Critique manga #312 – Sayonara Miniskirt tome 1

titre manga (4)

Doit-on se comporter ou se vêtir d’une certaine manière imposée par la société pour être considérée comme une « vraie fille/femme » ou être féminine ? La victime de harcèlement ou de gestes déplacés en fait-elle trop ?  Sayonara Miniskirt s’attaque à plusieurs problèmes aussi bien japonnais qu’international. Efficace ? Découvrons le ensemble !

 

Disponible aux éditions SOLEIL MANGA dans la collection Shojo ou sur Amazon au prix de 6.99€ | Également disponible au format numérique par exemple sur IZNEO

LIRE UN EXTRAIT DU TOME 1

Un grand merci à Solène pour cette lecture coup de coeur !


Aoi MAKINO est un nom qui vous dit peut-être quelque chose, puisqu’entre 2013 et 2014 elle s’est affichée dans nos librairies avec The End of the World (Sekai no Hate), un seinen sombre, dramatique mais très humains dans ses thèmes et propos. En seulement 4 tomes, MAKINO a su marquer les esprits. Sa carrière, la mangaka la commence en 2008 avec des histoires courtes que l’on peut retrouver en partie dans Histoire courtes d’Aoi Makino sorti en mars dernier au éditions Soleil Manga. Au même moment, l’éditeur lance sa plus récente série, toujours en cours au Japon, intitulée Sayonara Miniskirt. Lancé en 2018 dans le magazine de prépublication Ribon de l’éditeur Shueisha, ce nouveau manga continue de mettre en avant toute la maturité et la singularité de son auteure. Aussi Sayonara Miniskirt a remporté le prix Kono Manga ga Sugoi ! 2020 dans la catégorie Shojo, un prix décerné par les professionnels de l’édition au Japon.

Sayonara Miniskirt a beau être catalogué shojo, il s’adresse à un public aussi bien féminin que masculin. Mais avant de développer le pourquoi du comment, présentons un peu l’histoire. Nina Kamiyama est une jeune fille récemment arrivée il y a quelques mois dans un nouveau lycée. Contrairement à ses autres camarades féminins, Kamiyama porte un uniforme de garçon, c’est-à-dire un pantalon à la place de la jupe. Solitaire aux cheveux coupés court que les autres ne la considère pas comme une  »vraie fille ». Pourtant, il existe un garçon qui la regarde : Hikaru, un lycéen membre du club de judo. Cherchant à se rapprocher d’elle, il ne cesse d’être repousser. Car ce qu’il ne sait pas, comme le reste des lycéens, c’est que Kamiyama est une ancienne idol du groupe Pure Club. Six mois auparavant, Nina était Karen Amamiya, leader du groupe, qui un jour fut blessée à l’arme blanche par un fan déséquilibré que la police ne pu jamais appréhender. Kamiyama pourra-t-elle garder son secret ?

Sayonara miniskirt -1Extrait- Sayonara mini skirt

Une idol qui cherche à s’éloigner de sa célébrité et reprendre une vie normale sans accident n’est pas nouveau. En 2019, les éditions Kana avait publié le seinen Fool’s Paradise [mon avis ici] qui abordait toute la problématique de ce métier tout en y ajoutant un complot terroriste. Sayonara Miniskirt et Fool’s Paradise n’ont que le thème des idols en commun, car le traitement du manga de Aoi MAKINO est tout autre. Si les premières pages débutent dans une ambiance dramatique proche du shojo, la suite ajoute un côté suspense résultant à une tension palpable. On est en fait en présence d’un vrai page-turner qui parle ouvertement de thèmes importants et actuels comme : le sexisme, le harcèlement moral et sexuel, la définition de la féminité, les visions différentes entre filles et garçons sur un même sujet, etc. À travers quelques personnages, la mangaka tient un discours qui frappe fort et pousse à la réflexion. Les différents points de vues entrent en collision, on fronce des sourcils à la lecture, on approuve les autres, la mangaka sait comment retenir l’attention du lecteur. La société et ses contradictions sont exposées au fil des pages de façon très mature. Doit-on se comporter ou se vêtir d’une certaine manière imposée par la société pour être considérée comme une « vraie fille/femme » ou être féminine ? La victime de harcèlement ou de gestes déplacés en fait-elle trop ? 

Dans un premier temps, le personnage de Kamiyama apparaît comme froid et distant. Plus on avance dans la lecture, plus on comprend pourquoi elle met une barrière entre elle et les autres. Meurtrie par le fait d’avoir dû abandonner son rêve d’être une idol aussi subitement et violemment, elle finit par révéler ses blessures et ses questions silencieuses aux lecteurs. Un lien entre elle et nous se forme, et on ne peut faire autrement que de la suivre. En parallèle, le groupe Pure Club a continué en se trouvant une nouvelle leader. Le succès est montré en filigrane et accompagne la vie loin de la gloire de Kamiyama. Hikaru fait office de garçon plus enclin à montrer ses émotions et plus respectueux envers autrui. Pour ceux qui sont refroidis à l’idée de voir une romance s’installer, on peut dire que pour le moment rien de tout ça n’est présent. La narration de Aoi MAKINO est intelligente, propre et laisse la place à des rebondissements réussis.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le trait de la mangaka est soigné, visuellement agréable à la lecture, avec un charadesign oscillant entre le shonen et le shojo. Le résultat est efficace et convaincant. Intense dans les regards et dans les gestes des protagonistes, Aoi MAKINO maîtrise du début à la fin. La douceur apparente contraste avec la violence des thèmes traités et de certaines actions. L’édition de SOLEIL MANGA est de bonne facture. La couverture possède quelques effets reflets métallisés qui rendent bien. Pages couleurs, bonne impression et traduction assurée par une excellente Sophie Piauger.

En conclusion, ce premier tome de Sayonara miniskirt a été une surprise car la couverture ne laissait pas entendre ce qui nous attendait à la lecture. Puissant dans ses thèmes, personnages psychologiquement bien construits, douceur et violence qui se marient pour donner un résultat de qualité. Un coup de coeur qui donne envie de découvrir le recueil d’histoire courtes de la mangaka publié au même moment. Une lecture qui marque et qui fait réfléchir tout en veillant à proposer une histoire stupéfiante.18cdcinfos manga (6)

7 réflexions sur “Critique manga #312 – Sayonara Miniskirt tome 1

  1. Si j’ai beaucoup aimé le titre comme toi sur le fond, j’ai eu plus de mal graphiquement, j’ai trouvé un tel décalage entre le trait enfantin et le propos que ça m’a mise mal à l’aise.
    Quant au recueil de nouvelles, je l’ai lu après ce tome, et je l’ai trouvé plus que quelconque. Il y a quelques bonnes idées mais l’autrice essaie trop de tirer sur notre corde sensible. Pour moi, il est tout à fait dispensable contrairement à Sayonara Miniskirt 😉

    Aimé par 1 personne

    • Ah, intéressant le fait que le décalage entre le dessin et les propos t’aient dérangé. Je le comprends, et oui en y réfléchissant le design des personnages fait plus collégien que lycéen mais je n’ai pas été perturbé comme toi.
      Merci pour ton avis sur le recueil. Je tacherai d’y jeter un cop d’oeil, même si le concept de recueil de nouvelle je n’en sois pas fan de bases.

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Mon avis sur… Sayonara Miniskirt de Aoi Makino – Le blog de l'Apprenti Otaku

  3. Pingback: À l’ombre du Japon #18 { Sayonara miniskirt #1 ; se définir en tant que femme au 21e siècle } | OmbreBones

Répondre à OmbreBones Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s