Un auteur, une plume #005 – Interview avec Chloé Jo Bertrand

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En mai dernier avait lieu le Salon du Livre de Genève où j’ai pu rencontrer des auteurs vraiment sympathiques et ouverts à la discussion. C’était notamment le cas de Chloé Jo Bertrand avec qui j’ai pu m’entretenir une vingtaine de minute. Il est maintenant temps de découvrir cette auteure engagée et sensible à ce qui se passe dans le monde, choses que l’on peut retrouver dans ses écrits. Que ce soit de la Romance New Adult ou du Post-Apo Young Adult, Chloé Jo Bertrand sait comment manier les mots. 

 

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1. Pourrais-tu te présenter aux lecteurs en quelques mots, s’il te plaît ?
CHLOÉ : Je suis Chloé Jo Bertrand. Je suis l’auteure de Apocalypse Blues et de Positive Way aux Éditions Bragelonne. J’écris depuis que je suis très très jeune,  et pour l’instant j’ai plus écrit de la romance et du post-apocalyptique, mais j’écris dans à peu près tous les genres.

2. Quel a été l’élément déclencheur dans ton envie de te lancer dans la lecture ?
CHLOÉ : Je ne pense pas qu’il y ait eu un élément déclencheur en particulier. Je sais que quand j’étais enfant, j’avais 6 ans, j’ai lu Harry Potter et après l’avoir lu je suis allée voir ma mère en disant que je voulais être écrivain. Mais par contre à partir de ce moment-là j’ai toujours écrit des histoires. Et toujours en espérant et en ayant cette idée un peu folle d’être publiée. Je me rappelle qu’à 12 ans je voulais être le plus jeune auteur de France publié, ce genre de choses (rires). Maintenant avec le recul je me rends compte que c’était ridicule, mais quand j’étais enfant c’était mon ambition. Là où c’est devenu un peu sérieux c’est quand j’ai commencé à travailler à travers un forum La Marre aux nénuphars. C’est un forum surtout consacré à la littérature de l’imaginaire, la science-fiction, la fantasy fantastique, c’est un forum de travail et d’échange. On fait beaucoup de beta lecture, c’est-à-dire faire lire des textes entiers à d’autres personnes sur le forum. Le but est d’aider la personne à améliorer son texte. On lui explique ce qui fonctionne ou pas, ce qu’elle peut faire pour que ça fonctionne, et réussir ensemble à emmener le texte où l’auteur le veut. C’est à ce moment que je me suis mis à considérer mon écriture comme mon métier et à le faire sérieusement.

3. Postive Way est une romance New Adult, Apocalypse Blues c’est de la SF Young Adult. Comment as-tu eu envie de passer d’un genre à l’autre même s’il y a eu un laps de temps entre les deux publications. Qu’est-ce qui t’as donnée envie d’explorer d’autres genres ?
CHLOÉ : Ce n’était pas forcément une envie. J’ai toujours des histoires à l’intérieur de ma tête et je ne choisis pas nécessairement. Je ne me réveille pas un matin en me disant  »tiens, aujourd’hui j’ai envie d’écrire une romance ». C’est plus une histoire qui apparaît dans ma tête et il se trouve que c’est une histoire d’amour. Du coup il faut que je l’écrive. C’est la même chose pour Apocalypse Blues, c’est une histoire qui mijote depuis mes 12 ans, maintenant j’en ai 24, donc ça fait 12 ans que je réfléchis, et il se trouve qu’elle s’est présentée comme ça. Moi, je n’ai pas l’impression d’être quelqu’un d’avoir énormément de contrôle sur les histoires que j’écris. J’ai plus l’impression qu’elles apparaissent dans ma tête et je ne sais pas trop d’où elle vienne. J’ai un certain pouvoir dessus je peux imposer certaines choses. Mais c’est limité. Si un personnage doit mourir, je ne peux pas l’en empêcher de mourir. C’est son destin. Même si je ne veux vraiment pas qu’il meure je ne peux pas l’en empêcher ça se verrait. L’histoire perdrait en naturel, de la même manière que si un personnage est un homme ou une femme, je ne peux pas choisir de le transformer en autre chose. Ce que j’aurai bien aimé faire dans Apocalypse Blues parce que dans le 1 il y a un certain manque de personnages féminins qui s’améliore après dans le 2 et le 3. On me l’a reproché notamment et avec justesse, c’est vrai que les 4 personnages principaux du 1 sont des garçons, et c’est clair que dans le monde dans lequel on vit il faut mettre un maximum de personnages féminins en avant, et ça se fait de plus en plus heureusement. À un moment donné j’ai essayé de transformer un des personnages principaux d’Apocalypse Blues en fille et je n’y arrivais pas. C’était crédible qu’il devienne une femme, mais dans ma tête c’était un homme et c’était aussi difficile que ce personnage devienne une femme que d’imaginer moi qui devient un autre genre que celui que je suis.

