Critique manga #224 – Errance & Solanin de ASANO, Fleur de l’Ombre tome 1 par KAMIMURA, Number 5 tome 2 de MATSUMOTO

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Dans les auteurs de mangas de références à découvrir, nous avons des noms qui ressortent plus que d’autres. Ici, je vous parlerai de 4 récits de 3 auteurs qui ont gravé dans la roche leur nom et leur style. Inio ASANO avec l’inédit Errance et la réédition de Solanin, Kazuo KAMIMURA avec le premier tome 1 de La Fleur de l’ombre, puis Taiyô MATSUMOTO et son inexplicable tome 2 de Number 5. Des récits à lire, partager et qui ont le mérite de nous plonger dans une introspection sur nous-même et nos choix de vie. 

kanadargaudsuisse

Merci à Stéphanie des éditions KANA et Anne-Catherine de Dargaud Suisse pour les lectures et la confiance


Manga - Manhwa - ErranceDisponible aux éditions KANA dans la collection Made In ou sur Amazon au prix de 15€ | LIRE UN EXTRAIT EN LIGNE

Errance est un one-shot écrit et dessiné par Inio ASANO, un nom très célèbre dans le milieu notamment pour Dead Dead Demon’s DeDeDeDeDestruction, Bonne nuit Punoun ou encore La fille de la plage. Au Japon, le récit a été publié en 2017 dans les pages du Big Comic Superior des éditions Shogakukan. Ici, on suit un mangaka du nom de Kaoru Fukazawa qui après avoir publié une série à succès se retrouve confronté à de nombreuses questions concernant son métier. Difficile pour lui de savoir quoi dessiner à présent. Une histoire pour le grand public ou plus confidentiel ? Lors de la lecture on comprend tout de suite que ASANO a mis du sien dans son personnage de fiction. ASANO est un mangaka qui a toujours eu par principe de décortiquer la société qui l’entoure dans ses écrits, et ne se gênait pas pour pointer du doigt les caprices des hommes. Errance ne fait pas exception. Entre sa vie amoureuse passée et actuelle, Kaoru FUKUZAWA réalise que son moi actuel manque cruellement de quelque chose. Le couple qu’il forme avec une éditrice n’a rien d’un vrai couple, puisqu’ils sont devenus l’ombre d’eux-mêmes. Le travail accapare leur quotidien et ils s’y noient petit à petit. En mettant un point final à son manga à succès, les interrogations sont multiples et plus complexes qu’elles n’y paraissent. Comme toujours avec ASANO il faut lire entre les lignes, réfléchir et souvent revenir en arrière pour réellement comprendre chaque détail de la narration. Le lecteur est invité à suivre ce mangaka reflétant également l’esprit duelliste de ASANO à un moment charnière de sa carrière. Difficile de réellement mettre dans des phrases toutes les nuances sombres et grises de Errance. Le titre est d’ailleurs une véritable projection de l’âme de cet auteur face à la reconnaissance du public et de ses pairs.

© by ASANO Inio / Shôgakukan

Il existe aussi un autre niveau de lecture, où nous pouvons nous imaginer être FUKUZAWA. Ai-je encore envie de faire ce métier ? Est-ce qu’il me comble ? Est-ce que je ne suis pas passé à côté de ma vie en ne me concentrant que sur une seule et même chose ? De multiples questions qui nous habitent à un moment ou à un autre. Graphiquement, ASANO retranscrit la fatigue et la lassitude de son personnage, l’utilisant finalement aussi comme un exécutoire à ce qu’il a vécu lui-même. Il y a beaucoup de tristesse, de mélancolie, de la colère aussi et il sera difficile de ressentir de l’empathie pour cet homme dont la passion l’a trahi. Le trait est fluide, séduisant et très réaliste. L’atmosphère vibre de chagrin et d’incertitude, tandis que le design des personnages vient renforcer les sentiments que souhaitent transmettre ASANO. Les mouvements du corps, la subtilité dans les gestes et la profondeur des regards marquent à la lecture. Le travail d’édition des équipes de KANA est de très bonne qualité, pages couleurs en papier glacé, et avec une traduction assurée par Thibaud Desbief (Hunter x Hunter, Pluto) qui semble avoir saisi les multiples facettes de ce que propose l’auteur. En conclusion, Errance est un one-shot où Inio ASANO partage une bribe de sa vie où les doutes étaient les démons faisant tressaillir son âme. C’est honnête, intimiste et vibrant d’humanité.

