20

2 réflexions sur “Critique #172 – Evie de K.L. Slater, Si tu t’en vas de C.J. Cooke, Entre les lignes de Michelle Adams, Moi qui croyais te connaître de Penny Hancock

  1. Je te rejoins à 100% en ce qui concerne Evie. J’ai également été transportée par cette narration percutante. Idem pour Entre les lignes qui m’a autant plu et angoissée que toi. Je n’ai pas lu le reste, mais ça a l’air tentant, surtout Moi qui croyais te connaître !

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