Critique BD #026 – Sur un air de Fado

Sur un air de Fado vous invites à découvrir le Portugal de la fin des années 60 sous la dictature de Salazar. Laissez-vous guider dans les rues pavées de Lisbonne, charmer par le chant de la belle chanteuse de Fado, tandis que les gens attablés à une table partagent un repas copieux que vous n’oublierez pas. Fernando Pais, l’un des personnages de l’oeuvre, sera votre guide, mais aussi celui qui se découvrira au coin d’une rue entre l’ombre de son passé et le soleil de son avenir.

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dargaud

Un grand merci à Anne-Catherine de Dargaud Suisse pour cette lecture et la confiance


Nicolas Barral est un auteur et dessinateur de bande dessiné ayant étudié à l’école des Beaux-Arts d’Angoulême au côté de Robert Gigi. C’est là-bas qu’il croise Christophe Gibelin, futur scénariste (Les Ailes de plombs). Plus tard il intègre l’équipe Fluide Glacial grâce à Jean-Christophe Delpierre qui le repère lors d’un concours de jeunes talents organisé par la FNAC. Il y dessine Les Aventures d’Ernest Mafflu, coscénarisé par Stéphane Couston. Depuis, vous l’avez sûrement croisé sur les titres Baker Street, Aventures de Philip et Francis, deux séries au ton parodique. Vint ensuite Dieu n’a pas réponse à tout chez Dargaud en tandem avec Tonino Benacquista, Mon pépé est un fantôme avec Olivier TaDuc au dessin, Nestor Burma en 2012 aux éditions Casterman.

Sur un air de Fado est la première œuvre de Barral où il devient auteur complet, scénario, dessin et couleur, avec pour assistante couleur Marie Barral. L’histoire a pour décor le Portugal dés de la fin des années 60, qui subit la dictature de Salazar depuis 40 ans. Fernando Pais, médecin qui ne s’occupe que des gens les plus aisés financièrement, et ne se soucie guère des plus pauvres et du combat politique qui se mène. Son confort prime avant tout. Mais un jour, lors d’une de ses visites, Fernando va se retrouver confronté à un cas de conscience inédit en la personne d’un gamin face à un agent de police en faction. Mais entre le médecin et le policier, l’enfant ne fait pas la différence. Une vérité qui affecte Fernando et qui remet tout en cause… C’est-il égaré trop longtemps dans sa légèreté de vie, jusqu’à en oublier ce qui était le plus fondamental ?

À la lecture ce qui frappe tout de suite, c’est l’ambiance. En tant que personne d’origine portugaise je n’ai pu m’empêcher d’apprécier l’architecture de la ville de Lisbonne qui est retranscrite de manière simple mais pleine de charme. Et même si on sait où se passe l’histoire, elle pourrait très bien se passe dans n’importe quelle autre ville du Portugal. Le lieu n’a pas vraiment d’importance, car c’est finalement le sentiment qui se dégage de ses rues pavées et de ces immeubles un peu vieillots mais chaleureux qui compte. Cela s’applique aussi aux paysages déserts où l’on ne voit que les arbres au loin. Ce qui fait le charme, la douceur et la luminosité du Portugal est respecté, et encore une fois en tant que portugaise cela emplit en mon cœur un sentiment de nostalgie unique que l’on nomme chez nous  »saudade ».

Le personnage de Fernando est attachant malgré ce côté léger et désinvolte. Il est charmeur, charismatique et va sincèrement se remettre en question. Il entame une introspection de lui-même très intéressante que Nicolas Barral écrit avec soin. Son évolution est constante, et le lecteur est invité à découvrir son passé en même que lui. Chaque personnage, que ce soit le gamin du début, le frère de Fernando, mais aussi les personnages féminins qui ne sont pas sous-estimés, aucun n’est laissé de côté. Le côté répressif de la police de l’époque est dénoncé et mis en lumière, on entre réellement dans une histoire où la politique y a toute sa place sans pour autant éclipser la part humaine de l’oeuvre. Barral y trouve un juste milieu, rendant la lecture agréable et prenante du début à la fin. L’ensemble est étrangement englobé dans une atmosphère optimiste, ce qui peut surprendre, mais finalement passe très bien. Nous avons des allusions à ce qui fera le futur du Portugal, la révolution des Œillets en 1974, par exemple. La culture, les mots, l’histoire du Portugal fleurissent au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture. Cela renforce le sentiment de dépaysement, on entame un voyage dans le temps, oui, mais aussi géographiquement.

Le dessin est magnifique et surtout élégant. Le charme du récit transparaît dans le trait de Barral qui nous offre des personnages passent partout mais que l’on retient. Un geste, une attitude, un mot, on les retient pour ces petits riens qui font d’eux des gens comme vous et moi. Ils sont banals et on apprécie cela. Ils collent à la vie, aux rues, aux carreaux de faïence typiquement lusitaniens. Encore une fois, les décors sont beaux. La ville de Lisbonne est une protagoniste de l’histoire aussi. Elle donne le tempo, elle souffle la mélodie et le reste des personnages suit. Le travail de colorisation est réfléchi. Nous sommes principalement dans du sépia. Quelques scènes en extérieur apporteront une autre vision, de la luminosité pour coller au moment par exemple, ou alors lors d’un simple repas de famille qui se veut plus neutre, voir chaleureux. Du côté de l’édition, Dargaud fait du très bon travail pour ce roman graphique. Reliure solide, impression de qualité, rien ne laisse à désirer.

En conclusion, Sur un air de Fado est un bel hommage au Portugal et à son peuple, peu importe où ce dernier se trouve dans le monde. Mais il est également une invitation au lecteur curieux à venir le découvrir dans ces 160 pages. Entre tranche-de-vie, récit romantique, dramatique et historique, Nicolas Barral nous raconte le réveil d’un homme face à ses choix de vie et ses interrogations. On passe un magnifique moment à visiter Lisbonne et à rencontrer ses habitants.

17/20

2 réflexions sur “Critique BD #026 – Sur un air de Fado

  1. Pingback: « Sur un air de fado » de Nicolas Barral (Dargaud, 2021) – Les miscellanées d'Usva

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