Critique #068 – La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry de Rachel Joyce

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Que feriez-vous pour quelqu’un que vous aimez, même après des années loin l’un de l’autre ? Seriez-vous capable de tout plaquer et de partir à sa rencontre dans le but d’apporter un changement dans la vie de cette personne ? Harold est l’une de ceux-là. Confortablement installé dans sa campagne, mariée, et qui décide du jour au lendemain de partir remettre en personne une lettre à son amie, Queenie, gravement malade. Sans le savoir le voilà qui embarque dans un voyage qui le changera à jamais.

 

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Rachel Joyce est une écrivaine britannique née à Londres en 1962. Sa passion pour l’écriture elle la nourrit en écrivant des scénarios pour la radio BBC Radio 4 pendant plus de vingt ans, ainsi que pour la télévision britannique. Elle a également fait ses premiers pas en tant que comédienne au théâtre, et a reçu à cette occasion de nombreux prix. Son premier roman La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry (The Unlikely Oilgrimage of Harold Fry) est paru en 2012. Dès sa sortie le livre rencontra un franc succès auprès de la presse et du public (traduit dans plus de 29 langues), et fit gagner le prix du nouvel écrivain de l’année aux National Book Award à son auteure. En France, le livre fut édité chez XO sous le titre de La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… pour une raison que j’ignore alors que le nouveau titre pour les éditions Pocket fonctionne très bien et se suffit. Depuis, Rachel Joyce a sorti quatre autres romans : Perfect (2013), The Love Song of Miss Queenie Hennessy (2014), A Snow Garden and other Stories (2015) et The Music Shop il y a quelques mois. À noter que Perfect et The Love Song of Miss Queenie Hennessy sont parues en français sous les titres de Deux secondes de trop et La Lettre de Queenie. Cette dernière est d’ailleurs la suite et réponse au livre sur Harold.

L’histoire est donc celle d’Harold Fry, jeune retraité malmené par son épouse, Maureen, exaspérée, qui reçoit un matin une lettre de Queenie, une vieille amie perdue du vue. Dans cette lettre, son amie lui annonce sa mort prochaine. Ni une ni deux, Harold va s’empresser de lui répondre mais se décide au dernier moment d’aller remettre en mains propres cette lettre, sentant que c’est ce qu’il doit faire. Harold va alors entamer une traversée de près de 1000 kilomètres à travers l’Angleterre, sans chaussures de marche, sans téléphone, ni carte, ni argent… et sans prévenir sa femme. Ce sera l’occasion pour lui de faire le point sur sa vie, entre son enfance douloureuse, sa relation avec sa femme, leur rencontre, ses rendez-vous manqués avec son fils David, l’alcool, et surtout Queenie… La seule boussole qu’il possède est son geste pour sauver son amie.

La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry est le genre de roman qui donne le sourire, qui fait du bien à l’âme comme une tasse de chocolat chaud un soir d’hiver. C’est moelleux comme un brownie, doux comme du coton, et aussi beau qu’un coucher de soleil. Au fil de son voyage et de ses souvenirs, Harold invite le lecteur à se poser des questions sur sa propre vie, sur nos regrets et sur nos espoirs. Nourri par cette force d’apporter quelque chose à son amie Queenie, il se révélera sous son meilleur jour au contact des personnes rencontrées sur son chemin. L’espoir est ce qui anime Harold, guidé par les mots d’une caissière un matin alors qu’il ne savait comment répondre à la missive de Queenie. Des obstacles viendront le ralentir durant son voyage, mais Harold obstiné tiendra le cap.

Il avait appris que chez les autres, c’était cette petitesse qui l’émerveillait et l’attendrissait, et aussi la solitude que cela impliquait. Le monde était constitué de gens qui mettaient un pied devant l’autre; et une existence pourrait paraître ordinaire simplement parce qu’il en était ainsi depuis longtemps. Désormais, Harold ne pouvait plus croiser un inconnu sans reconnaître que tous étaient pareils et que chacun était unique; et que c’était cela le dilemme de la condition humaine.

Habitué à son quotidien ennuyeux et paisible, la découverte des paysages et des différentes villes qu’il traverse changera Harold de manière surprenante. Il deviendra plus sage, plus réfléchi, apprendra à écouter et ce qu’est la simplicité de la vie. Dans les mots de Maureen et dans l’absence de son mari, on sent que celle-ci est une femme impuissante face à la perte de contrôle de sa vie. Sous ses airs tempétueux, elle est une femme qui aime son mari et qui s’inquiète pour lui. L’amour qu’elle lui porte est toujours bien là même après plus de vingt ans de mariage. Elle m’a beaucoup touché, tout comme Harold. Entre passé et présent, le lecteur rentre totalement dans la vie de cet homme que rien ne semple plus arrêter.

La narration est parfois un peu lente et répétitive mais bénéficie de chapitres courts et sous-titrés de façon ludique pour que le lecteur ne se perde pas en route et continue son voyage aux côtés de cet homme. Parfois, j’ai eu l’impression de me retrouver avec un Forrest Gump qui se mit à courir à travers les États-Unis. Le style de Rachel Joyce est doux, fort et peut parler à n’importe qui. L’histoire qu’elle nous raconte est celle de l’espoir et du fait qu’il n’est jamais trop tard pour arriver à faire quelque chose de sa vie. J’ai d’ailleurs trouvé que l’écriture de Joyce se rapprochait de celui de Virginie Grimaldi, auteure que j’ai découverte cette année et dont les romans sont tout autant porteurs de message universel.

En conclusion, La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry est une aventure émotionnellement forte et qui fait vibrer. Pour un premier roman, Rachel Joyce frappe là où ça fait le plus mal : en plein cœur. Elle insuffle de par la vie d’Harold une nouvelle définition au verbe « vivre » et de tout ce qui le bâtit depuis notre enfance. Une lecture que je ne suis pas prête d’oublier.

hjzggInfos roman (21)

 

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