Critique #119 – Les Mondes de Sam par Keith Stuart

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Une petite perle littéraire inspirée de la vie de famille de son auteur, où l’apprentissage de l’amour et et de la tolérance est inévitable. Un roman tendre, doux, mais aussi difficile en un sens tant le lecteur se sentira parfois ébranlé par la situation de ce père de famille. Aurait-on nous aussi tourné le dos à notre fils autiste ? Aurions-nous été dépassé par les événements ? Des réponses nous en avons tous. Mais il est difficile de prévoir ce que nous aurions fait à sa place tant que nous ne retrouvons pas dans ses baskets. Un enfant de 8 huit, un père trentenaire, une mère de famille, des amis, un monde imaginaire fait de briques et d’aventure. Et surtout une nouvelle chance d’ouvrir les yeux sur qui nous sommes et sur la différence qui ne définit pas les êtres que nous aimons.  

 

Acheter Les Mondes de Sam sur le site des éditions Milady ou sur Amazon
Également disponible en version numérique

Lire un extrait en cliquant ici

À noter qu’une partie des bénéfices est reversée à Autisme France.

Je remercie Alain Névant de Bragelonne pour cette lecture forte


Keith Stuart est un spécialiste britannique de jeux vidéo et journaliste pour le Guardian depuis dix ans. Sa carrière il la débute dans le magazine Edge, avant de se lancer en freelance dans la culture des mordus des jeux pour les magazines PlayStation et PC Gamer, au début des années 2000. Marié et père de deux garçons, il apprend en 2012 que l’un d’eux, Zac, est atteint d’autisme. Lorsque Keith initie ses fils aux jeux vidéo, il se rend compte que ces moments de partage lui permet de communiquer avec Zac, renforçant ainsi les liens familiaux. En 2016 sort Les Mondes de Sam (A Boy Made of Blocks) inspiré de son histoire personnelle, dont la version française a été publié aux éditions Milady en mars dernier.

L’histoire raconte l’amour d’Alex, marié à Jody qu’il aime, mais qui a du mal à nouer un lien avec son fils Sam, huit ans et diagnostiqué autiste de « haut niveau ». C’est-à-dire que le petit garçon ne souffre pas de la forme la plus forte, mais présente des difficultés sociales et relationnelles, et a du mal à gérer ses émotions. Mais pour Alex c’est tout un pan de sa vie qui s’écroule, il finit par ne plus voir que l’autisme chez son fils et pas le petit être derrière. Fuyant ses responsabilités, et laissant sa femme supporter seule cette épreuve, la séparation avec Jody devient inévitable. Alex trouvera alors refuge chez son meilleur ami Dan, un brin immature, et dormira sur son canapé. Devant tout de même s’occuper de son fils de temps en temps, et décide de l’initier au jeu Minecraft sur XBox, provoquant un éveil chez le petit Sam, où une nouvelle relation entre eux va naître.

Les Mondes de Sam m’a très vite rappelé mes lectures de Wonder par R.J. Palacio [mon avis ici] ou encore Où on va papa ? de Jean-Louis Fournier, ayant des enfants autistes au cœur du récit ainsi que la vie de famille et le quotidien qui les entoure. Et que ce soit ces deux-ci ou le livre de Keith Stuart, le spectre des émotions est exploré de manière humaine et réellement touchante. Si au départ la réaction d’Alex face à la maladie de son fils révolte, on est amené à se demander si dans un tel cas nous n’aurions pas été dépassé par la situation. On a beau se dire que l’on n’aurait jamais réagi de la même façon que le personnage, nous ne pouvons en être certains qu’en étant confronté à cette même réalité. Rude, douloureuse et imprévisible sont les mots que l’on pourrait donner à une épreuve de cette envergure. Alex n’est pas non plus idiot, non, il est conscient du fait qu’il n’arrive pas  surmonter ce qui se passe.  

