Critique BD #18 – Le Dernier Pharaon, une aventure de Blake et Mortimer

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Blake et Mortimer sont deux héros franco-belges du même niveau que Tintin et le Capitaine Haddock, Spirou et Fantasio, Boule et Bill, et bien d’autres. Depuis leur création sous le crayon d’Edgar P. Jacobs, ces deux têtes ont vécu des aventures qui ont su passionner les lecteurs. Septante-six ans après leur venue au monde, trente-deux ans après la mort de Jacobs, Le Dernier Pharaon marque un renouveau que les fans peuvent ou pas apprécier. À vous d’en juger, comme moi, dans la suite. 

 

Disponible aux éditions Blake et Mortimer de Dargaud ou sur Amazon au prix de 17,95€ | Également disponible en numérique sur izneo
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Merci à Anne-Catherine de Dargaud Suisse pour cette première lecture de Blake et Mortimer


Blake et Mortimer est une série de bande dessinée créée en 1946 par le dessinateur belge Edgar P. Jacobs, qui depuis sa disparition en 1987 a vu de nombreux auteurs reprendre le flambeau. On peut citer Bob Moor, Jean Van Hamme, Yves Sente, André Juillard, René Stern ou encore Chantal De Spiegeleer. Avec près d’une trentaine d’albums à ce jour, Blake et Mortimer est un monument de la bande dessiné franco-belge traduit dans une dizaine de langues (portugais, espagnol, arabe, danois, anglais, allemand, etc). Pour compléter cette petite rétrospective on peut aussi mentionner l’adaptation animée franco-canadienne produite en 1997, diffusée entre autres sur Canal +, M6 et France 3. Nous avons aussi eux diverses expositions consacrées à Blake et Mortimer, des pièces de monnaies de collection en euro, et bien plus encore. Bref, vous l’aurez compris que vous soyez connaisseurs ou non, Blake et Mortimer sont certainement deux noms que vous avez déjà entendus quelque part.

Le Dernier Pharaon a la particularité d’être écrit à quatre mains. Thomas Gunzig auteur de nombreux romans , le réalisateur Van Dormael Jaco (Mr. Nobody avec Jared Leto), et François Schuiten (Les Cités obscures) qui s’occupe également du dessin. La colorisation a été confiée à Laurent Durieux dont le travail de graphiste est très apprécié de réalisateurs US tels que Steven Spielberg et Francis Ford Copolla. Un autre signe particulier se trouve dans le fait que selon Yves Schlirf (directeur de Dargaud Benelux appartenant au groupe Dargaud) peut être lu indépendamment du reste sans que l’on n’ait jamais eu un Blake et Mortimer entre les mains. Et sa tombe bien, parce que moi Blake et Mortimer je ne connaissais que de nom et de réputation. Vais-je m’avancer et confirmer les dires de Yves ? Oui, totalement. Francis Blake est un ancien pilote de talent devenu directeur du MI5, le service britannique d’espionnage. Son ami, Philip Mortimer est un scientifique réputé du Royaume-Uni spécialisé dans la physique nucléaire. Dans leurs aventures ils font face à différents ennemis, notamment le criminel international le colonel Olrik. Bien, vous avez en gros les informations nécessaires pour vous lancer dans Le Dernier Pharaon, dont l’intrigue prend place dans les années 80, où le professeur Mortimer est appelé pour étudier un étrange phénomène qui voit des radiations s’échapper du Palais de Justice de Bruxelles. Ces aurores boréales provoquées par le radiation engendre des pannes électroniques (informatique, etc), mais aussi de violentes hallucinations chez ceux qui ont été exposés aux rayons. Mortimer en fait partie et se retrouve hanté par un cauchemar où une silhouette rappelant son aventure en Egypte semble en vouloir à sa vie. Afin d’endiguer le phénomène, un mur hors norme fait de matériaux spéciaux vient entourer le Palais de Justice, et un mur est érigé autour de la ville. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu.

