Critique manga #407 – Le Goût des retrouvailles tome 1, Les Sorcières de la fin du monde tome 1, Share tome 1, Si nous étions adultes tome 1

Ci-dessous, je vous incite à découvrir ces quatre séries aux éditions Akata qui, comme toujours avec eux, se porte sur l’humain en général et la ribambelle d’émotions que l’on éprouve à travers diverses épreuves. Drame, amour, amitié et maturité sont les thèmes principaux de chaque récit. Des lectures que je recommande pour diverses raisons.

Merci à l’équipe et Delphine pour leur confiance


Le Goût des retrouvailles T.1

DISPONIBLE AUX ÉDITIONS AKATA DANS LA COLLECTION LARGE AU PRIX DE 6.99€ || LIRE UN EXTRAIT ICI || VOIR LA BANDE-ANNONCE

Nozo ITOI est une mangaka active depuis 2010 et s’étant exercée dans du Boys Love, Shojo, Seinen et Josei. Le Goût des retrouvailles (Mahiru no Polvoron en VO) a été prépublié dans le magazine Be Love (Running Girl, Shihayafuru) des éditions Kodansha entre 2016 et 2018. La série compte trois tomes au total. Le dernier travail en date de ITOI est un tranche de vie intitulé Boku wa Make Shite Miru Koto ni Shita également chez Kodansha. C’est la première fois que cette autrice est éditée en France. L’histoire est celle de Rutsubo, une petite fille qui du haut de ses neuf ans porte déjà un regard cynique sur la vie mais surtout sur les adultes. Élevée par ses grands-parents, celle dernière n’a jamais connu son père qui l’a abandonné à sa naissance. Sa mère, elle, est décédée des suites de l’accouchement. Rutsubo se cherche et ne comprend pas ce qu’elle peut bien faire dans ce monde. Mais un jour, le temps d’un été, elle va vivre chez son père qui a voulu reprendre contact avec elle. Ce dernier n’étant pas des plus adroits avec les enfants, va devoir assumer son rôle en apprenant à agir comme un adulte responsable. Une communication qui s’annonce difficile, car Rutsubo n’a jamais parlé de sa vie… Rutsubo est une petite fille très débrouillarde pour son âge, voire mature. Tout du long nous suivons le fil de ses pensées et son ressenti, et parfois on a presque l’impression d’avoir une adolescente. Elle est consciente que son père l’a abandonné à la naissance et elle lui en tient rigueurs. Rien d’étonnant à ce qu’elle ne soit pas disposée à s’ouvrir à cet homme.

© Nozo Itoi / Kodansha Ltd.

Ce qui peut dérouter dans la lecture c’est le fait que la petite fille ait des souvenirs très précis de ce que sa mère pouvait lui dire pendant la grossesse, par exemple. Son père va tout faire pour entrer dans son rôle de figure parentale mais il est vraiment novice… En tout cas il essaye et reconnaît ses erreurs. Il va devoir arriver à montrer à sa fille que cette dernière peut lui faire confiance. Cela va beaucoup passer par ses actions et non la parole. Rotsubo garde le silence, mais semble se rapprocher d’une jeune femme et amie de son père. La jeune femme en question tient le café du coin et arrive à avoir une approche plus décomplexée que le père de la petite. La relation de la petite et de cette femme est bien construite pour le moment, et laisse présager une suite intéressante. Niveau dessin, le trait de la mangaka est tout aussi sublime que ce que laisse envisager la couverture. Le trait est doux et sensible. Le design des personnages est convaincant, et une certaine complicité s’installe entre le lecteur et l’histoire. Le scénario se base beaucoup sur les émotions et sentiments ce qui lui confère une dimension plus intéressante. En conclusion, c’est le premier tome d’une petite trilogie qui traite des liens familiaux perdus à travers, en grande partie, les yeux d’une enfant. Certes sa maturité semble un peu trop prononcée, tout comme son cynisme, mais on s’attache et on est curieux de voir la suite.

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KUJIRA est une mangaka en activité depuis une dizaine d’année, avec comme première œuvre Nandomo Nandomo Koi o Suru, un one-shot paru en 2005. S’en suivra plusieurs autres récits comme GIRLxGIRLxBOY – A Maiden’s Prayer (2008) et Chiyoko Chocolat (2009) En 2019, l’éditeur Akata publie Entre/Deux, terminé en 2 tomes dont la parution japonaise remonte à 2016. Switch Me On est actuellement en court de parution également. Les Sorcières de la fin du monde (Sekai no Owari to Majo no Koi en VO)  est une trilogie qui vient de voir son dernier tome paraître en France. Mari est une sorcière, mais jusqu’à récemment, elle ne le savait pas ! Dans sa nouvelle école pour magiciennes, elle provoque très vite la jalousie de ses camarades : comment est-il possible qu’une adolescente issue du monde des humains puisse intégrer cette prestigieuse académie ? Rejetée par les autres élèves, elle va pourtant se rapprocher d’Alice, sa tutrice. Cette dernière, en découvrant le pouvoir unique de la nouvelle venue, ne peut s’empêcher d’éprouver… de la curiosité ? À moins qu’il ne s’agisse d’autre chose… KUJIRA reprend la célèbre chasse aux sorcières du XVIIème siècle. C’est la base du récit en tout cas. Ce Yuri où romance entre jeunes filles possède beaucoup de brillance de par son univers et ses personnages. Ce premier tome se veut très rapide dans sa lecture sans pour autant laisser un sentiment de frustration. On est assez curieux de découvrir la suite. KUJIRA arrive à distiller assez d’infos et d’éléments plaisants pour que l’on s’intéresse à Alice et Mari. Les deux sont très différentes mais l’alchimie est déjà présente.

