INTERVIEW : ChattoChatto, nouvel éditeur manga

Copie de titre manga
Après avoir donné la parole aux auteurs, cette nouvelle interview prend le temps de découvrir un nouvel éditeur sur le marché du manga, à savoir ChattoChatto. Avec leur premier manga, Carciphona, centré epic-fantasy où la magie se mêle à une héroïne forte, Nicolas, co-fondateur, a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à mes questions. De la fondation d’une maison d’édition à la conception d’un manga, ChattoChatto nous parle avec amour de leur travail.

 

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1. Tout d’abord je tenais à vous remercie pour cette interview, c’est un plaisir de pouvoir la faire afin d’explorer les coulisses (enfin un peu) d’une maison d’édition. Pouvez-vous présenter ChattoChatto pour les lecteurs en quelques mots ? Et comment l’aventure a débuté.

Nicolas (co-fondateur de ChattoChatto) : Merci à vous pour cette interview, nous sommes très sollicité en ce moment, mais cela fait toujours plaisir de répondre à des interviews. Les éditions ChattoChatto sont donc une nouvelle maison d’édition indépendante créée en février 2018 par deux frères (moi-même Nicolas et mon frère Navid). Nous publions tout type de manga sauf ceux à caractère pornographique et nous ne nous posons aucune limite quant à la nationalité des titres que nous publions. Notre premier titre Carciphona est une oeuvre d’une artiste canadienne très talentueuse, Shilin HUANG, et sortira partout en France (Suisse et Belgique) le 24 août.
L’aventure ChattoChatto a commencé quand nous avons décidé avec mon frère de réellement créer quelque chose qui nous plaît. Nous avions auparavant créé une société de développement d’application mobile, mais au bout d’un an nous avions vu que cela ne nous plaisait pas. Quitte à créer une société, autant faire quelque chose qui nous plaît… les Éditions ChattoChatto étaient nées.

 

2. Par rapport à il y a trente ans, l’état du marché en France (et pays francophones) a vu le nombre d’éditeurs augmenter à un rythme assez soutenu. Avec ChattoChatto, on se doute qu’il n’est pas facile de trouver sa place dans un marché déjà bien ancré. Comment se lance-t-on dans ce travail en ayant conscience que cela ne sera pas forcément facile ?

Nicolas : On se lance tout simplement ah ah ah. Plus sérieusement cela est très compliqué, surtout quand nous sommes indépendants et qu’en face nous avons de grands groupes qui peuvent dépenser des milliers d’euros en communication ou pour acquérir une licence. Mais lorsque nous avons créé la maison d’édition nous n’avons pas pris compte de l’état du marché ou de la force de nos confrères (je préfère ce terme à concurrents), nous nous sommes simplement dit que nous allions avancer à notre rythme.
Nous mettons un point d’honneur à ce que la traduction, le lettrage ou l’impression soient au niveau de qualité la plus élevée possible. Pour le reste nous laissons le bouche-à-oreille agir, et utilisons les réseaux sociaux comme moteurs pour créer un lien avec notre lectorat. Disons simplement que nous arrivons à accomplir un travail de qualité, digne des autres maisons d’éditions, avec une communication plus « familiale/artisanale ».

 

3. Pouvez-vous, dans la mesure du possible, nous parler un peu du fonctionnement d’une maison d’édition en terme d’équipe et de répartition du travail ?

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Shilin HUANG, DeviantArt

Nicolas : Aux éditions ChattoChatto, cela est très simple. Chacun à une tâche et se focalise sur celle-ci :

 

Le directeur éditorial (moi-même) : Il va chercher les œuvres à publier. Contrairement à d’autres maisons d’éditions, il n’y a pas d’analyse de ma part pour savoir si telle ou telle oeuvre va fonctionner, je marche aux coups de cœur. Pour cela je passe des journées entières à essayer de dégoter des œuvres qui me plaisent et que je souhaite éditer. Je prends ensuite contact avec l’auteur, ou son agent, et commence les phases de négociation. Pour les licences japonaises, il n’y a pas besoin de chercher très loin, mais là aussi il y a une phase de négociations avec les ayants-droits et cette partie est celle qui prend le plus de temps.
Le superviseur éditorial (Navid) : Lui par contre va me freiner dans mes ardeurs ah ah ah. Navid a heureusement un point de vue extérieur et peut mieux analyser un manga pour savoir si le grand public l’appréciera ou pas. Il supervise tout le processus d’adaptation ou de création avec moi et donne des conseils avisés.
La traduction / le lettrage/ la correction : elles sont gérées par l’équipe de Blackstudio, qui font un travail exceptionnel. Ils gèrent la traduction pour d’autres maisons d’éditions et leur expérience dans le domaine est gage de qualité.
L’adaptation graphique : nous faisons appel à des freelance toujours avec un background dans le manga. 