— Sympa, tes pompes.
— Merci. T’écris quoi ?
— Mon numéro de téléphone, répondit-il en haussant les épaules.
Alice piqua un fou rire face à l’absurdité de cette réponse. Elle aurait pu le rentrer directement dans son portable… Et en même temps elle réalisait que c’était beaucoup plus fun comme ça. Vendredi soir, à Londres, des centaines, voire des milliers de personnes échangeaient leurs numéros de téléphone. Des noms et des numéros qu’on rentrait dans les portables, et dont la majorité seraient effacés dans la semaine, leurs propriétaires n’ayant plus la moindre idée de la raison pour laquelle ils les avaient échangés. Lui il l’écrivait sur sa chaussure

4. Pour toi, est-ce qu’il est plus simple un roman ancré dans la réalité comme Positive Way, ou plus simple d’écrire un post-apo comme Apocalyspe Blues même s’il part de la réalité pour terminer en dehors.
CHLOÉ : Dans un certain sens oui c’est plus simple quand c’est basé dans la réalité parce qu’il y a déjà un contexte je n’ai pas besoin de l’inventer. Alors je n’ai pas besoin d’aller chercher à construire quelque chose de crédible je n’ai pas besoin de me demander si le le gouvernement sous lequel ils sont est crédible car il existe. Après ça peut être aussi plus compliqué par certains aspects parce que je touche à des choses qui relèvent de la vie réelle. Quelque part j’ai plus ou moins l’obligation d’aller faire des recherche sur des sujets que je ne connais pas, pour que ce que j’écris corresponde au moins un minimum à la réalité. Mais des fois je prends des libertés, comme dans Apocalypse Blues où j’ai pris des libertés vis-à-vis de certaines choses alors que je les avais recherché. Je savais comment c’était dans la réalité mais je pense qu’on a le droit de prendre des libertés en tant qu’auteur à condition de savoir avec quoi on prend des libertés et ne pas le faire au hasard.

5. Comment t’es venue l’idée d’Apocalypse Blues. A-t-elle beaucoup mûri depuis la première idée que tu t’en ait faite ?
CHLOÉ : Quand j’avais une dizaine d’années à l’époque on regardait beaucoup de série avec mon père et on regardait Heroes. Et quand je regarde des séries que j’aime bien les personnages dans ma tête j’essaye de les transférer dans d’autres univers, d’autres contextes, des univers alternatifs pour voir un peu imaginer leurs histoires autrement. Parfois c’est juste pour dépouiller l’histoire des obstacles à certaines choses que je veux qui leur arrive. J’avais donc pris mes 5 personnages préférés de Heroes et je les avais foutu dans un monde où c’était l’apocalypse avec des zombies, tout simplement. Mais maintenant ça n’a plus rien à voir. J’ai écrit plusieurs versions de cette histoire, même une de plus d’une soixantaine de pages et ça ne se passait pas aux USA mais en Chine, je ne sais pas pourquoi c’était plus simple pour moi. Et ça se passait dans l’avenir d’Apocalypse Blues, c’est à dire que les personnages étaient plus âgés et l’apocalypse avait déjà eu lieu depuis plusieurs années. Je l’avais fait lire à des amis, et on m’avait dit que c’était intéressant mais ça donnait envie d’en savoir un peu plus sur, comment c’est passé cette catastrophe et comment ils sont devenus le groupe qu’ils sont dans l’histoire. Quand j’ai repris l’histoire plusieurs années plus tard, j’ai repris au moment où s’est passé l’apocalypse et changé la zone géographique. Ça a beaucoup changé, évolué, un peu comme un Pokémon.

– Y en a une grosse qui arrive, j’ai l’impression, lança Matthew.
Le courant accélérait, les planches de surf commencèrent à tourner sur elle-mêmes. Matthew parvint à rester sur la sienne, mais Tobias se laissa quasiment glisser dans l’eau.
– Matthew, qu’est-ce qui se passe ?
Son frère n’eut pas le temps de répondre, car en un instant, ils se retrouvèrent assis sur le sable trempé. Autour d’eux, des poissons se débattaient. Les garçons n’échangèrent qu’un regard.
Ils savaient exactement ce qu’il se passait.Matthew bondit aussitôt sur ses pieds et trébucha sur sa ligne de survie, toujours attachée à sa cheville.
– Toby, Toby, lève-toi !Le petit garçon fixait l’horizon en tremblant, la respiration saccadée

