Critique BD #010 – L’Art de mourir par Berthet & Raule, De la nécessité d’avoir un ours chez soi par Debuhme

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Un nouveau jeudi placé sous le signe de la bande dessinée avec deux récits très différents de l’un et l’autre. Dans un premier temps je vous demanderais d’attacher vos ceintures et de vous préparer à vous envoler pour Barcelone. Soleil, corps en chaleur, gastronomie,… erf, non je vous arrête tout de suite. Dans L’Art de mourir nous ne sommes pas là pour visiter cette ville espagnole, mais pour mener l’enquête. Pour la seconde bande dessinée, on reprend l’avion mais cette fois-ci nous allons voyager entre la vie quotidienne et le temps qui passe sans que rien ne change dans notre vie, en découvrant la nécessité d’avoir un ours chez soi.

 


Couverture L'art de mourirDisponible aux éditions Dargaud dans la collection Ligne Noire au prix de 14.99€ | Amazon | Lire un extrait en cliquant ici| Également disponible en numérique sur izneo

L’Art de mourir est publié dans la collection Ligne Noire des éditions Dargaud, avec au scénario Raule (Jazz Maynard, Arthus Trivium) et au dessin Philippe Berthet (Motorcity, Le Crime qui est le tien). La colorisation est de Dominique David (Poison Ivy, Perico). Le récit est dans la lignée du reste de la collection axée sur des récits de polar noir/thriller. L’histoire se passe à Barcelone, où le policier Philippe Martin, débarque pour identifier le corps de son hypothétique fille dont il n’avait jamais entendu parler. Emma, était une jeune femme exerçant dans le métier de l’histoire de l’art, et tout particulièrement connaisseuse d’un ami peintre de la jeunesse de Picasso. Les indices et la mise en scène de sa mort portent à croire qu’elle s’est donnée la mort, ce qui ne colle pas avec la description que font d’elle ses amis. Alors, si Emma ne s’est pas tuée, qui lui a ôté la vie et surtout pourquoi ? Ce one-shot est un polar bien mené avec un scénario plutôt convaincant rappelant les films du même acabit. Selon l’avant-propos, Raule tenait à nous montrer un Barcelone plus noir et loin des itinéraires touristiques que l’on peut avoir pour nos vacances sous le soleil espagnol. De ce point de vue, on le ressent assez bien.  

©Dargaud édition 2018

C’est ainsi que Martin va se frotter à un gang de chicanos aux visages et corps tatoués. Le dessin de Berthet se calque sur le récit de Raule sans problème. Le trait est de qualité, la construction des cases est précise et ne laisse pas de place au hasard. Toutefois, j’ai trouvé que cela semblait un peu trop lisse, et que l’émotionnel ne prenait pas la place qu’elle méritait. En effet, si on doit jouer sur le doute concernant la paternité de Martin, autant y inclure quelque chose dans l’aspect graphique qui nous transmette ce que peut ressentir le personnage. Hors ici, cela manque terriblement. La colorisation de Dominique David joue sur les nuances, et j’ai particulièrement apprécié le “bleu-blanc-rouge” français lors du flashback sur la jeunesse du héros. L’édition de Dargaud est soignée et  l’image du reste de la collection Ligne Noire. En conclusion, si vous cherchez un petit polar sans prises de tête, sympa et qui rempli son rôle de divertissement tout aussi sympathique, alors L’Art de mourir pourra répondre à vos attentes.

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Disponible aux éditions Le Lombard au prix de 14.99 € | Amazon |Également disponible en numérique sur izneo | Lire un extrait en cliquant ici

De la nécessité d’avoir un ours chez soi est écrit et dessiné par Debuhme, suisse né en 1984 à Fribourg. Indépendant depuis 2011 il publie ses dessins de presse dans plusieurs journaux et magazines suisses, et est membre de Cartooning for Peace. En 2016, il remporte le Prix Raymond Leblanc de la jeune création, qui lui permettra de donner naissance à sa première bande dessinée : De la nécessité d’avoir un ours chez soi. Sous ce titre, nous suivons le quotidien de Jules, la trentaine passée,  célibataire, allongé sur le divan de son psy. Il se confie sur le fait que la vie file à toute allure, plus vite que lui, mais que depuis qu’Ernest l’Ours s’est installé chez lui les choses sont différentes. Néanmoins, avoir un ours (et pas un bébé ours) chez soi pose pas mal de problèmes : baignoire qui déborde, le concierge qui râle et menace de vous expulser, etc. Mais Ernest n’est pas un plantigrade comme les autres. Il apprécie le vin, devient fumeur avec le temps, et apprécie surtout la confiture. Des pots entiers dévorés le soir devant l’écran avec Jules pour lui tenir compagnie. En parallèle, le trentenaire fait la connaissance d’Alice, une militante opposée à la réélection du maire sortant. Leur rencontre paraîtra dans un premier temps anodine, mais au fil des saisons, les deux se rapprocheront.

©Le Lombard/Debuhme

Ernest, sera toujours bien présent dans la vie de Jules, Alice ou pas Alice… Debuhme propose un récit loufoque et d’apparence trop simple, alors qu’il suffit de lire un peu entre les lignes pour y voir un brin d’introspection et une morale. Entre la routine du quotidien, le désespoir de ne pas saisir la chance de vivre pleinement, Jules est l’homme trentenaire qui se pose des questions. Ses séances chez le psy en sont témoins, le praticien se posant demandant si la santé de son patient n’est pas affecté, quand il parle de l’ours. La narration se fait sur les 4 saisons météorologique permettant de bien distinguer les évolutions des personnages. Même Ernest n’échappe pas à la règle. Le dessin de Debuhme est travaillé comme si on était en train de regarder un bon dessin animé. Le charadesign est moderne, frais et drôle. La mise en couleurs vogue sur le changement de temporalité avec délicatesse et vivacité à la fois. En conclusion, Debuhme propose une petite lecture agréable, ressemblant presque à une comptine qui, en fin d’ouvrage, viendra nous chuchoter : Quand on se complaît dans sa tristesse, il est difficile de voir le bonheur qui se trouve juste sous nos yeux.

Copie de lire en bulles

 

 

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