Critique manga #186 – Le Rêve de mon père tome 1, et Le Fleuve Shinano

 

Copie de titre manga

Il y a parfois des auteurs de romans ou de mangas qui possèdent une réputation mondialement reconnue, mais que l’on ne prend pas le temps de découvrir. Ce fut le cas de Taiyô MATSUMOTO et Kazuo KAMIMURA que je connaissais sans jamais en avoir lu. J’ai pu rectifier cela, et je me suis laissée happer par l’univers de ces deux mangakas. entre les rêves d’un homme dont la fibre paternelle n’a jamais été présente, et celle d’une femme au corps vibrant pour l’amour et la passion, on ne peut qu’approuver les bonnes paroles sur ces deux noms du manga.

kanadargaudsuisse


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Le Rêve de mon père est un manga en trois tomes écrit par Taiyo MATSUMOTO, que l’on connaît par chez nous pour Sunny (2011), Les Chats du Louvre (2016), Ping Pong (1996), Amer Béton (1993),ou encore Zero (1990). Le Rêve de mon père est paru au Japon en 1991 sous le titre de Hana otoko. Il s’agit d’un des premiers mangas de MATUSMOTO. Le tome 1 s’ouvre sur une préface écrite par Stéphane Beaujean, directeur artistique du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Il y explique le contexte de l’écriture de cette histoire qui nous raconte Shiego, jeune garçon très intelligent qui ne se soucie que de ses résultats scolaires, en oubli d’être un enfant comme les autres. Son père, Hanao, n’a jamais été présent, bien trop occupé à vouloir embrasser une carrière professionnelle de joueur de base-ball. Rêve qu’il berce, mais qu’il n’a toujours pas atteint malgré le fait qu’il ait la trentaine bien passée. Durant les vacances d’été, la mère du garçon décide de l’envoyer passer du temps avec son père, qu’il n’a guère envie de voir et encore moins de passer du temps avec lui. Il faut dire que Hanao est un adulte des plus étranges, vivant dans son monde et aime se montrer extravagant, tout le contraire de son fils. Réfractaire à la philosophie de vie de son père, Shiego se braque constamment et manque de respect à son père. La relation père-fils est le point central du récit, qui va peu à peu au fil des pages tenter de créer un lien entre les deux hommes. Les différences entre eux sautent très vite aux yeux durant la lecture, et donnent lieu à des crises de Shiego, toujours dans la négativité face au côté adolescent de son père. Hanao, lui, n’est pas du genre à s’énerver, et préfère essayer d’amener son fils à apprécier sa quiétude face à la vie. Les rôles adulte et enfant sont inversés et développés jusqu’à arriver à un certain pied d’égalité. Ainsi, nous avons une narration cohérente empreint d’un ton enfantin et mature  la fois. MATSUMOTO bâtit son récit autour de chapitres courts nous exposant l’évolution de Shiego et Hanao, et la perception de la vie.

© 1998 Taiyou MATSUMOTO / Shogagukan

Le côté sportif lié au base ball est un bon point et on voit totalement la passion qui anime Hanao lors qu’il se projette dans un futur où la foule scande son nom. Le style graphique du mangaka est étroitement lié à l’excentricité des personnages évoluant dans ses pages. Le trait est parfois brut, avec un découpage traditionnel mais servant bien le récit. Évidemment le style graphique ne plaira pas à tous les lecteurs, mais il a le mérite de fonctionner avec ce que raconte l’auteur. L’édition de Kana est propre comme le reste du catalogue Made In, dont le format est un peu plus grand que les mangas traditionnels. En conclusion, ce tome 1 de Le Rêve de mon père fût une première lecture de MATUSMOTO qui présente une tranche de vie où les rêves et la réalité se rencontrent pour essayer de trouver un terrain d’entente. Les personnages sont intéressants et nous livrent des réflexions sur nos propres rapports aux autres.

