Critique manga #352 – Ça reste entre nous tome 1 et 2

Les désirs, les fantasmes, les rêves, sont des secrets que l’on se garde le plus souvent de partager. Notamment quand on est une femme. Après tout parler ouvertement de ses fantasmes sexuels pourrait nous faire passer pour… une fille facile, non ? C’est en tout cas ce que la société nous fait croire depuis des siècles, et cela ne semble pas vouloir changer, même si des voix se lèvent pour contester cela. Dans Ça reste entre nous, notre héroines se retrouve confrontés à cela. Au lieu de les dire, elle les écrit dans son carnet, mais cela change… quelqu’un va l’aider.

Disponible aux éditions KANA dans la collection Shojo au prix de 6,85 € ou sur Amazon || Également disponible aux format numérique sur toutes les plateformes ou sur IZNEO || LIRE UN EXTRAIT ICI

kanadargaudsuisse

Haru AOI est une manga japonaise ayant débuté sa carrière avec plusieurs one-shot dans le magazine Margaret de l’éditeur Shueisha entre 2016 et 2017, avant de finalement décrocher une première série en 2018. C’est donc avec Ça reste entre nous (Ikenao Koto, Shiyo?) en trois tomes, toujours chez le même éditeur qu’elle a le droit à une plus grande exposition, et c’est aussi avec cette série qu’elle arrive en France. Depuis, elle a sorti un nouveau one-shot, A star twinkles above a flower in Sodom, et une duologie en début d’année intitulée Tokyo LACKS mettant en scène une romance autour d’une violoniste et d’un mystérieux assassin.

Towako est la présidente du Conseil des Élèves, qui est autant réputée pour sa moralité irréprochable que pour haine apparente envers les garçons. Elle est respectée de tous, aussi bien par les élèves que par le corps enseignant. Sa rencontre avec Yui, un élève plus jeune, va lui valoir quelques déconvenues, mais surtout dévoiler un aspect caché de sa personnalité et engendrer le début d’une relation  »interdite ».

De sa conduite, son apparence et réputation impeccable, Towako est de celle qui excelle dans tout ce qu’elle entreprend et n’attire jamais les problèmes. Pourtant très vite on ressent une certaine solitude emmenant d’elle. On se dit que malgré les gens qui l’entourent quelque chose cloche, dans le sens où elle semble parfois un peu être forcée dans une telle conduite, même rien que légèrement. Sa vie lui plaît, oui, mais… il a ce  »mais » que l’on sent dormant au fond d’elle. On ne se l’explique pas, mais on le sent présent en elle. Quand on comprend qu’elle déteste les garçons on se demande bien pourquoi. Elle n’a jamais eu de copain, donc ce n’est pas parce que l’un de ses ex l’a largué, non. Alors peut-être qu’un soupirant l’a évincé ? Non, ce n’est pas ça non plus. Bon. Au fil de la lecture, on va comprendre que cela est beaucoup plus compliqué, voir pervers que ça.  »J’ai promis à ma mère de ne pas faire confiance aux garçons. » Pardon ? Voilà notre explication. Un flashback, nous montre une Towako, enfant, face à sa mère qui lui dit, en gros, que les hommes sont tous des idiots, des pervers, et qu’on ne peut pas leur faire confiance. Elle lui demande alors de ne jamais leur faire confiance et lui demande de promettre de ne jamais en fréquenter un. Mais que c’est intelligent de traumatiser ton enfant de même pas 6 ans avec ça ! Et on peut déjà deviner que si la mère a sorti ce beau discours cela doit être parce que le père ou le compagnon de la petite est partie on ne sait où ! Bravo Madame, mais vous n’aurez pas l’Oscar de la Meilleure Maman de l’année. Mais la mangaka va déjouer tout ça, grâce au personnage masculin, Yui. Ce dernier va réussir à mettre la main, par accident, sur le petit carnet de notre héroïne dans lequel elle y écrit ses rêves, confidence, et ses désirs les plus intimes. Et lui qui est aussi drôle, insouciant, taquin mais aussi très fin psychologue va en profiter pour faire sortir de sa coquille Towako de sa coquille. Le chantage va passer par là bien évidemment, mais très vite cela va se transforment en bien plus, aussi pour la jeune fille comme pour lui.