© KUJIRA 2019 / KADOKAWA CORPORATION

On explore une galerie d’émotions. Mari, l’humaine un peu perdue dans ce monde de magie, et Alice la surdouée et issue d’une famille destinée à une vie toute tracée. Il y aussi une certaine forme d’opposition à la hiérarchie et le fait de devoir se plier à des ordres. Chaque personnage va devoir apprendre au contact de l’autre, et c’est réellement le point le plus essentiel mis en place. Le scénario est maîtrisé malgré les événements qui se suivent. Le tout est très bien amené, et on s’attache aux deux héroïnes. Le dessin est soigné, très propre, doux et fort dans le design des personnages. L’univers fantastique est plaisant et plein de fraîcheur. Du côté de l’édition, Akata propose une bonne copie avec une traduction au top par Claire Olivier (La Maison du soleil, Teenage Renaissance, Celle que je suis) de Black Studio qui a compris l’ambiance. En conclusion, un premier tome qui titille et donnant envie de lire la suite. C’est mignon, frais et plein de promesses.

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Yuu MITSUHA est une mangaka d’origine japonaise que l’on découvre en France avec Share paru en 2018 au Japon. C’est dans le magazine de prépublication Betsucomi de Shogakukan que l’œuvre a vu le jour. La mangaka n’en est pas à sa première série puisqu’elle est active depuis le début des années 2000. On peut citer Momoir Renka en 2009, Hanazone-san Kekkon suru n Datte en 2016, Boku to Majonitsuite no Bibouroku en 2020. Share compte trois tomes au total. Haru, à seize ans seulement, semble déjà ne plus rien attendre de la vie. Pour des raisons personnelles, elle ne se sent plus à l’aise dans son foyer. Aussi, quand elle croise Rio, un jeune homme gay, dans le café où elle travaille, elle ne peut s’empêcher d’être intriguée. De fil en aiguille, elle apprend que ce dernier vit dans une share house qu’il partage avec trois autres personnes. S’invitant de force chez eux, elle finit par s’installer dans la chambre de Rio. Ce dernier accepte de l’accueillir, en lui rappelant bien qu’elle ne devra surtout pas tomber amoureuse de lui. Mais à son âge, Haru manque encore de maturité affective… Arrivera-t-elle à étouffer ce qu’elle commence déjà à ressentir avant de souffrir ? À l’annonce de cette série, et en lisant le synopsis, je n’ai pu m’empêcher de penser à la chanson Ziggy de Céline Dion (oui bon je suis vieille, mais Céline reste intemporelle alors chut). Dans les paroles chantées par la canadienne, en français dans le texte, on découvre l’attirance et les sentiments amoureux d’une jeune femme envers un homme homosexuel. Elle sait que c’est voué à l’échec mais elle ne peut s’empêcher de penser à lui, et d’espérer malgré tout. Un amour tragique en soi, je trouve. Ici, nous avons le même ensemble de points, mais c’est beaucoup plus marqué et fort. En effet, ce duo plein de charme mais pas sur la même longueur d’onde finit par s’accorder d’une manière qui va permettre de mettre en avant le relationnel que chacun de nous avons avec les autres. Haru est une jeune femme qui va découvrir comment elle peut aller au-devant de sa vie en format un lien avec les nouvelles personnes qui l’entourent. C’est bien écrit et bien pensé. Rio n’est pas mis à l’écart, et encore moins un objet scénaristique pour servir Haru. Non, la mangaka prend le temps de se concentrer sur lui et ses propres envies, choix, etc. De l’ambiguïté existe et on se demande comment cela pourrait évoluer dans la suite. Les deux s’affrontent, s’aident et se comprennent en un sens. Le rythme de lecture est bon et l’ambiance est aussi légère que profonde, voire dramatique. Ce n’est pas surjoué à un seul moment. Le dessin de Yuu MITSUHA est délicat, fin et plein de douceur un peu atypique également. Son trait exprime beaucoup même si on ne le dirait pas quand on voit la couverture. C’est très expressif et en accord avec l’ambiance du récit. La traduction de Aline Kukor (SHY, Bloom Into You, Otaku Otaku, My Dear Neighbor) fait mouche comme toujours. En conclusion, un premier tome avec un début d’histoire avec beaucoup de relief et plein de profondeur. Le duo est aussi intéressant ensemble que séparément.

