Critique BD #023 – Charlotte Impératrice T2: L’Empire

titre BD

Après s’être uni par les liens sacrés du mariage, Charlotte se décide à ne pas subir son mari et la vie qu’il impose. Une femme forte dans un gant de velours qui s’engage sur un terrain sinueux mais dont la promesse d’un avenir meilleur n’est pas si inaccessible. Un tome 2 qui brosse le papier d’une femme remarquable. 

 

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dargaud

Merci à Anne-Catherine des éditions Dargaud Suisse, la présidente du fan club de Charlotte


Fabien Nury est un scénariste français, ayant débuté sa carrière dans la bande dessinée avec cosignant W.E.S.T. (Dargaud), dessiné par Christian Rossi, entre 2003 et 2011. S’en suivit un carrière comprenant des titres majeures comme la trilogie Je suis légion (2004-2007), Il était une fois en France (Glénat, 2007-2012) récompensé par le prix de la meilleure série au Festival International de la BD d’Angoulême. On peut encore citer La Mort de Staline (adapté au cinéma en 2017), Tyler Cross (Dargaud), et Katanga. Le dessin de Charlotte Impératrice est confié à Matthieu Bonhomme, ayant travaillé pour des magazines de jeunesse tels que Spirou. En 2003 il reçoit le Alph-Art du meilleur premier album au festival d’Angoulême pour L’Âge de la raison. Par la suite, il illustra des ouvrages comme Texas Cowboys, et le one shot L’Homme qui tua Lucky Luke (2016), récompensé par le Prix Saint-Michel.

En août 2018, paraissait le premier tome de la série historique Charlotte Impératrice revenant sur la vie de Charlotte de Belgique, fille du roi Léopold Ier et de Louise d’Orléans. Dans ce tome 1, nous assistons à son mariage avec Ferdinand-Maximilien d’Autriche, frère cadet de l’empereur François-Joseph époux d’Elizabeth d’Autriche alias Sissi. Cette union fut un véritable sacrifice pour elle, elle qui se voyait se marier à un autre, et c’est ainsi que toute sa vie bascula dans un destin qu’elle va s’efforcer de reprendre en main.

Le tome 1 avait été une très bonne introduction à ce pan de l’histoire, mais surtout à celui des personnages, principalement à celui de Charlotte. Femme douce mais déterminée, elle a appris à ne pas se bercer d’illusions. Dans ce deuxième tome, Charlotte et son époux sont en chemin du Mexique pour le gouverner. À leur arrivée le couple fait face à la désolation d’un pays et d’un peuple au bord de l’épuisement. La corruption et la tyrannie se trouvent à tous les niveaux. Politique, clergé et armée personne ne semble être honnête. Dans un premier temps, Maximilien est plus que passionnée par sa mission de rétablir une justice loyale pour tous, mais peu à peu il se détourne de son rôle pour se laisser aller à ses démons. Femmes, alcool et ne rien faire, voilà ce qu’il aime. Mais Charlotte, elle, n’est pas comme son mari. Elle endosse alors son rôle d’impératrice et décide de mettre de l’ordre dans le pays. Ces choix ne vont pas enchanter la cour et les plus grands qui l’entourent, créant des tensions et des intrigues très passionnantes à lire. Fabien Nury équilibre son récit entre les faits historiques et les émotions intimes de Charlotte. C’est équilibré du début à la fin. Les personnages prennent plus de place dans l’histoire, laissant le champ libre à un développement psychologique pertinent. Charlotte nous apparaît brillante, forte mais aussi quelque peu assommée par ce nouveau monde qui l’entoure. Mais seul le lecteur perçoit cette »faiblesse », comme si nous étions ses confidents. Le personnage d’Éloin, conseiller de Charlotte, ne cesse de montrer sa loyauté à celle qu’il sert avec cœur. On devine aussi des sentiments qui vont au-delà de la simple servitude, et que Charlotte semble partager. Les nombreuses facettes de la jeune femme nous entraînent dans une lecture que l’on prend plaisir à découvrir. Cela s’applique aussi au dessin, puisque les expressions des visages, les regards échangés, etc sont toujours appliqués au bon moment.

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Les planches de Matthieu Bonhomme sont, encore une fois, sublimes. Chaque case est construite de manière à être en accord avec l’émotion véhiculée sur le moment. Plan rapproché, silhouette floue, chaque détail est là pour une raison. Les moments de vie en pleine cour laissent place à des instants plus intimistes. Dans un récit historique où la stratégie politique est très présente, il n’est jamais simple de rendre les échanges dynamiques, mais ici, le dessinateur y arrive avec une grande facilité. La colorisation de Delphine Chedru rend le tout encore plus intense. Les couleurs chaudes du climat du Mexique sont bouillantes, tandis que les couleurs froides liées à la cour sont sobres et retranscrivent bien toute l’antipathie du milieu.

En conclusion, ce deuxième tome confirme la qualité des idées mises en place dans le premier tome. Fabien Nury noue plusieurs intrigues entre elles, faisant s’entremêler la géopolitique et les conflits que cela engendre avec le drame personnel que vie Charlotte. Une femme qui cherche sa place dans un monde qui ne lui laisse pas sa chance simplement parce qu’elle n’est pas un homme, alors que face à elle le patriarcat se dresse dans toute sa prétendu virilité. Une série à découvrir sans plus attendre.  17/20info BD

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