Critique manga #254 – From End tome 1

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Nous sommes à un peu plus de la moitié de l’année 2019. Au-delà du temps qui fil à une vitesse folle, nous constatons un peu plus que certaines choses ne vont pas en s’arrangeant. On est même parfois sur un sentiment de régression. On peut évoquer le changement climatique, la pauvreté, les agressions sexuelles, les inégalités homme-femme, le non-accès à l’eau potable ou à l’éducation, etc. Se voiler la face est souvent plus facile. Après tout tant que cela ne nous touche pas de plein fouet cela ne nous concerne pas, pas vrai? From End est un récit qui parle de manipulation perverse, relation toxique, de viol, mais toujours avec cet espoir en fond de voir les choses s’arranger. Découvrons ensemble ce tome 1 sur les 3 que compte la série. 

 

Disponible aux éditions KANA dans la collection BIG KANA ou sur Amazon au prix de 6,85 € | Également disponible au format numérique sur Izneo | LIRE UN EXTRAIT DU TOME 1

 

POUR PUBLIC AVERTI

kanadargaudsuisse

Merci à Stéphanie et Anne-Catherine pour la lecture et la confiance


Mitsuo SHIMOKITAZAWA est une mangaka native du Japon ayant débuté dans le manga plusieurs one-shots entre 2008 et 2015 (Sentimental, First Love, Saigo no Page, Suki nanoni Suki dakara, Nibun no Ichi, Ame wa Tsumetaku Warau, Boku wa Kimi no Shiro). From End est son oeuvre la plus récente et la seule à faire plus d’un tome. Au Japon le titre est terminé en 3 tomes avec une prépublication dans le magazine Cookie (NANA, Parapal, Puzzle, Six Half, Comme Elles ) de la Shueisha.

Rui Shinomiya, enseignante, intègre un nouveau lycée où elle met un point d’honneur à toujours veiller sur ses élèves. Lors d’une sortie elle remarque l’un d’eux en retrait par rapport au reste du groupe. Il s’agit de Rui Hayase, un jeune garçon effacé qui ne parle à personne. En tentant de le faire parler sur ce qui le tracasse, Shinomiya va découvrir que le jeune homme détient une photo d’elle quand elle était encore lycéenne. Comment et pourquoi ? Surtout que ce cliché fait remonter les démons de son passé qu’elle s’évertue à oublier. Hayase et Shinomiya semblent avoir plus de choses en commun que leur prénom.

Avant de décortiquer ce premier tome, il est important de signaler que From End est destiné à un public averti, comme le précise l’éditeur en 4ème de couverture. On y parle d’abus sexuel, il y a des scènes explicites, et on y parle aussi de suicide. Si au Japon l’histoire a été pré-publié dans un magazine estampillé Shojo, on peut plutôt le présenter comme un récit à cheval entre le Shojo et le Seinen. Shinomiya est une jeune femme souriante quand on la voit et est la coqueluche de ses élèves et du corps enseignant. Mais cela se révèle n’être qu’une façade, puisqu’elle a été profondément marquée par une adolescence horrible, pour ne pas dire plus. Vu le thème du manga, vous voux doutez de quoi il s’agit. En voulant aider son élève, Hayase, elle ne se doute pas qu’elle va revivre ses nombreux traumatismes. Néanmoins, au contact du jeune homme elle va prendre le problème à bras le corps et combattre ses démons. Le lien entre les deux Rui est très spécial et difficile à décrire. On peut le voir comme un lien entre deux survivants qui cherche à trouver le courage d’atteindre cette liberté dont on les a privé. La notion de liberté est importante dans le récit, et Mitsuo SHIMOKITAZAWA arrive à y mettre des mots mais aussi un visuel. C’est un peu comme un oiseau en cage depuis des années qui rêve de s’envoler loin et découvrir ce qu’est de vivre libre. Ici, c’est exactement ça. Un début de romance semble se dessiner, mais on ne peut pas dire si cela va se concrétiser ou si c’est simplement la communion de deux être brisé par les mêmes atrocités. La partie thriller est très vite abordée et la mangaka ne fait pas traîner les choses. Où commence la notion de bien et de mal ?  La vengeance est-elle une solution ? Au fur et à mesure on se dit que les deux tomes restants vont principalement se concentrer sur un fait (je ne dirais pas lequel) avec nos deux héros tentant de réapprendre à vivre. Les dernières pages nous prennent par surprise, et lance l’histoire sur un tout autre chemin qui ne sera pas pavé de bonnes intentions. Une suite qui promet de nous chambouler, même plus…

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Le dessin de SHIMOKITAZAWA possède les caractéristiques du Shojo, mais avec un trait plus mature. On s’aperçoit très vite qu’elle a de la pratique et de la maîtrise au bout des doigts. Les cases et les actions des personnages parlent souvent d’elles-même. Un certain sentiment de malaise se retrouve en suspend au-dessus de la tête de nos héros, ce que l’on ressent très facilement. La mise en page de mal-être et de la détresse des personnages est simple mais nous percute. Les émotions véhiculées sont peintes avec réalisme sur le visage des personnages. Les corps sont fins, élégants et on pourrait presque dresser un parallèle entre le trait de SHIMOKITAZAWA et celui de Hikaru MIYOSHI à qui l’ont doit le dessin de Moriarty [mon avis ici] et de Psycho-Pass – Inspecteur Akane Tsunemori [mon avis ici].

