Critique manga #090 – GAME – Entre nos corps tome 1

titre manga
« Ce genre de nana qui donne tout au boulot, ça n’a plus rien d’une femme… » Bonjour mesdames et messieurs, et bienvenu dans le monde cruel masculin et plein de jugements envers les femmes ! Si GAME – entre nos corps se présente comme un manga surfant sur le New Adult/New Romance, il possède quelques pointes de psychologie rudement intéressants pour la suite de ce récit écrit et dessiné par Mia NISHIKATA. Entre corps enflammés et sensuels sans jamais être vulgaire, on est ici en présence d’un titre prometteur des Éditions Akata. 

 

Acheter le tome 1 de Game – Entre nos corps sur le site des éditions Akata ou sur Amazon

 

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SP AKATA


Mai NISHIKATA est une mangaka d’origine japonaise ayant débuté sa carrière en 2001, avec une histoire courte intitulée Chô dans le magazine The Hana to Yume. Par la suite, elle écrira Cyboy en deux tomes (2008), Hana no Kishi en 5 tomes (2010) et le one shot Danshigurashi en 2013. Ses travaux restent inédits en français. En 2015, elle se lance dans son nouveau projet intitulé GAME – Suit no Sukima, premier manga de l’auteure à paraître en français aux Éditions Akata sous le titre de GAME- Entre nos corps. Au Japon le titre est prépublié dans Love Jossie des éditions Hakusensha. Il est toujours en cours de parution avec trois tomes, déjà vendu à plus de 200 000 exemplaires. En France, le tome 2 est déjà prévu pour le 28 juin, et le troisième le 13 septembre prochain. Depuis le 1er mars il est possible d’acheter la série en version numérique au prix de 0.99€ le chapitre. 

La particularité de GAME est qu’il flirte avec le genre New Romance très populaire depuis la parution en librairie de romans du type After de Anna Todd ou encore les fameux 50 Shades of Grey, pour ne citer que ces deux-là. On peut donc décrire ce manga, après la lecture, comme un Shojo plus tourné vers le Josei, destiné pour un public âgé de plus de 15 ans.

GAME – Entre nos corps est l’histoire de Sayo Fujî, 27 ans, cadre dans un cabinet comptable. Brillante et efficace dans son travail, elle n’a rien a envier à ses collègues masculins. Pourtant, au vu de son ambition professionnelle et de sa froideur apparente, ces derniers acceptants mal qu’une femme puisse être aussi bonne qu’eux (ou par malheur plus douées), ne se gênent pas pour la critiquer. Sous son apparence impeccable et froide, Sayo en souffre énormément tout comme de sa solitude qui régit sa vie personnelle. C’est alors qu’arrive un nouvel employé, Ryôichi Kiriyama, et qui va très vite s’intéresser à la jeune femme. À peine arriver, il ne se gênera pas pour proposer à la jeune femme de coucher avec lui. Dans un premier temps choquée par cette invitation particulière (et quelque peut déplacée), Sayo finira par accepter. La relation professionnelle se transforme en un jeux du chat et de la souris, sans que les sentiments n’entrent en ligne de compte, et où seul le désir et le plaisir charnel prime…

Dès les premières pages, le récit nous met dans le bain. À savoir Sayo en plein coït avec son petit ami, interrompu dans l’action par un appel téléphonie du patron de la jeune femme. Ne se souciant nul guère de la situation, elle répond, provoquant le ras-le-bol général de son petit ami qui décide de mettre un terme à leur couple. On comprend alors très vite dans ses mots que ce n’est pas la première fois qu’elle fait passer son travail avant sa vie intime.

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Ce qu’il y a de très plaisant dans GAME est le fait que nous ayons le droit à un personnage féminin fort, indépendant et qui n’a pas peut de se mesurer aux “mâles” pour prouver qu’elle n’est pas moins bonne qu’eux. C’est assez rare pour le souligner, surtout qu’au Japon le femme n’a pas la même place que l’homme dans la société, laissant l’homme briller plus facilement, et elle étant plus une épaule de soutien pour lui. Pourtant il serait injuste de placer cette vision de la société uniquement dans ce pays, puisque depuis des années et des années la femme ne cesse de se battre pour avoir le droit d’exister au même titre que l’homme dans le milieu professionnel. Si les mentalités ont commencé à changer il n’est pas rare (et triste) de voir un homme (ou même une femme !) déclarer que la place de madame est aux fourneaux, à l’entretien du foyer et l’éducation des enfants. Dans GAME – Entre nos corps, pas le temps de faire la popote, non. Sayo est une femme qui sait ce qu’elle veut et qui se démène pour arriver à se réaliser.