Le Dernier Pharaon n’est pas écrit pour tenter d’éclipser les œuvres précédentes ni pour surpasser Jacobs. Non, ces 4 architectes puisent dans leurs expériences des outils scénaristiques afin d’apporter une nouvelle pierre à l’édifice qu’est Blake et Mortimer. Comment peut-on le savoir quand cet album est autre première lecture ? Il suffit simplement de lire entre les lignes, c’est instinctif. Le novice découvre des personnages ayant déjà un bagage émotionnel que les scénaristes ne souhaitent renier ni même ignorer. Au contraire, le passé est une force immuable sur laquelle les idées des 4 compères se superposent avec respect. Les thématiques explorées dans cet album ne sont pas anodines, bien au contraire. La technologie et la science sont au cœur même du Dernier Pharaon. À l’époque où nous vivons, que l’on veuille le voir ou non, l’homme se fait littéralement bouffer par ce qui pour lui est une force : l’évolution. Jamais rassasier et toujours aussi gourmand, l’homme de banque, de médecine ou de recherche ne connaît pas de limite. C’est ainsi que l’on se retrouve avec un homme riche à foison (Elon Musk) qui veut envoyer plus de 12 mille satellites Starlink dans l’espace. Le but est que la terre entière puisse avoir accès à l’internet haut-débit. Le comble de la stupidité si on me le demande, quand on sait que près de la moitié de la planète n’a pas accès à une source d’eau potable. Dans Le Dernier Pharaon, la sensation d’être à deux doigts de la fin du monde est très vite exposée au lecteur. La vision cinématographique de Jaco Van Dormeal accroît cette idée d’être devant un film anxiogène à la 2012 ou Apollo 13. La narration est classique dans son idée de base mais trouve toute sa superbe grâce au savoir faire de ses artistes. Toutefois, le tournant que prend le récit peut troubler, voir décevoir. Si l’on se concentre davantage sur Mortimer, Blake fait quelques apparitions ici et là, et on sent qu’ils ont un vécu ensemble. Brouillés depuis des années, les deux amis dégagent tout de même une alchimie qui nous donne envie d’aller jeter un œil à leurs précédentes aventures. 

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Le dessin de François Schuiten diffère de celui d’Edgar P. Jacobs, mais possède tout autant de caractère. Le trait est maîtrisé et propre à l’identité de Schuiten. Encore une fois, il n’est pas question d’imiter ni même d’éclipser Jacobs. Pour ceux qui n’auraient pas une idée du trait de ce dernier, imaginé simplement du Hergé. Ligne claire, décors sobres mais travaillés, beau et efficace. Voilà du Jacobs. Schuiten, lui, donne beaucoup plus de cachet au décor. Sous ses rayonnements mystérieux, Bruxelles nous paraît imposante, majestueuse mais dangereuse. Une certaine aura mystique se dégage de la globalité du récit, aussi bien dans son écriture que dans son graphisme. Le visage des personnages est plus dans le réaliste grâce au style hachuré. Les traits tirés et les quelques rides de Mortimer témoignent du temps passé et de sa maturité. La colorisation de Laurent Durieux vient compléter à merveille ce côté classieux que dégage l’ensemble. Les ombres appuient les mimiques des personnages avant de partir accentuer la froideur de la ville.

En conclusion, Le Dernier Pharaon est un one-shot prenant de bout en bout mais qui peut diviser. C’est sombre, et d’après ce que j’ai compris cela est assez inédit. Dynamique et respectueux de l’oeuvre d’origine tout en lui donnant une direction différente, François Schuiten [qui a annoncé mettre un terme à sa carrière au site ActuaBD – article], Van Dormael JacoThomas Gunzig, et Laurent Durieux offrent une histoire où le lecteur voyage en zone inconnue. Laissez-vous tenter !

15 sur 20

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3 réflexions sur “Critique BD #18 – Le Dernier Pharaon, une aventure de Blake et Mortimer

  1. J’hésite. J’aime bien B&M, j’aime bien Schuiten, mais ce projet me semble très étrange. Est-il avant-tout destiné aux fans? J’en ai l’impression…

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  2. Je dois dire que je suis assez tentée. J’aime assez l’univers des B&M que j’ai découvert grâce aux dessins animés mais il m’a toujours manqué un petit quelque chose dans la BD, c’était trop classique. Peut-être que là, la fameuse touche Schuiten me permettra d’en sortir. Je note !
    Merci pour la découverte 🙂

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