Critique manga #338 – Transparente tome 1 à 3

Encore une fois, certaines lectures nous surprennent pour le meilleur, et pour le… non, en fait surtout pour le meilleur. Transparente est un récit qui évoque la maltraitance, le sentiment de culpabilité et de non-appartenance à une certaine normalité. Que vous soyez concerné par le sujet ou non, cela n’a pas d’importance, car Transparente a de quoi fédérer un lectorat de tous horizons.

Disponible aux éditions KUROKAWA dans la collection Seinen ou sur Amazon au prix de 7.65 € || Également disponible au format numérique


Jun OGINO est un mangaka japonais ayant une dizaine d’années d’expérience dans le milieu avec des titres inédits en VF tels que Ganma en 2013, Tagai no Guardian en 2016, et plus récemment Semelparous en cours depuis 2019. Transparente (Toumei Ningen no Hone en VO) a été prépublié entre 2017 et 2018 dans le magazine numérique Shonen Jump + de Shûeisha. La série est terminée en 4 tomes, et vous pouvez la retrouver dans la collection Seinen de l’éditeur Kurokawa.

Aya Kinomiya est une jeune fille comme toutes les autres en apparence. On la découvre au sein d’une famille dominée par un père autoritaire et violent. Le premier souvenir qu’elle décide de nous monter est celui de sa partie de père, à 9 ans, avec son père. Un moment heureux et bienveillant, mais qui pèse trop peu face à ceux qui ne le sont pas. À présent en dernière année du collège, Aya va découvrir que son environnement devenu insupportable lui confère le pouvoir de devenir invisible. Elle va alors prendre la décision d’agir contre celui qui la terrifie elle et sa mère, son père. Un acte qui ne sera pas dénué de conséquence…

Si je décide d’écrire sur Transparente c’est simplement parce que pour moi, il mérite autant de lecteurs qu’un titre blockbuster comme Spy x Family. À noter que j’aime ce également Spy x Family, mais pour des raisons bien différentes de celles de Transparente. Dans les deux, ils sont excellents tous les deux. Ils ne jouent simplement pas dans la même catégorie, et j’espère pouvoir trouver les mots pour vous donner envie de découvrir Transparente qui est d’une narration sublime et humaine. Quand on débute le titre on peut penser qu’on va avoir le droit à une lecture dramatique et exagérée, ou peut-être à un thriller. Le scénario de Jun OGINO s’inscrit dans un Seinen dont l’humain, dans ses travers comme dans ses qualités, est mis en avant. Nous avons Aya, une jeune fille calme et plutôt introverti qui vit un drame terrible qu’elle considère comme normal, même si au fond d’elle elle sait que ce n’est pas si normal. Il est difficile d’expliquer cette partie, parce que je pense que seul quelqu’un ayant vécu au sein d’une famille problématique avec un parent violent peut comprendre. Toutefois, cela n’empêche pas à quelqu’un ayant eu une vie dénuée de ce genre de problème de s’investir dans le récit. Et c’est ici que la narration du mangaka entre en jeu et se distingue fortement d’autre récits ayant des thématiques aussi fortes.

Les émotions vécues par Aya, entre autres, sont percutantes. Nous avons le droit à des dialogues qui nous poussent à réfléchir, voire qui nous ébranlent. Pourtant si un sentiment de mélancolie et de solitude transparaît du récit, le mangaka arrive à ajouter une certaine forme de légèreté sans rien enlever de la gravité de ce qui se passe. D’ailleurs, Aya a conscience que son geste était un acte désespéré et condamnable. Sa vision d’elle-même ne cesse de changer au fil des chapitres, et ses remords qui prennent presque vie sous ses yeux. Et le fait qu’elle devienne invisible aux yeux de tous n’est pas anodin et placé là pour apporter un je-ne-sais-quoi. Jun OGINO l’explique très bien à travers les pensées d’Aya. Autour d’elle nous faisons la connaissance de personnages féminins tout aussi importants au récit. Nous avons dans un premier temps la mère d’Aya qui est une femme et mère de famille qui essaye de tenir son foyer du mieux qu’elle peut. Bien évidemment elle cache le fait qu’elle soit battue, et même quand cela arrive sous les yeux de sa fille, elle tente de la rassurer. Mentionnons le fait que Aya a un grand frère et qu’il vit sa vie d’égoïste sans jamais sourciller face au fait que sa mère se fasse maltraiter. Bref. Les deux autres protagonistes féminins viendront s’intégrer au récit quand Aya entre au lycée. Kana et Shiori sont très différentes l’une de l’autre, mais aussi d’Aya. Pourtant elles deviendront vite une source de stabilité et de normalité dans la vie de notre héroïne de couverture. L’une est radieuse et souriante, tandis que la seconde est plus terre-à-terre et réaliste. La personnalité de ces deux adolescentes aura un fort impact sur Aya. Le mangaka le fait de manière subtile et magnifique. Toutefois, Transparente regorge de moments surprenants, notamment quand le petit côté thriller revient sur le devant. L’histoire nous prend par surprise et nous donne clairement envie de découvrir la suite. D’ailleurs heureusement que j’avais le tome 3 sous le coude après la fin du 2, sinon je pense que j’aurais vrillé entre le temps de parution !

Graphiquement c’est à la hauteur du récit. Simple mais travaillé, et terriblement efficace. Le trait de Jun OGINO est fluide mais avec du caractère. Le tout peut paraître froid quand on le feuillette, mais à la lecture on comprend ce choix, tout en ayant quelque chose de lumineux en fond. C’est difficile de vraiment expliquer ce ressenti, mais on va dire qu’il y a toujours cet espoir de voir la leur au bout du tunnel. C’est épuré dans l’ensemble avec un bon travail sur les contrastes. Les expressions sont plutôt neutre, mais encore une fois on comprend pourquoi lors de la lecture, notamment avec le personnage d’Aya. Le design des personnages n’est pas parfait, mais il est très convenable et au final on adhère. Concernant le travail de l’édition par Kurokawa, rien à redire. Nous avons une couverture avec un effet translucide ici et là, et un petit jeu d’ombres avec la silhouette d’Aya (oui, oui regardez bien ;). L’impression est de qualité, tout comme la traduction de Satoko Fujimoto (Maison Ikkoku, Magi, Game – Entre nos corps).

En conclusion, en seulement trois tomes (sur les 4 que compte la série), Transparente s’est révélée être un coup de cœur ! Jun OGINO offre une narration subtile et pleine d’émotion sans jamais tomber dans l’exagération. On est sur une forme de récit presque onirique par moments, et porté par le personnage d’Aya qui nous touchera forcément. Une lecture qui ne nous laisse pas indifférent, nous prend par surprise, et qui nous fait aussi réfléchir.

18cdc

3 réflexions sur “Critique manga #338 – Transparente tome 1 à 3

  1. Je suis contente de voir qu’il t’a beaucoup touché aussi 🙂
    Je n’ai pas eu l’occasion de voir le format papier (surtout que je suis privée de librairie depuis un moment), mais ils ont montré un peu ce que ça donne dans le KuroLive.

    Aimé par 1 personne

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