Néanmoins, en lisant ce premier tome on est frappé par ce sentiment de solitude et de tristesse qu’elle dégage. Ayant pleinement conscience des commentaires fait par ses collègues, souvent trop peureux pour les assumer quand elle fait signe de les avoir entendus, la jeune femme semble vouloir se noyer dans une montagne de boulot pour une raison qu’on ignore. Si le tome 1 ne donne pas encore des éléments de réponse, on ose espérer après la lecture que la suite nous donneront quelques explications, notamment avec, pourquoi pas, des retours dans le passé. Le protagoniste principal masculin, Kiriyama, appairait dès le début comme une séducteur hautement détaché de toute volonté de construire une relation amoureuse. Lui, il n’avance que dans l’optique de charmer, conquérir les corps et non les cœurs.

De ce fait, il m’a été impossible de m’attacher à lui, et je ne pense pas – enfin à mon humble avis – que la mangaka n’est écrit ce personnage comme quelqu’un de chaleureux et qui communique une compassion. Cela est très certainement dû au fait que le manga nous est raconté du point de vue de Sayo et ses pensées et que nous n’avons jamais une fenêtre d’accès aux pensées du jeune homme. Il apparaîtra d’ailleurs parfois comme un Don Juan (assez lourd) dont le sourire malicieux ne cesse de nous souffler du froid comme du mystère. Après la lecture, beaucoup de questions le concernant nous viennent à l’esprit. Pourquoi est-il si centré sur le charnel ? Qu’a-t-il vécu pour paraître aussi froid ? Pourquoi s’est-il intéressé à Sayo ? Des questions qui peuvent très bien se poser envers la jeune femme… et l’amour finira-t-il par se manifester ? 

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Mais si le récit aurait pu très vite tourner au “jeu” de la femme victime de harcèlement de la part de son collègue, il n’en ait rien. En effet, en acceptant de débuter une relation physique avec Kiriyama, Sayo se place à arme égale avec lui. La relation très physique entre les deux sera très présente, bien entendu, rappelant grandement les romance New Adult des romans. Mais au fur et à mesure, on relève quelques failles dans la carapace impénétrable de ces jeunes gens, puisque tour à tour chacun tentera de faire éprouver quelque chose à l’autre. Mais quoi ? On assistera à des provocations pour tenter de déclencher la jalousie de l’autre, tout en veillant à ne pas se faire prendre à son propre piège. Sayo n’étant pas née de la dernière pluie, elle tiendra tête à son camarade de coucherie, tout en prenant les devants à certains moments. Une approche psychologique qui on espère sera encore plus développée dans la suite…

L’une des qualités de GAME – Entre nos corps, est le trait de Mai NISHIKATA toute en sensualité dans les nombreuses scènes intime sans jamais basculer dans du Hentai. Son approche est à la fois humaine et espiègle. Le design des personnages est finement bien dessiné. Les visages sont dures et doux, très communicatifs sur les expressions. Par exemple, on peut très bien avoir une case exprimant la jouissance d’un personnage comme sa peine dans la suivante. En bref, à aucun moment les planches ne sombrent dans le vulgaire, et gardent une touche très sensible.

L’édition de Akata est très belle puisque le noir de la couverture et le rouge du titre jouent très bien sur l’aspect “roxanisé” du récit, petite référence à la mythique chanson du groupe The Police (« Roxane »), qui me vient à l’esprit. La traduction de Satoko Fujimoto est de qualité et ne présente aucune coquille. Le seul petit reproche que je pourrais faire à Akata, est de ne pas avoir mis un logo pour « public averti » à l’arrière. Il y est certes écrit « érotique », mais pas certaine que le lecteur lambda y prête attention. 

En conclusion, GAME – Entre nos corps se pose comme un manga évoluant sur le fil de l’érotisme et du psychologique, avec des personnages soufflant tantôt le chaud et le froid auprès du lecteur. Le dessin de Mai NISHIKATA offre de magnifiques planches sensuelles, parfois presque pudiques. Si les très nombreuses questions viennent nous troubler, nul doute que ce jeu où l’on ne sait plus qui est le chasseur et qui est la proie, possède les possibilités de nous offrir un récit adulte et convainquant.

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