 

4. Est-ce que vous aviez déjà une expérience dans le domaine de l’édition avant de vous lancer ?

Nicolas : Aucune, et cela n’a pas été facile d’apprendre ah ah. À la base j’ai un Master en Patrimoine Immatériel et Gestion de l’Information Scientifique, Économique et Technique (oui c’est très long), et j’ai effectué mes stages dans la communication. Autant dire que j’ai presque dû repasser par les bancs de la fac pour apprendre le métier, car il était hors de question de se lancer sans faire les choses bien et le plus professionnel possible. Nous avons donc décidé de nous faire accompagner par les meilleurs dans la conception de manga, et j’ai pu poser mes questions à deux fondateurs de maison d’édition qui m’ont bien aidé (P.S : désolé Florent pour toutes ces questions bêtes que je t’ai posé alors que j’avais déjà les réponses ah ah)

 

5. Votre premier manga annoncé est Carciphona, dont le tome 1 sera disponible dès le 24 août. C’est un manga canadien par l’auteure Shilin HUANG d’origine chinoise. Comment avez-vous découverts ce titre et pourquoi ce choix ?

Aucun texte alternatif disponible.Nicolas : Comme je l’ai expliqué plus haut, il y a deux moyens pour nous de trouver un manga : soit de chercher des titres indépendants qui rentrent dans notre catalogue et deviennent des titre propriétaires, soit nous achetons une licence auprès d’un éditeur étranger, ce qui fait de nous une sorte d’intermédiaire. Quand nous recherchons des titres originaux, c’est un véritable travail de fourmi et je peux passer des après-midi entières à fouiller tous les sites afin de trouver la perle rare. Ce fût le cas pour Carciphona qui fût notre premier coup de coeur
Petite anecdote : j’ai commencé le manga par le tome trois et je trouvais que graphiquement le manga était sublime et l’histoire déviait des codes classiques du shonen. J’ai donc décidé de commencer par lire le tome un et mes yeux ont quelque peu piqué (ah ah ah). En effet le chapitre 1 de Carciphona a été dessiné il y a plus de dix ans et c’était les débuts de l’auteure. Certes ce chapitre 1 reste très beau, mais comparé aux autres chapitres, voir aux autres tomes, il y a une sacrée différence. Nous avons quand même décidé de conserver ce chapitre tel quel car le changer aurait dénaturé l’oeuvre et c’est tout sauf ce que nous voulons. 
Anecdote 2 : Notre famille est canadienne et nous avons découvert après avoir signé le contrat avec l’auteure que nous étions voisins au Canada, ce qui nous a permis cet été de lui remettre la version française du tome un en personne.

 

6. Parlons un peu de la rencontre avec l’auteure, comment s’est-elle faite et qu’a-t-elle pensé quand vous lui avez proposé de publier son manga en France ?

L’image contient peut-être : 1 personne, sourit, intérieur

Shilin HUANG

Nicolas : Au tout départ nous avons dû passer par son agent, qui lui a fait part de notre proposition et lui a expliqué nos ambitions pour le titre. Nous sommes très reconnaissants car malgré le fait que nous débutions, elle (l’auteure) a accepté et nous a même aidé durant la conception de la version française. Le tout s’est donc fait naturellement et assez facilement et nous sommes très heureux que Shilin soit notre première auteure.
Sa réaction lors de la remise du tome 1 a été des plus touchants, puisqu’on voyait un mélange de fierté et surtout de satisfaction. En effet la version anglaise du titre est en reliée mais sans jaquette, hors c’est ce que souhaitait l’auteure depuis le début, c’est à dire voir son titre dans une version qui se rapproche le plus possible des mangas au Japon (couverture + jaquette).

 

 

7. L’histoire de Carciphona est décrite comme une aventure fantasy avec magie, démons et autres bonnes choses. En vos mots à vous, comment la décririez-vous ?

Nicolas : Carciphona c’est le contraire même des classiques heroic-fantaisy. Veloce, l’héroïne principale est un personnage torturé, avec un passé sombre et qui adore l’alcool ah ah (P.S : l’alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération). 
De même des personnages tels que Keritzel ou Weirin vous paraîtront classiques au départ mais révéleront une personnalité bien plus complexe par la suite. Carciphona est donc tout le contraire du classique shonen de fantaisy (qui est bien souvent un isekai) et tout l’univers de Carciphona est travaillé jusqu’aux moindres détails, et c’est finalement ce qui est le plus impressionnant dans le titre.

 

8. Après l’annonce de la parution de ce titre, quel a été le retour des fans sur les réseaux sociaux en général ? Il me semble que je n’ai vu passer que des avis positifs et des encouragements. En tout cas, la communauté manga semble ravie de votre incursion dans le milieu.