En conclusion, entre thriller et faits cruels , ce premier tome de From End promet de nous faire vivre des émotions très fortes. Mitsuo SHIMOKITAZAWA le fait avec sincérité, douceur et violence à la fois. Un mélange très complexe teinté d’espérance qu’elle arrive à transposer de manière brillante. 

17/20

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13 réflexions sur “Critique manga #254 – From End tome 1

  1. Quand j’ai lu ton avertissement, j’ai tout de suite pensé que ce n’était pas pour moi, mais ta chronique m’a fait changer d’avis. J’aime cette idée d’une rencontre entre deux survivants… Merci pour cette découverte vers laquelle je ne me serais jamais tournée sans ton avis.

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  2. Je ne sais pas trop quoi faire avec ce titre. J’ai peur que ce soit trop violent psychologiquement pour toi mais j’ai toujours (ou presque) aimé les shojo de chez Kana et ta chronique pointe aussi des éléments qui pourraient me plaire. Il faut que je mette la main dessus pour voir ça ^^

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    • Je ne peux pas me prononcer te concernant sur le degrés de violence psychologique. Après je peux te dire que outre quelques cases et planches qui montre les abus, la mangaka se concentre vraiment sur les émotions et cette recherche de liberté quand on se sent piégé sur le moment ou par son passé. J’ai aussi apprécié le fait que l’on traite de l’abus sexuel en général, et pas seulement sur celui infligé aux femmes. On oublie parfois que les hommes peuvent aussi être abusés.. alors j’ai apprécié que l’auteure l’évoque. Si tu as l’occasion de le feuilleter, peut-être que ça t’aidera. C’est aussi un titre qui aurait pu trouver sa place chez Akata, si ça peut t’aider. Tu vois Double Je chez eux ? Bah c’est MOINS pesant comme ambiance parce que dans Double Je rolalala tu faisais une dépression à chaque tome. ahah ici, l’espoir est vraiment au centre je trouve, malgré le sentiment de malaise et de gravité. Tiens moi au courant !

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      • Justement, je n’ai pas du tout aimé Double Je lol
        Je l’ai feuilleté hier en librairie, y avait des pages où je me disais ça me fait trop envie et d’autres qui me donnaient envie de fuir lol Du coup comme j’ai vu que le titre ne ferait que 3 tomes, je pense attendre qu’il soit fini et avoir des avis sur l’ensemble 😉
        Mais merci comme toujours de tes éclaircissements pour essayer de me donner envie ou pas ^-^

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      • Mais je t’en prie, avec plaisir ^^ je ferrais un avis sur chacun des tomes. Pour Double Je, c’est simple, je n’ai pas pu aller au-delà de la moitié du tome 2. XD beaucoup beaucoup trop lourd à lire.

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  3. Comme quoi le goûts c’est très aléatoire, j’ai lu ce titre parce que le résumé me plaisait beaucoup mais au final, j’ai trouvé des facilités scénaristiques trop grosses 😕 ce qui dessine déjà les imprévus de la suite vu les erreurs commises par les deux Rui dans le tome 1

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  4. Belle chronique ! Je lis dans les commentaires que les gens sont perturbés par ce classement éditorial, j’avoue que ce titre est tellement à cheval sur les genres que c’est très compliqué mais à mon sens c’est à lire, il porte des thématiques vraiment actuelles et intéressantes.

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    • Merci d’être venue me lire. Eh oui, le classement est problématique mais surtout parce qu’il porte l’étiquette shojo au Japon que nous percevons comme pour les récits « niais », tu vois ce que je veux dire ? Là-bas, c’est plus vaste. La collection Big Kana de l’éditeur VF est le meilleur endroit pour le placer, alors ça va. Oui, il faut le lire, après tout dépend de la sensibilité de chacun… J’ai vu aussi sous ta chronique les facilité scénaristiques que l’on reproche au récit. Je les comprends, mais vu les thèmes abordés et la manière dont la mangaka le fait, je peux passer outre. Je suis très curieuse de voir la suite, vraiment…

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      • Avec plaisir comme toujours 🙂 et oui je vois parfaitement ce que tu veux dire en fait je ne savais pas qu’il s’agissait d’un shojo avant d’écrire ma chronique et ça m’a surprise. Je m’étais juste fait la réflexion pour le dessin, c’est pour ça que j’en ai parlé à l’origine. Les facilités ne m’ont pas trop gênées en soi non plus, elles sont là mais l’ensemble le fait oublier. J’ai hâte de lire la suite !

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