6. As-tu des influences dans la littérature, forcément tu en as, mais des auteurs que tu retiens plus que d’autres ?
CHLOÉ : Auteur français il y a Estelle Faye. Je ne sais pas si on peut dire que son écriture m’influence parce que je n’ai pas encore eu l’occasion décrire dans les domaines qu’elle écrit. Elle fait surtout de la fantasy historique, médiéval fantasy, ce genre de choses. Mais par contre en tant que personne et autrice qui m’a impacté je peux dire que c’est une de mes inspirations. Je veux bien être elle quand je serais grande (rires). À côté il y a des livres d’auteures que j’ai lu, évidemment Harry Potter a déclenché mon désir de devenir écrivain, mais je dirais la trilogie Le Chaos en marche de Patrick Ness. Et j’ai vraiment adoré, ça m’a inspiré la façon dont Apocalypse Blues est écrit. On voit carrément l’histoire à travers les yeux des personnages, dans un style très oral je voulais qu’on est l’impression d’être dans leur tête. Et c’est Le Chaos en marche qui me l’a inspiré, mais lui il le fait beaucoup mieux que moi. Le Chaos en marche est l’un des meilleurs romans que j’ai lu dans ma vie, et de manière générale chacun de ses romans que j’ai adoré. Ils m’ont laissé complètement ébahi. Je ne veux pas devenir lui, mais je veux écrire des livres qui fassent le même effet au lecteur que ceux de Patrick Ness me font à moi. Sinon j’admire beaucoup Neil Gaiman, Ursula Le Guin à cause de Neil Gaiman parce que qu’il en parle tout le temps et que j’ai envie de la lire.

7. Pourquoi as-tu choisi de faire venir tes 4 personnages principaux de différents endroits de la Terre ? Une envie de représentation de la société ?
CHLOÉ : Oui je voulais qu’il y ait une certaine représentation. Je suis quelqu’un qui suit devenu assez engagé socialement depuis ces quelques dernières années et cela se traduit principalement dans ce que j’écris. Je ne suis pas quelqu’un qui a la possibilité de faire beaucoup plus, je le souhaite et j’essaye de le faire de plus en plus chaque année, et cela se traduit dans mon écriture. La plupart des héros de littérature de genre sont des hommes blancs, hétérosexuels, là dans Apocalypse Blues ce n’est pas le cas. On a 2 personnages sur 4 qui sont de couleur et des personnages LGBT même si dans le tome 1 ce n’est pas forcément visible en tant que tel. C’est une histoire LGBT friendly.  

8. Pourquoi avoir choisi les catastrophes naturelles en tant que menace pour l’être humain ? Est-ce que c’est ce que tu penses que c’est le cas au jour d’aujourd’hui ?
CHLOÉ : Au début je voulais que ce soit une espèce de guerre nucléaire qui ait ravagé le monde, parce que ça me paraît aussi probable que la fin du monde climatique. Mais ça me demandait beaucoup trop de recherches. Plus j’en faisais plus je m’apercevais qu’il était difficile de justifier des survivants. Alors qu’avec une catastrophe naturelle il a plus de possibilités qu’il y ait des survivants. À mes yeux les catastrophes naturelles sont les autres 50% de la menace actuelle, moi je suis convaincue qu’on va à un effondrement à un moment donné. 

9. Et pour terminer, as-tu des projets en cours ?
CHLOÉ : J’en ai toujours plein ! Au niveau littéraire j’ai deux projets, dont un en adulte qui sera un diptyque post-apocalyptique aussi mais qui pour le coup ce ne sera pas forcément une dystopie, parce que la société en elle-même n’en sera pas forcément une et que cela se passera des centaines d’années après l’apocalypse. Donc là je n’aurais pas trop besoin de chercher comment la Terre a été détruite, elle l’est c’est tout (rires). Comme d’habitude l’histoire sera plus tournée sur les personnages. Pour moi le contexte c’est toujours la partie « la plus faible » de mes récits parce que ce qui m’intéresse c’est vraiment les personnages et comment leurs relations impactent le récit. J’ai un autre projet mais plutôt en jeunesse et en un seul tome et il va falloir que je m’y replonge prochainement. Sinon en dehors de la littérature, je pense rester quelque temps en France pour écrire, quelques expériences professionnelles ici et là. Et dans deux ans environ je pense repartir en voyage. Je reviens de Laponie, et je pense partir explorer les deux Amériques avec celle du Sud d’abord. 

Une réflexion sur “Un auteur, une plume #005 – Interview avec Chloé Jo Bertrand

  1. Très intéressant !
    Apocalypse blues :
    Pour le côté LGBT, je l’avais plus ou moins deviné. Je pense savoir de quel tandem il s’agira. La lecture du t2 me le confirmera.
    C’est vrai que c’est chouette et rare de voir des persos de couleur. J’avais apprécié ce choix.

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