Nicolas : Les avis en général ont été positifs. Il faut savoir qu’il existe déjà une fan-base du manga qui a été ravie d’apprendre l’arrivée du titre en France. Les seuls points négatifs qui ont été soulevés concernaient la différence graphique qu’il y a entre le chapitre 1 et le reste du tome 1, et cela est tout à fait normal (voir anecdote plus haut pour comprendre). Le fait est qu’un manga ne doit pas être uniquement magnifique graphiquement, mais aussi raconter une histoire, et c’est ce que Carciphona fait parfaitement, même si graphiquement cela ira en s’améliorant de tome en tome.
Les tomes suivants risquent donc de surprendre à la fois le public et les critiques qui ne pensent qu’aux graphismes 😉
Concernant notre arrivée, nous avons été agréablement surpris de voir à quel point la communauté manga est bienveillante, et cela nous motive tous les jours dans notre travail afin de leur apporter des mangas de qualité, car avant d’être éditeur, nous étions des lecteurs.

 

9. Carciphona comptant déjà 6 tomes de parutions, avez-vous déjà une idée de la tournure que va prendre l’histoire d’ici à ce que la publication française rattrape au mieux la tomaison originale ? Dans le sens, avez vous remarqué une évolution dans l’écriture de Shilin Huang ?

Nicolas : Bien sûr que nous avons une idée de la tournure de l’histoire puisque nous avons lu les autres tomes, par contre chut c’est secret ;).
Il y a une nette évolution dans l’écriture et surtout graphique. Si vous regardez une image du tome 1 et du tome 6, vous voyez la différence graphique, mais aussi dans la composition des planches. Le tout est plus fluide et lisible, mais cela est souvent le cas pour tous les bons mangas. Si vous regardez le tome 1 de Naruto ou de One Piece avec les derniers tomes, on remarque l’évolution en matière de graphisme et d’écriture de Masashi KISHIMOTO et de Eiichiro ODA.

SYNOPSIS : Durant des siècles, la magie avait été monnaie courante dans le monde de Maelstrom. Une magie bienfaisante qui offrait à la société un pouvoir extraordinaire, mais également maudite, puisqu’elle avait causé la naissance des Carciphona : des humains à l’âme infectée par des esprits démoniaques. Suite à un terrible événement, la Prohibition fut mise en place et l’utilisation de la magie fut bannie dans tous les royaumes. Pourtant, quatre ans plus tard, une sorcière du nom de Veloce Visrin continue à subsister dans l’ombre, en réprimant ses pouvoirs afin de vivre en paix. Mais cette vie paisible est de courte durée lorsqu’elle se fait attaquer par l’assassin à l’origine de la Prohibition et qui pourrait bien être… une Carciphona elle-même ! Disponible le 24 août pour 7.95 €

10. Si l’univers d »un manga est toujours important, les personnages le sont tout autant. Pensez-vous que les protagonistes dans Carciphona ont les qualités pour séduire le lectorat au vu de la ribambelle de manga sur le marché ?

Nicolas : Je crois que j’ai répondu à cette question sans le vouloir plus haut ah ah ah. je vais donc me répéter :  Veloce, l’héroïne principale est un personnage torturé, avec un passé sombre et qui ne suit pas forcément le parcours des héros de shônen classique. 
De même des personnages tels que Keritzel ou Weirin paraissent classiques, voire trop lisses au départ mais révéleront une personnalité bien plus complexe par la suite. 
Personnellement mon personnage préféré est Weirin, et je sens qu’elle pourrait se révéler dans les prochains tomes.

 

11. Outre Carciphona avez-vous déjà d’autres titre que que vous souhaitez publier en France ? Je ne demande pas forcément de titres…mais peut-être quelques indices ?

Nicolas : Nous avons en effet plusieurs autres titres que nous rêverions de publier en France, mais nous ne pouvons rien dire pour le moment. Nous avons également une autre auteur avec un fort potentiel que nous suivons de très près pour la publier le moment venu. Sachez juste que nous aimons beaucoup les mangas school life, thriller et les histoires du quotidien, et cela vous donnera une idée de ce que nous souhaitons faire à l’avenir (cela pourra être totalement différent ce qui finalement ne vous aide pas, désolé XD). Promis nous donnerons plus de détails vers la fin de l’année. 

 

12. Et enfin, avez-vous quelques mots pour les lecteurs qui s’apprêtent à découvrir Carciphona ?

Nicolas : Merci déjà si vous allez acquérir Carciphona !! C’est un titre avec un potentiel énorme, que cela soit par ses personnages, son univers, ou simplement son histoire. Et merci de soutenir les petites maisons d’éditions indépendantes comme nous, cela soutient l’industrie et surtout permet à des titres inédits de sortir en France.

12 réflexions sur “INTERVIEW : ChattoChatto, nouvel éditeur manga

  1. Très sympa de découvrir ce type d’interview sur ton blog. J’aime beaucoup découvrir les coulisses des maisons d’éditions et ton entretien est très bien mené. Merci pour la découverte !

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