Critique BD #17 – La Princesse de Clèves par Bouilhac & Catel

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Apprentissage de l’amour, passion, émancipation et féminisme, La Princesse de Clèves avait à l’époque de sa publication soulevée beaucoup de questions. Pour ceux ne connaissant pas l’histoire, je tairai certaines choses afin de vous laisser découvrir cette adaptation du roman de Madame de la Fayette. Sobre, psychologie et tragique, Bouilhac et Catel ont su actualiser un classique de la littérature classique qui aura inspiré des auteurs comme Balzac et Jean Cocteau. 

 

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Merci à Anne-Catherine de chez Dargaud Suisse pour cette lecture


Claire Bouilhac est une dessinatrice connue pour sa contribution graphique à des séries telles que Francis Blaireau Farceur avec Jake Raynal au scénario. Sa collaboration avec Catel Muller débute à la suite de leur rencontre lors du festival d’Angoulème. Ensemble, elles donneront naissance à Top Linotte (2012), Rose Valland Capitaine Beaux-Arts (2009), et Adieu Kharkov (2015). De son côté Catel est une auteure et dessinatrice dans la bande dessinée depuis 2007. On lui doit des tires comme Lucie avec Véronique Grisseaux, Les Papooses avec Sophie Dieuaide ou bien encore Ainsi soit Benoîte Groult en 2013.

La Princesse de Clèves fait partie des classiques de la littérature française au même titre que Voltaire et Balzac, même si souvent elle reste peut-être plus confidentielle pour je ne sais quelle raison. Publié anonymement en 1678, ce roman de Madame de La Fayette voit son récit prendre place entre 1558 et 1559 à la cour du roi Henri II puis de son successeur François II, ce qui en fait un roman historique. Cette adaptation imaginée par Claire Bouilhac et Catel Muller possède le charme de son époque aussi bien au niveau du scénario que de la mise en page. Dans ce récit on fait la connaissance de Mademoiselle de Chartres, 16 ans, courtisée par le Prince de Clèves qui tombe fou amoureux d’elle. Hélas, ce sentiment n’est pas réciproque mais le mariage se fait comme il était coutume en ces temps. La désormais Princesse de Clèves voit son cœur battre pour le Duc de Nemours qui ne va cesser de vouloir lui témoigner son amour. Néanmoins, la princesse fidèle à son époux qui lui voue un amour et un respect sans failles, même quand elle lui confessera ses sentiments pour cet autre homme. Que vous connaissiez l’histoire ou non, comme moi, je préfère ne pas développer plus le synopsis puisque tout du long de ma lecture j’ai eu envie de savoir la fin de cette histoire faite d’énormes quiproquos à des moments. Je me suis doucement attachée au personnage de Mademoiselle de Chartres, dont l’innocence et ses principes imposent le respect en tant qu’être humain, tout simplement. Consciente que ce qu’elle ressent pour le duc ne peut se faire, elle fera tout pour l’éviter et ne pas céder à sa passion. Et il faut dire que le duc ne va pas lui faciliter la tâche. Tel un jeune étalon sauvage il ne cesse de vouloir être près d’elle, quitte à frôler le voyeurisme… Peu à peu on découvre que sa jeunesse et son amour des femmes pourraient mettre un terme aux sentiments qu’il éprouve pour Mademoiselle. Soit on l’aime, soit on le déteste. Le format de la bande dessinée permet aux allergiques de la littérature d’antan ou en générale de découvrir toutes les nuances dans la narration de Madame de La Fayette.