 

 

Manga - Manhwa - Solanin - IntégraleDisponible en intégrale aux éditions KANA dans la collection Made In ou sur Amazon au prix de 19,90 €

Solanin est un autre one-shot de Inio ASANO publié au Japon entre 2005 et 2006, puis en 2007 en 2 tomes sur sol francophone. Plus de 10 ans plus tard, les éditions Kana décident d’offrir un nouvel habillage (et contenu en plus) à cette histoire marquant le début du succès de l’auteur dans le milieu du manga. Meiko et Naruo se sont rencontrés à la fac et ne se sont plus lâchés depuis. Six ans plus tard, ce qui faisaient d’eux un couple soudé semble avoir disparu. Les rêves que chacun avait ne se sont jamais concrétisés, laissant peu à peu un sentiment de vide s’installer. Officiant parfois comme illustrateur pour un magazine, Naruo rêve de voir son groupe de musique décoller. De son côté, Meiko est une secrétaire se demandant de plus en plus où se trouve sa place, et suffoquée à l’idée de voir sa vie devenir l’image du proverbe métro, boulot, dodo. Elle prend alors une décision qui la précipitera elle et son couple sur un autre chemin… mais sera-t-il le bon ? Malgré sa date de publication d’origine, Solanin reste un récit montrant la jeunesse à chaque nouvelle génération. Les thèmes abordés sont toujours d’actualité. Entre rêve et réalité, chaque protagoniste va devoir se réaliser pour enfin devenir quelqu’un. Le trajet s’avère compliqué et tumultueux, mais il peut en valoir la chandelle. Le changement chez l’être humain est perpétuel, aussi bien physiquement, mentalement et sentimentalement. Certains parviennent plus vite à devenir qui ils souhaitent tandis que d’autres vont galérer plus longtemps.

SOLANIN © 2006 by Inio ASANO / Shogakukan Inc.

La lecture permet de se questionner soi-même comme c’est toujours le cas avec du Inio ASANO. Nul doute que le mangaka est passé par cette étape, et sûrement qu’il est parfois envahi par le doute sur la direction à prendre. La liberté est aussi un thème central dans Solanin, qui va se confronter au responsabilités qui régissent nos vies. Visuellement, ASANO possédait déjà un talent inné pour représenter chaque chose avec maturité. Depuis, il n’a fait que forger un peu plus son trait et son sens de la mise en scène. Dans cette nouvelle version, on retrouver deux chapitres inédits en français. Il s’agit d’un spin-off sur d’autres personnages n’ayant aucun lien avec les protagonistes précédents. Le second est un chapitre bonus à l’histoire principale où ASANO offre un aperçu du futur de Meiko et les autres. L’objet en lui-même a le droit à une nouvelle couverture, une postface de l’auteur ainsi que de pages couleurs. En conclusion, Solanin est un récit qui peut se transmettre de génération en génération, sans différenciation de sexe ou d’origine. La réflexion qu’il suscite parlera à chacun de manière forte et touchante.

 

 

Disponible aux éditions KANA dans la collection Sensei ou sur Amazon au prix de 18€ | Disponible au format numérique chez izneo | LIRE UN EXTRAIT EN LIGNE

Écrit et dessiné par Kazuo KAMIMURA en 1976, Fleur de l’ombre arrive dans nos étagères françaises dans ce premier volume des éditions Kana, sur les 2 de prévu. Le récit prend place dans le Japon des années 60, où une jeune femme de 20 ans répondant au nom de Sumire exerce le métier de vendeuse dans un grand magasin. Ne souhaitant pas dépendre d’un homme, elle dissimule certaines informations sur son passé comme le fait qu’elle soit la fille illégitime d’un homme politique. Le quotidien s’avère assez compliqué pour elle, puisque à cette époque où la femme ne se doit d’être que l’épouse et mère de famille. Mais comme si cela n’était pas suffisant, Sumire est aussi dans une relation avec un homme marié dont l’épouse va venir agresser la jeune femme sur son lieu de travail. Et de fil en aiguille, les choses deviennent un méli-mélo d’une grande ampleur… Pour ceux qui ne le savent pas, KAMIMURA est l’auteur de Lady Snowblood qui inspirera fortement des années plus tard le film Kill Bill de Quentin Tarantino. Le style de l’auteur quoique qu’un peu ancien pour des lecteurs moins habitués à ce genre de récit, reste une référence pour les mangakas actuels. La Fleur de l’ombre met en lumière tout un pan de la condition féminine dont certains aspects, pour ne pas dire de nombreux, restent encore enchaînés à la vision de la femme. Sumire est le parfait exemple de comment une femme peut être perçue et mise dans une case par le patriarcat, mais aussi par certaines femmes. Détail important à souligner, oui. Cherchant et réclamant une liberté qui n’est sienne, Sumire inspire une part de poésie en nous que l’on ne pouvait soupçonner avant.

SUMIRE HAKUSHO © 1976 KAZUO KAMIMURA All rights reserved.