J’ai un secret à vous confier sur le chagrin. C’est un peu un secret de Polichinelle car tous ceux qui en ont fait l’expérience savent que c’est vrai, mais je vais vous le dire quand même. Le chagrin ne s’en va jamais vraiment. Le temps ne guérit pas. Pas tout. Après quelques mois, quelques années peut-être, le chagrin se retire dans les coins sombres de votre esprit mais il y restera tapi pour toujours. Il s’infiltrera dans tout ce que vous ferez ou ressentirez ; Il vous sautera dessus quand vous ne vous y attendez pas. in vous hantera dans votre sommeil.

Le rythme du récit est assez linéaire et c’est un bon point. Les changements se font petit à petit comme dans la vie, lui donnant cette attache que l’on possède nous aussi face à un obstacle que l’on qualifie d’insurmontable. En se lançant dans le jeu Minecraft avec Sam, Alex se voit offrir une chance de repartir sur des bases nouvelles avec son fils. L’aventure qui les attend en construisant un univers imaginaire fait de briques est un moyen thérapeutique en quelque sorte pour Alex. Petit à petit il prend conscience que la maladie n’est pas ce qui définit son fils, et que du haut de ses huit ans Sam est bien plus qu’une simple personne sensible aux bruits, au changement, etc. Le garçon ne trouve pas une cure à sa situation mais un moyen de communiquer avec les autres et à se faire des amis aussi bien dans le monde fictif que réel. C’est un processus long, mais tellement beau à voir.

Bien sûr le chemin pour arriver là où ils se doivent d’êtres n’est pas des plus simples. Nous aurons l’occasion d’en apprendre plus sur le passé d’Alex, apportant une nouvelle vision de lui. Les autres personnages ne sont pas en reste bien entendu. L’auteur prend le temps de les faire avancer également, que ce soit la mère de famille Jody, le meilleur ami, ou les amis du couple. Le couple que forment Alex et Jody est déconstruit pour mieux se reconstruire et repartir sur des bases solides où la communication est très importante. Parfois même plus qu’entre un autre couple. Les petites victoires de Sam et de chacun réchauffent le cœur.

Il parle comme pour lui seul, à voix basse, en phrases hachées, mais j’entends des mots nouveaux ici ou là : enchantement, biome, portail. C’est ce langage imaginatif que l’orthophoniste nous a recommandé de guetter. C’est un progrès. Un véritable progrès. […] À mon grand étonnement, il prend la manette de bon cœur, appuie sur pause et fait apparaître le menu. Il enregistre avec soin, me montrant tous les boutons.

– Et maintenant, on peut éteindre en toute sécurité, conclut-il en imitant un parent parlant à son enfant. 

Le style de Keith Stuart est honnête, sensible et sans artifices. En s’inspirant de son expérience l’auteur rend le récit authentique à la lecture, et lui permet certainement d’exorciser ses “vieux démons” par le biais d’Alex. Comme évoqué au début de la chronique, les émotions sont nombreuses, et si certains moments émouvants set difficiles, c’est avant tout un sentiment de feel good qui l’emporte. La lecture est fluide et permet une immersion très facile. Les parties Minecraft apportent un réel plus au récit qui devient très imagé pour le coup. Personnellement je n’y ai jamais joué, mais cela donne envie de s’y intéresser, je l’avoue. L’excitation du père face à ces échanges avec son fils sont attendrissant à lire. La peur et l’incertitude du début laissent doucement place à l’amour, nous faisant passer un moment plus qu’agréable. L’édition de Milady et la traduction sont très correctes.  La couverture bleutée travaillée avec les silhouettes représentant le père et le fils construisant le titre en jaune est une idée vraiment chouette.

En conclusion, Les Mondes de Sam est une lecture sensible et juste du point de vue émotionnel. Sam est un petit garçon amusant et unique comme n’importe quel autre enfant malgré son handicap. En faisant sa connaissance, le lecteur se retrouve à réfléchir sur sa propre vision de cette différence souvent mal jugé aussi bien par les proches, les amis ou les inconnus. Keith Stuart a donné vie à un roman alimenté par la force de ses personnages habités par le doute et une détresse profonde. Une lecture que je ne peux que vous recommander tant expérience vous émouvra.

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