À aucun moment les voix de Bouilhac et Catel ne font dans la lourdeur. C’est direct sans pour autant mettre de côté les messages qui défilent dans cette succession de passions au sein de la cour d’Henri II. Si vous êtes plutôt un cinéphile, vous retrouverez l’ambiance royale particulière d’un film comme Les Liaison dangereuses, Un long dimanche de fiançailles ou encore Sissi, impératrice. La romance n’est jamais réellement consommée dans sa forme charnelle, mais soulève bien des questions concernant le simple fait de savoir si les pensées relèvent de la tromperie ou pas. L’adultère n’est un secret pour personne. Tout le monde connaît sa définition mais chacun y va de son jugement. Ici, le lecteur a aussi l’occasion de faire sa propre idée sur la chose. Du point de vue de la narration, on peut facilement imaginer à quel point il a été difficile d’adapter un tel roman en une bande dessinée de moins de 300 pages, tant il y a de petites histoires dans l’histoire principale. Les personnages sont nombreux mais on retient facilement qui est qui, notamment grâce à l’arbre généalogique en début d’ouvrage. L’ambiance est subtile et sans fioritures qui auraient pu vite agacer.

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La force de l’incarnation graphique de la Princesse y est pour beaucoup, et on se prend réellement d’affection pour elle. C’est sensible, doux et fort à la fois. Jamais nous n’avons la sensation qu’elle se laisse dompter par ceux qui gravitent autour d’elle ni par ses sentiments. Elle les combat avec rage tout en se laissant parfois prendre au piège le temps d’un battement, dû au fait qu’elle n’ait jamais connu l’amour avant. Elle est troublante mais très touchante. Son mari, le prince de Clèves, prend également une belle place dans le récit. On a de la peine pour lui, et on ne peut s’empêcher de l’admirer dans la fidélité de l’amour qu’il éprouve pour son épouse. Graphiquement, les pages sont pleines d’élégance et de sobriété. Le lecteur ne peut que se sentir pousser à la découverte de cette histoire, et jamais il ne sera pris en étaux entre la datation de l’œuvre d’origine. L’exécution et la mise en page sont moderne sans dénaturer le contexte. La mise en couleurs par Marie-Anne Didierjean se mêle avec naturel au trait fin de Bouilhac. En bonus, nous avons une petite histoire sur Madame de la Fayette après la publication de son roman, où elle échange quelques lettres avec un ami. Le dessin est assuré par Catel avec une calorisation simple et dépouillée de Valérie Michaux. L’objet en lui-même est dépourvu de défaut et rendra très bien dans votre bibliothèque.

En conclusion, cette adaptation graphique de Bouilhac et Catel nous transporte dans cette France où les passions se sont déchaînées parfois dans le plus grand des secrets. La fin, pour ceux qui ne connaissent pas le roman de La Fayette, en surprendra plus d’un mais montre toute la force du personnage de la Princesse de Clèves qui aura su marquer par sa détermination et sa forme de féminisme.

17/20

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14 réflexions sur “Critique BD #17 – La Princesse de Clèves par Bouilhac & Catel

  1. Je n’ai jamais lu le roman, mais cette adaptation graphique me tente bien même si je t’avouerai que je ne suis pas fan des graphismes. Par contre, j’aime beaucoup la manière dont tu parles de l’incarnation de la Princesse dans cette œuvre 🙂

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    • Je n’ai jamais lu le roman non plus, mais j’en ai envie à présent. Par contre j’ai vu que c’était une lecture difficilement accessible, chose qui n’est pas du tout le cas dans la BD. Au contraire, comme je le dis je pense que n’importe quel lecteur aimant la littérature ou non, peut se lancer. J’ai bien aimé le personnahe de la Princesse qui a beaucoup de détermination malgré le fait qu’elle n’ait jamais connu l’amour avant. Il y a la question du mariage sans amour aussi, mais je ne veux pas trop en dire, parce que si on a pas lu le roman il y a de bons rebondissements. Et merci beaucoup ! 😀

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  2. C’est drôle j’ai essayé de lire le roman pour mon challenge des classiques le mois dernier et je l’ai abandonné après une cinquantaine de pages. Je n’ai pas vraiment perçu l’aspect féministe :/ les personnages étaient surtout d’une incroyable superficialité et ce qui me séduit d’habitude dans l’écriture de l’époque ne m’a pas du tout touchée ici. Comme quoi… Mais à voir pour la bd, ça passerait peut être mieux 🙂