Elle est un peu comme un roseau qui tente de ne pas céder dans la tempête, représenté ici par la société qui la façonne. La lecture nous plonge dans un sentiment de mélancolie propre à ce style de manga, que l’on doit au moins lire une fois dans sa vie. Pour cela, il faut d’abord savoir ce que l’on souhaite en se lançant dans un manga du style La Fleur de l’Ombre, Solanin ou encore dans un TEZUKA. Ce qu’il y a d’admirable avec Sumire c’est qu’elle va elle-même choisir son chemin et être la maîtresse de son âme. Le lecteur ne sera pas forcément d’accord avec ses choix, mais on la respectera pour la détermination qu’elle y placera. Le trait de KAMIMURA est propre à son époque mais reste très joli à regarder. On peut le contempler dans sa simplicité et la douceur que peut dégager un regard de Sumire. En conclusion, cette première intégrale de 500 pages est un récit narrant une époque avant l’évolution de la place de la femme actuelle au Japon, mais reste cependant une référence culturelle à ne pas manquer. À noter que certaines choses peuvent encore trouver échos en notre vécu et vision de l’émancipation.15 sur 20

 

Disponible aux éditions KANA dans la collection Made In ou sur Amazon au prix de 18€ |  LIRE MON AVIS SUR LE TOME 1 | EXTRAIT EN LIGNE

Le premier tome de Number 5 sur les deux que compte cette édition française avait été une mise en place efficace de l’histoire tout en lançant le lecteur dans l’action. En quelques mots, nous sommes dans un monde imaginaire et futuriste, où un tireur d’élite d’une organisation armée chargée de la protection de la paix se rebelle. En gros, Number Five (c’est son nom) est en roue libre et personne ne semble en mesure de pouvoir l’arrêter. Pour lire ce manga il faut avoir adhéré au concept présenté dans la première intégrale. Comme presque toutes les œuvres de Taiyô MATSUMOTO (Le Rêve de mon père, Sunny), le scénario possède tellement de façons d’être lu que celle qui ressort le plus nous montre un monde déjanté où les personnages vivent de manière décousue. Difficile pour un lecteur novice de découvrir cette plume, dont les lecteurs de longue date disent que l’oeuvre la plus accessible est son Ping Pong. Sur ce point, je ne peux pas me prononcer mais il est vrai que Le Rêve de mon père (mon avis ici) avait été une première immersion compliquée pour moi. Dans ce tome 2 de Number 5, les séquences sont marquées par peu de rebondissements mais surtout par une narration très farfelue. MASTUMOTO reste fidèle à lui-même dans ce qu’il écrit et laisse au lecteur le soin de décortiquer son histoire comme il le voudra. Visuellement, le dessin est vraiment très bon dans sa sobriété et dans le design des personnages. L’ensemble colle bien à l’ambiance futuriste. En conclusion, une fin d’histoire surprenante avec toujours un message sincère sur un je-ne-sais-quoi qui peut nous échapper lors de notre première lecture. Je pense que les récits de MATSUMOTO peuvent nous parler d’une certaine manière, et finir par prendre une autre interprétation dans quelques années.Copie de lire en bulles

8 réflexions sur “Critique manga #224 – Errance & Solanin de ASANO, Fleur de l’Ombre tome 1 par KAMIMURA, Number 5 tome 2 de MATSUMOTO

  1. De biens belles chroniques, tu sais vraiment trouver les mots pour en parler.
    Je n’ai pas réussi à passer outre au caractère dérangeant du héros d’Errance, mais tous les éléments que tu pointes sont justes. Par contre, je ne le mets pas du tout au même niveau que Solanin qui fut un immense coup de coeur pour moi, même si d’une grande tristesse.
    Par contre, je n’ai pas lu le Kamimura, j’hésitais. Mais tu m’as convaincue, reste plus qu’à mettre la main dessus (en occaz de préférence) et à trouver un créneau où je vais bien pour le lire ^^

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup ^^ J’ai toujurs peur de pas réussir à mettre des mots sur mes lectures, et partir dans des trucs que les gens vont pas forcément aimer. Bref, je suis rassurée par tes mots. Je te comprends pour le héros dans Errance, et oui sur les deux je recommanderai plus facilement un Solanin qui est plus accessible et moins sombre. Mais j’ai aimé voir l’évolution entre les deux oeuvres, surtout que j’ai lu Errance avant. Après cette plongé dans le questionnement du perso dans Errance m’a vraiment interpellée et intéressée. Pour le Kamimura, comme pour d’autres oeuvres plus « indé » je recommande toujours d’essayer en médiathèque/occasion plutot que d’acheter plein pot surtout si on en a jamais lu avant. C’est quand meme un investissement et il suffit de pas être dans le bon état d’esprit pour passer à côté, par exemple.

      Aimé par 1 personne

      • J’ai déjà lu d’autres Kamimura (Le Fleuve Shinano, Lorsque nous vivions ensemble), j’ai trouvé les récits bons et surtout la mise en page très réussie et originale, par contre ce sont des lectures « douloureuses » si je peux dire ^^!

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  2. « Solanin », je l’avais lu il y a quelques années; bien aimé. Je suis en train de lire « Errance » et ça me plaît mais il faut avoir le moral très haut, car c’est triste et déprimant…

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  3. Asano est un génie , le roi de la mise en abime et un maître du scénario. J’aime beaucoup la façon dont il se sert de son expérience du quotidien pour ne pas en faire de l’extraordinaire: une belle mise en perspective de son couple ou de sa condition de mangaka. Le force par la simplicité

    Je vais me pencher sur les 2 autres
    Merci

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