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Takako SHIMURA est une mangaka en activité depuis 1997, mais aussi une character design et illustratrice appréciée et reconnue pour ses travaux LGBT+. Boku wa, Onnanoka en 2003, Fleurs Bleues un an plus tard (édité chez Kazé en 2009), Koiji chez Kodansha en 2014, ou encore Comme un adieu (Sayonara, Otoko no Ko) en 2016 qui a eu le droit à sa publication en France l’année dernière chez Akata. Si nous étions adultes (Otana ni Natte mo en VO) est la deuxième série de la mangaka à paraître chez nous, et compte 4 tomes en cours. Le magazine où est prépublié ce titre (Kiss de Kodansha) s’adresse en premier lieu au femmes adultes. On a notamment pu découvrir grâce à lui Perfect World récemment terminé aux éditions Akata. Mais il serait dommage de mettre ce titre dans une case puisqu’il y est avant tout question d’humain et relation amoureuse. Ayano est une trentenaire qui travaille en tant qu’institutrice dans une école primaire. Souriante, épanouie, et n’ayant aucun mal à s’entendre avec les gens, elle mène une vie plutôt tranquille et simple. Parfois, elle se laisse aller à boire une bière ou deux dans un restaurant à l’abri de ceux qui pourraient la reconnaître parmi les parents de ses élèves. Encore une fois, une vie simple faite de plaisirs simples. Un soir, alors qu’elle est dans son restaurant préféré, elle va rencontrer de Akari, une serveuse en congé. Elles vont sympathiser et se trouver une certaine complicité. Après quelques verres, elles s’entendent tellement bien qu’elles finissent par s’échanger un baiser. L’une est heureuse de pouvoir s’imaginer vivre un amour, tandis que l’autre semble ne pas être complètement honnête sur sa situation. Pour cette chronique je préfère taire le secret de Ayano, car même s’il est révélé en fin de chapitre un, je pense qu’il est pertinent pour l’intrigue de le découvrir durant la lecture. L’attirance de Ayano envers Akari est une problématique et une solution à la fois pour la première. Pourtant, rien n’est simple. La complexité qui réside dans le décorticage émotionnel d’Ayano est plus qu’intéressant. C’est finement bien mené par la mangaka qui prend cela avec cœur. De nombreuses questions personnelles vont faire surface, et vont forcément perturber Ayano. Sa vie privée en est également affectée. Akari n’est pas en reste en matière d’introspection.

© 2019 Shimura Takako, Kodansha

Afin de mieux comprendre ce qui se passe, elle se doit de repenser à ses échecs amoureux passés. Elle se redécouvre, s’analyse et tente de tirer tout ça au clair. L’élément caché de Ayano entre aussi en compte pour Akari. Il y aussi toute la notion d’adulte et surtout, c’est quoi être adulte finalement ? À partir de quel âge le devient on ? Une très bonne question que le lecteur est aussi invité à avoir. SHIMURA laisse libre cours à tout un raisonnement qui solidifie son histoire et la rend humaine, pleine de bons sens et vraiment bien écrite. Son trait est en harmonie avec les émotions et sentiments que vivent et habitent nos deux héroïnes. C’est doux, simple et mature de par son ensemble. La traduction est assurée par Jordan Sinnes (Don’t fake your smile, Le Secret de Madoka, Autour d’elles, Je crois que mon fils est gay). En conclusion, un premier tome qui se veut passionnant dans tout ce qu’il propose. Amour, désir, désillusion, quête de soi et découverte de l’autre sont à l’honneur. Une très belle découverte.

Une réflexion sur “Critique manga #407 – Le Goût des retrouvailles tome 1, Les Sorcières de la fin du monde tome 1, Share tome 1, Si nous étions adultes tome 1

  1. J’ai adoré dans leur intégralité Share et le Goût des retrouvailles, qui sont vraiment le renouveau moderne et actuel du shojo dans le fond et la forme. Les deux m’ont beaucoup touchée.
    J’aime aussi beaucoup l’âpreté et l’écriture complexe des personnages et de leurs sentiments dans Si nous étions adultes avec un récit tout sauf facile.
    En revanche, je suis passée à côté des Sorcières de la fin du monde. Tout fut trop survolé pour être crédible à mes yeux et j’ai trouvé les héroïnes bien fades en comparaison de leurs aînées que j’aurais aimé voir plus développées.
    Merci pour ces belles chroniques, j’espère que ça donnera envie à d’autres lecteurs de découvrir le si beau catalogue d’Akata ❤️

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