Si le premier tome pose bien les enjeux de l’histoire, la mangaka expose également la pression que les femmes et les filles subissent par rapport à leurs désirs et envies, notamment sexuels, qui sont perçus comme tabous et vulgaires. En effet, les désirs des hommes sont plus souvent exprimés librement que ceux des femmes, et ne venez pas me dire le contraire. Towako en est l’exemple. Au lieu de pouvoir l’exprimer à voix haute et le partager avec ses amies, elle se retrouve à le coucher sur papier dans son carnet à l’abri des regards et surtout du jugement des autres. Ainsi ni ses camarades, ni sa mère ne peuvent en dire mot, et sa réputation ne s’en trouve ternie. Yui est un personnage que l’on apprécie de suivre. Si au début on pense que l’on va le détester, le prendre pour un harceleur, il n’en est rien. Son comportement est espiègle sans être pervers. Il est attentif à Towako, il ne se permet rien qui ne soit mal interprété ce qui est plutôt étonnant quand on y pense. Il est rafraîchissant de par son humour, son côté guilleret, et son envie de sortir la jeune fille de cette incapacité à exprimer ses désirs dans laquelle la société et elle-même l’ont enfermé.

Le deuxième tome reprend exactement là où nous avions laissé le récit. C’est-à-dire avec notre héroïne les pieds en plein dans une situation compliquée, vraiment. Je ne spoilerais pas, mais si vous lisez la quatrième de couverture vous saurez. Bien entendu, elle s’en sortira, et Yui sera là, toujours avec son sourire et sa bouille vraiment sympa. C’est vrai il a une bonne tête, on ne peut pas dire le contraire ! En attendant, l’histoire avance bien dans ce deuxième tome, Towako va de l’avant face à ses problèmes, mais le plus intéressant ici ne la concerne pas directement. En effet, c’est le passé de Yui qui sera le plus important à découvrir. Et quand on voit à que point l’adolescent sourit et semble être insouciant, on est loin du compte quand on voit ce qui se passe à l’intérieur… En attendant, ce qui déçoit un peu par rapport au premier tome, c’est la disparition du carnet et tout le thème des fantasmes féminins. Je ne sais pas pourquoi,mais cela a été réduit au strict minimum, et c’est vraiment dommage. C’était vraiment la grosse force du manga, hormis les personnages. À voir si cela revient dans le troisième et dernier tome.

Le dessin de Haru AOI est vraiment très agréable. Le trait est maîtrisé, fin mais pas trop non plus. L’ensemble est d’une grande douceur. On a l’impression d’avoir une sorte d’esquisse par moments. Difficile de réellement élaborés, car cela parle plus au visuel. Mais cela donne un résultat vraiment très plaisant. Le design des personnages est à croquer, c’est superbe ! Le tout est très dynamique, ainsi que le découpage. Le décor est présent même si parfois simpliste, et la mangaka joue beaucoup sur le côté classique du shojo avec les scintillements dans le fond, etc. mais ce n’est pas dérangeant. La traduction est assurée par Sophie Lucas (Time Shadows, Just Not Married) qui fait du bon travail.

En conclusion, ces deux premiers tomes de Ça reste entre nous offre un petit univers fait d’humour avec deux personnages chaleureux, différents mais qui se complètent. Notre héroïne cache ses désirs au monde par pure répression causée par ses proches et la société, tandis que notre héros Yui va se montrer bienveillant envers elle et lui montrer que vivre c’est s’accepter et accepter ce que l’on ressent, même ses désirs. Un duo adorable, une écriture intelligente et un dessin doux et original. Une lecture agréable dont j’attends de voir sa conclusion avec le troisième tome.

15 sur 20

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s