15 sur 20

 

 

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Le Fleuve Shinano est un seinen manga réalisé par Kazuo KAMIMURA (Lady Snowblood, Une femme de Shôwa, Le Club des divorcés) Hideo OKAZAKI. Au Japon, l’oeuvre fut publiée pour la première fois en 1970. En France, une première édition en 3 tomes parut en 2008, avant une réédition en une intégrale de 18€, en août dernier, dans la collection Sensei des éditions Kana. Honte à moi, mais cette oeuvre est ma première lecture de KAMIMURA, un maître mangaka respecté depuis 10972 avec son Lorsque nous vivions ensemble. Si l’envie de lire Lady Snowblood a toujours été présente en moi, je n’ai jamais franchi le pas. Il faudrait d’ailleurs que je le fasse puisque les éditions KANA ont réédité cette histoire en une intégrale également. Le récit se déroule en 1930, où les mangakas nous invites à suivre la vie de Yukie dès son plus jeune âge en pleine campagne. Son père étant un riche commerçant, Yukie possède un statut de “privilégié”, ce qui au contraire de l’idée qu’on peut en avoir ne lui rendra pas forcément service tout au long de son existence. Le contexte difficile de l’époque, entre deux-guerre, impose directement un ton dramatique surtout en le plaçant sur les rives du fleuve Shinano sujet à des inondations fréquentes, se révélant fatales pour ses habitants. Le cœur du récit se situe dans les histoires d’amour troublantes de notre héroïne au caractère souvent contraire à ce que la norme de la société de l’époque attend des personnes, notamment d’une femme. C’est ainsi que nous la voyons évoluer dans des histoires libertines et passionnelles dès son adolescence. Elle entretiendra, par exemple, un relation charnelle et interdite avec un de ses professeurs de pensionnat.

© 1973 HIDEO OKAZAKI, KAZUO KAMIMURA / KANA

Chaque amour qui rythme l’existence de Yukie se veut passionné, trop même, jusqu’à la conduire à l’abandon de sa personne pour se dédier corps et âme à celui qu’elle aime. Nul besoin de dire que chacune de ses histoires se finit mal. Mais il serait injuste de ne jeter la pierre qu’à cette jeune femme puisque dans une relation on est en général deux. Corrompue par des adultes censés avoir une morale plus proche de ce que dicte la loi, KAMIMURA, ne se gêne pas pour pointer les vices de chacun de ses hommes. La narration est agréable et très poétique, avec une grande part de mélancolie sans faire dans l’excessif inutile. La notion de drame passe par le portrait que les auteurs dressent de ce Japon de l’époque, à travers la lente chute d’une femme n’écoutant que les sentiments qui l’animent quitte à choquer la bienséance. À noter que certains passages seront parfois rudes puisqu’il y est question de viol, de scènes à caractère sexuelle (vous vous en doutiez vu ce que j’en ai dit…), de dépression et aussi de suicide. De ce fait, ce manga de plus de 700 pages se doit d’être lu en étant averti avant. Le dessin est sobre mais beau, avec une touche de sensualité ici et là qui vient ravir nos yeux. Le trait est exécuté avec précision et finesse, rendant justice au scénario. La mise en scène se tient avec une poésie, et nous offre des moments forts. L’édition intégrale par Kana est magnifique, et ne souffre d’aucun défaut. En conclusion, Le Fleuve Shinano est une histoire audacieuse et troublante, avec une approche artistique d’un drame social et relationnel mené par les mains de Kazuo KAMIMURA et Hideo OKAZAKI impressionnants d’intelligence. Une oeuvre éclatante de modernité malgré ces 50 ans d’âge.

17/20

4 réflexions sur “Critique manga #186 – Le Rêve de mon père tome 1, et Le Fleuve Shinano

  1. J’avoue que je suis complètement bloqué par les dessins du Rêve de mon père, même si le sujet m’intéresse, je n’arrive pas à passer outre V.V
    Par contre, j’ai le Fleuve Shinano dans ma PAL. J’avais déjà lu le premier tome et il me tarde de replonger dans cet univers si tragiquement poétique. Merci pour la belle chronique !

    Aimé par 1 personne

    • Oui pour les dessins à denombreux de moments il faut se faire violence. Mais justement je trouve que ça va bien avec le récit. Par exemple, le design du père, la folie du trait et ses mimiques vont de pairs avec sa personnalité. Mais je comprends totalement que tu es du mal ^^
      Mais de rien, comme toujours merci à toi de prendre le temps de me lire (j’ai tellement de retard dans mes lectures de blog avec le boulot ToT

      Aimé par 1 personne

      • Oui, j’arrive vraiment pas à dépasser ça même si j’entends et reconnais parfaitement la justesse de tes arguments.
        Idem, j’ai du mal à suivre le rythme en ce moment alors je garde souvent la consultation des blogs pour le weekend 😉

        J'aime

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