Critique manga #296 – Octave tome 1

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Après le doux et joyeux Kase-San, le célèbre Citrus et le troublant Bloom Into Me, le manga du genre Yuri semble trouver une certaine place au sein des éditeurs. Octave est le récit intime d’une jeune femme ayant vécu dans le milieu du showbiz donc le rêve de carrière d’idol n’a jamais réellement percé. Seule, épuisée et sans attache, elle tente de trouver sa place dans une société qui n’hésite pas à la juger sans réaliser ce que cela implique. Puis, quand elle rencontre une autre jeune femme, sa voix pourrait bien enfin se faire entendre…
Disponible aux éditions TAIFU dans la collection Yuri ou sur Amazon au prix de 7.99€

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Merci à Grégoire pour cette découverte très plaisante


Octave est un manga terminé en 6 tomes dont la parution a débuté, au Japon, en 2008 mais qui n’arrive que maintenant sur nos étagères francophones grâce aux éditions Taifu et leur collection Yuri. Il est l’oeuvre d’une mangaka, Haru AKIYAMA, réputée pour ses récits Seinen et quelques Yuri. En dehors de Octave, les lecteurs japonais la connaissent pour Suzume Suzinari (2005) et Kotatsuya Mikan (2012). C’est dans le magazine de prépublication Afternoon des éditions Kôdansha auprès de récits tels que Ah! My Goddess, L’ère des cristaux, et Vinland Saga.

L’histoire nous raconte le quotidien d’une ancienne idol adolescente, Yukino, qui a dû se résoudre à dire adieux à son rêve puisque le succès n’a pas été au rendez-vous pour elle et les autres filles du groupe. Tentant de reprendre ses études elle se heurte aux dires de ses camarades qui n’hésitent pas avoir des jugements infondés sur elle et sur l’image que renvoie ce milieu. Se sentant seule et sans amie, elle se raccroche comme elle peut à ce qui était pour elle son avenir en travaillant au sein de son ancienne boite en tant qu’assistante. Un jour, son chemin l’amène à croiser Setsuko, la soeur du propriétaire de la laverie où elle se rend. Cette rencontre avec cette jeune femme de 22 ans, ayant évolué dans le domaine de la musique, va peu à peu illuminer son quotidien.

Si on peut le cataloguer de Yuri, Octave est avant tout un récit tranche-de-vie rappelant les Seinen que l’on peut lire partout, et où les scènes dites érotiques sont minimes et servent intégralement le scénario. Yukina est une jeune femme qui n’a que très peu d’estime pour elle et pour son corps. Souvent jugé étant la moins mince parmi les 3 autres membres de son ancien groupe, elle a toujours souffert d’une forme de rejet d’elle-même, de l’industrie et du public. Le milieu de l’art comme la musique ou la comédie n’est pas un métier où les paillettes nous tombent dessus 24h sur 24h. Yukina l’a découvert et en a beaucoup souffert jusqu’à ce que sentiment d’échec ne l’envahisse et la plonge dans une solitude qui lui est peut-être familière. De ses années de lycée, elle n’a gardé contact qu’avec Ryôko, tandis que l’amitié ou plutôt la complicité qui semblait l’unir à ses anciennes compagnes de musique s’effrite depuis des années. Yukino est un personnage que la mangaka arrive à rendre banale mais complexe tant son sentiment de différence est palpable lors de la lecture. Ses émotions et ses pensées nous invitent au coeur même de son intimité et de ses peurs pour mieux nous refléter les nôtres, peut-être, et celle d’une société qui n’hésite pas à mettre à l’écart la différence. Sa rencontre avec Setsuko va la faire évoluer et découvrir des choses sur elle-même, et sur sa sexualité qui était inexistante jusqu’à maintenant. Les questions qui se bousculent dans sa tête la rendent attachante et fragile. Une certaine candeur s’échappe d’elle tandis que la mélancolie du scénario nous plonge dans une lecture peu banale et introspective. Au contraire de Yukino, Setsuko nous apparaît plus distante. Elle n’est pas antipathique mais possède cette aura de mystère qui attise notre curiosité. Le fait qu’elle ne soit plus sous les feux des projecteurs ne l’angoisse pas contrairement à Yukino. Vivre des textes qu’elle écrit et de la musique qu’elle compose comblent son quotidien qu’elle vit paisiblement. Vraiment difficile de complètement l’analyser et la comprendre à ce stade, mais notre intérêt envers elle est réelle.

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Le trait de AKIYAMA est plein de maturité qui au premier regard peut donner une vision de simplicité. Pourtant, son style accompagne de manière parfaite la narration qu’elle offre à travers les yeux de Yukino. Les émotions sont représentées de façon naturelle et sans fioritures inutiles qui viendraient gâcher le dessin. Les deux ou trois scènes intimes entre les deux jeunes filles n’ont rien de dégradant ou de voyeurisme. Le peu de corps que l’on voit est plus une expression artistique de la découverte de son corps et des sensations qui nous bousculent. L’édition proposée par Taifu est bonne, et la traduction de Nicolas Pujol sert très bien le ton du récit.

En conclusion, ce premier tome d’Octave livre une histoire réaliste sur beaucoup de thèmes comme la sexualité, la toxicité et les difficultés du monde du spectacle, les relations complexes entre individus, avec des personnages que Haru AYKIYAMA couche sur le papier avec tendresse et bienveillance.infos manga (2)

8 réflexions sur “Critique manga #296 – Octave tome 1

    • Hello. Je te remercie. C’est un premier tome intéressant qui laisse entrevoir de bonnes idées, notamment concernant les sujets traités qui sont fait avec une maturité réaliste. Tu as déjà lu des Yuri auparavant ?

      Aimé par 1 personne

      • Oui j’ai lu Citrus notamment. Ce que je recherche dans ce type de manga c’est l’aspect tranche de vie au Japon en fait. J’ai acheté Octave jeudi dernier d’ailleurs, j’ai hâte de le découvrir 🙂

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  1. Je vois qu’on se rejoint pas mal sur ce titre. J’en ai aussi aimé la sobriété et le réalisme aussi bien dans l’expression des sentiments romantiques des héroïnes que dans leur rapport au showbiz, mais il m’a manqué un petit quelque chose en plus pour être à fond dedans. J’espère que le tome 2 comblera ce manque ^^

    Aimé par 1 personne

      • J’ai peut-être trouvé l’ensemble un peu froid parfois et j’ai aussi du mal, à titre personnel, à être touchée par les romances lesbiennes. Je ne suis pourtant pas homophobe mais je n’arrive pas ou du moins j’ai plus de mal à m’identifier aux personnages que dans les autres romances hétéros ou MxM ^^!

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  2. Pingback: À l’ombre du Japon #4 {DeadTube #12, Octave #1, Jeune dragon recherche appartement ou donjon #2, Given #1, Noragami #1} | OmbreBones

  3. J’ai découvert les deux premiers tomes grâce à ta critique, et c’était plutôt une bonne découverte. La narration est parfois un peu confuse, avec une frontière très fine posée dans la mise en scène entre les pensées et souvenirs de l’héroïne et les situations actuelles, mais cela peut aisément s’expliquer par la confusion et l’hésitation dans laquelle elle se trouve.
    C’est peut-être un peu froid parfois, mais il y a quelque chose de fascinant à ces relations et à leur lien avec le monde des idoles, que je trouve aussi fascinant pour le meilleur et le pire.

    Merci bien pour cette découverte !

    Aimé par 1 personne

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