Critique manga #239 – Beastars tome 1 et 2

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Disponible aux éditions Ki-oon dans la collection Seinen ou sur Amazon au prix de 6,90€
LIRE UN EXTRAIT DU TOME 1 ICI
Si en 2018, les lecteurs trépignaient d’impatience de découvrir The Promised Neverland, en 2019 on peut dire Beastars était celui que beaucoup attendaient. Véritable succès au Japon depuis sa parution, le premier manga de la jeune Paru ITAGAKI esquisse un portrait dur sur l’homme à travers des animaux sur deux pattes. Un récit torturé et critique de notre quotidien sur cette Terre. découvrons ensemble si les deux premiers tomes tiennent leurs promesses.

presse

Merci aux éditions Ki-oon et au site Babelio pour cette lecture lors de la Masse Critique


Paru ITAGAKI est une mangaka d’origine japonaise et fille du mangaka Keisuke ITAGAKI (Baki – Delcourt Tonkam). Après des études dans le cinéma elle se tourne vers le manga afin de proposer des histoires à l’univers unique. En 2016, c’est le magazine Weekly Shonen Champion d’Akita Shoten qui lui ouvre les bras, en lui permettant de publier une série d’histoires courtes, Beast Complex. Six mois plus tard ces histoires courtes devient Beasters, série toujours en cours qui ne laisse personne indifférent. Médias spécialisés, librairies et public tombent sous le charme de cette fresque bestiaire qui nous raconte à plusieurs niveaux de lectures une critique de notre société. La série a depuis été récompensée par de nombreux prix dont le prestigieux prix Manga Taisho en 2018. Preuve de son succès, une adaptation en série animée est en cours de production avec une diffusion prévue à l’automne prochain sur Netflix.

L’histoire se déroule au sein de l’institut Cherryton – sorte de campus – où cohabitent carnivores et herbivores. Les détenteurs de canines ont interdiction formelle d’agresser et de dévorer les mangeurs de plantes Afin de combler leur besoin en protéines, ils suivent un régime à base de protéines végétales (œufs, soja, etc). Malgré le fait qu’ils apprennent à gérer leurs pulsions, les carnivores ne sont pas forcément toujours bien vue. Et ce n’est pas le meurtre de Tem l’alpaga retrouvé à moitié dévoré qui va faire changer les regards. La tension montre d’un cran et les yeux accusateurs se tournent vers le loup gris, Legoshi, ami proche de Tem. Pourtant le jeune loup n’a jamais montré des signes de violence, au contraire il est même plutôt tranquille, voire effacé. À l’aube d’un important spectacle de l’année, le club de théâtre se divise avec Legoshi et les carnivores de l’autre face aux herbivores.

 

C’est sous couvert des animaux humanisés que ITAGAKI propose un récit fort et très parlant sur notre société. L’univers est soigné et développé petit à petit. Pour bien comprendre ce qu’est Beastars, il est préférable de lire les deux premiers tomes, et non uniquement le premier. Très vite on s’aperçoit que le récit va explorer les différents prismes de ces animaux. Si Legoshi est le protagoniste qu’on suit le plus, la mangaka laisse aussi les autres personnages s’exprimer. Nous avons par exemple, Louis le cerf rouge dont l’élégance et le charisme émanent des pages. Conscient de son statut et rang social, il est celui qui se doit de devenir le  »Beastar » de l’année, c’est-à-dire le roi ou star du lycée. Mais sous son calme inébranlable se cache un être dévoré par l’ambition voulant toujours sauver les apparences. On devine que sa famille et son passé n’y sont pas étrangers… Mais revenons un peu sur Legoshi dont l’étiquette de carnivore solitaire et froid lui pèse sur les épaules. Regard mélancolique et souvent perdu dans ses pensées lui confère un capital sympathie à toute épreuve. En étant dans sa tête, nous apprenons que c’est un être divisé par sa bonté de cœur et son instinct de chasseur.

Si le point de départ est le meurtre de Tem, on constate rapidement que ITAGAKI a beaucoup plus à offrir qu’une simple enquête. Le lecteur est invité à suivre le quotidien de ce bestiaire comme si on suivait des lycéens avec des humains. Au fil des pages, Bestars devient plus obscur et plus philosophique. C’est à travers la thématique du théâtre que la mangaka exprime encore plus en profondeur les vices des personnages. Dans le tome 2, le ressenti est plus flagrant et c’est à ce moment que le lecteur commence à s’investir dans ce récit. Legoshi, Louis, ou encore la lapine brune Haru deviennent des miroirs de nous-même. Défauts, qualités, doutes, rêves et espoir rythment les journées de ces bêtes. Comme dans notre monde, les apparences prennent une place importante jusqu’à finir par briser le regard que l’on porte sur soi. Sur scène, ils deviennent des personnages qu’ils ne sont pas physiquement mais qui psychologiquement le sont peut-être… La violence se déchaîne et finit par laisser des traces sur le corps de ces êtres plus humains et criant de vérités que nous ne le serrons probablement jamais. L’univers mis en place par ITAGAKI est minutieusement pensé et amené en filigrane. Par exemple, les proportions des animaux sont réalistes. Une souris aura la taille d’une souris et devra raser les murs pour ne pas se faire écraser par les autres anthropomorphes. Pelages, vêtements, mimiques et posture en disent long sur la nature de chacun. Tous comme les regards qui intenses, sensibles et très humains.

 

 

 

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Avec son trait particulier, Paru ITAGAKI s’est forgé une forte identité. Possible que certains soient rebutés par le dessin, mais personnellement je trouve qu’il accompagne harmonieusement le scénario. Le charadesign détaillé offre une galerie de personnages tous identifiables à la première seconde. L’ensemble oscille entre candeur et légèreté entrecoupée par des moments plus tranchants et à vifs. La personnalité des personnages s’exprime également par le trait à la fois maîtrisé et trouble. Le décor est présent et on voit que ITAGAKI a un passif dans le cinéma puisqu’elle adore la mise en scène. Et ça fonctionne ! L’édition de Ki-oon est impeccable. Jaquette et impression de qualité, une traduction de Anne-Sophie Thevenon soignée et irréprochable. Les petits bonus sous les jaquettes sont très sympathiques.

En conclusion, après un long débat intérieur concernant cette lecture, je peux dire que Beastars mérite grandement les éloges qu’il récolte depuis sa publication. Paru ITAGAKI aime et respecte profondément son univers et ses personnages.  Entre sexe, dépendance, amour, amitié, violence, critique sociale du monde moderne et découverte de soi, Beastars a déjà tous des plus grands ! À découvrir sans plus attendre.

 

 

 

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6 réflexions sur “Critique manga #239 – Beastars tome 1 et 2

    • J’ai longtemps cogité sur mon avis… il y a de bonnes choses, mais j’avais toujours cette sensation qu’il manquait un petit plus pour que je rentre vraiment dans l’histoire. Après j’ai lu le tome 3 et 4, et c’est à ce moment là que j’ai réellement accroché.

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