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    • Peut-être oui. Déjà c’est plus court, donc on se perd moins dans les détails. J’ai écouté une interview des auteures, et de ce que j’ai compris elles sont voulu rendre cette oeuvre accessible et plus compréhensive sans pour autant enlever le style de Madame de la Fayette. Personnellement je n’ai pas lu le roman, mais de ce que j’ai lu ici et là il faut s’accrocher par moment. Contre toute attente, la lecture de la BD m’a donné envie de découvrir le roman, chose que je ferrai un jouor sans l’ombre d’un doute. Le féminisme est propre à l’époque et limité, mais la Princesse possède une bonne détermination. Je pense que peux essayer la lecture en BD, et si tu n’a pas envie de l’acheter pose toi en bibli ou en librairie xD

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      • C’est pas un souci de compréhension mais plutôt des lourdeurs et un gros manque d’intérêt. Y’avait pas d’enjeux.. Et oui le féminisme dépend des époques mais quand même je le trouvais extrêmement limité là dessus. Au contraire même mais j’ai peut être pas été suffisamment loin dans le texte pour le ressentir note. Je feuilleterai la bd à ma librairie, de toute façon ta chronique est intriguante 🙂

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      • Je comprends. J’ai lu quelques avis qui vont en ton sens concernant la lourdeur, donc je le lirais seulement si je le trouve en occasion… mais pas tout de suite. La BD me suffit amplement pour l’instant et je suis contente de cette lecture. Si tu le lis, ou le feuillette hésite pas à revenir me le dire ❤

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  3. J’ai lu le roman il y a un petit moment déjà et je n’avais pas du tout accroché. La plume, l’histoire, les personnages je ne saurais plus trop dire ce qui m’avait le plus dérangé. Alors question, avais-tu toi aussi lu le roman avant ? Et si oui, est-ce fidèle ou cela le « sauve-t-il » d’une certaine façon ?

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    • Alors, non je n’ai pas lu le roman, mais après la lecture de cette adaptation en BD, j’ai envie de le lire ! Chose rare puisque je connais la fin à présent. Mais, d’après ce que j’ai entendu dans une interview des auteures elles sont voulu rendre l’histoire plus accessible sans pour autant dénaturer le style de Madame de la Fayette. Je suis allée lire quelques extraits du roman, et c’est très descriptif voir trop par moment, alors que dans la BD pas du tout. Je pense que, tu peux essayer cette version et peut-être qu’elle te fera mieux « digérer » ta lecture du roman. Après, vu que tu avais eu du mal avec ce dernier, essaye de le trouver en médiathèque pour ne pas que tu sois dégoûtée si tu n’adhérer pas non plus en BD^^

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      • Merci beaucoup pour ta réponse très complète. Je note effectivement ton conseil parce que ça m’embêterait d’investir si je n’aime pas, parce que peut-être ce n’est juste pas une histoire pour moi au final ^^

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      • Oui, c’est possible que l’histoire ne te parle tout simplement pas. Mais oui, en emprunt tu ne risque rien. Au début je savais pas d’où je partais, et je pensais pas apprécier autant. J’étais un peu en mode OSEF, mais finalement c’était vraiment prenant au fur et à mesure. L’extrait sur le site Dargaud ne le montre pas, mais j’aime beaucoup ce que dégage le visage de la Princesse. On voit vraiment qu’elle est encore jeune dans son esprit et approche de la vie, mais ce n’est tellement pas de sa faute. À 14 ans à cette époque tu te prenais un peu tout dans la face, surtout les mariage arrangé (et forcé du coup).

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      • Franchement, tu aurais été plus proche d’où je vis je te l’aurai prêté avec un immense plaisir ! Et merci, tiens moi au courant si tu le lis! Je serais vraiment très intéressée par avoir ton avis et papoter autour de ce titre avec toi.

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